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UN NOUVEAU MANDAT POUR MADONNA

mamie madonna technikart

Mamie fait de la résistance : à 60 ans, la reine de la pop vient de sortir son meilleur album depuis des lustres. Ses héritières jeunes et jetables ne sont pas près de lui arracher sa couronne.

Madonna et la pop américaine, c’est un peu comme Sarkozy et la droite française : deux sexagénaires qui refuseront de passer la main jusqu’à leur lit de mort. Amusant de constater à quel point ces produits des années 80 ont connu des carrières parallèles. En 1983, Sarkozy prend la mairie de Neuilly en avril, trois mois avant que Madonna sorte son premier album. On reproche à ces ambitieux d’être putassiers, au moins savent-il parler au peuple. Après des hauts et des bas, les années 2000 les voient enfin arriver au sommet : artistique pour Madonna (Music en 2000, American Life en 2003), politique pour Sarkozy (élection à la présidentielle en 2007). Notons que derrière leur réussite d’alors se cachait un homme de l’ombre les poussant à l’audace – bon, pas sûr que Mirwais aimerait être qualifié de Patrick Buisson des studios. Depuis, notre tandem a perdu en pouvoir ce qu’il a gagné en ringardise. Mais qu’elles soient court-vêtues ou portent une parka rouge, les vedettes du jour (Britney Spears, Katy Petty, Beyoncé, Rihanna, Lana Del Rey, Miley Cyrus, Ariana Grande, Laurent Wauquiez, etc.) n’ont pas réussi à s’installer tout en haut. C’est comme ça : qu’on les aime ou qu’on les déteste, Madonna et Sarkozy sont irremplaçables. Comme par hasard, ils sont revenus en même temps au mois de juin : Sarkozy avec le livre Passions, Madonna avec l’album Madame X. Et si cette dernière sauvait la pop dans un sursaut bonapartiste ?

 

RETOUR AUX AFFAIRES

Blague à part, la traversée du désert de Madonna aura duré quinze ans. Certes, elle avait des succès. Seulement sa direction artistique partait à vau-l’eau. Le fond de la piscine a été touché en 2015 avec l’horrible Rebel Heart contenant l’effrayant single « Bitch I’m Madonna » avec Nicki Minaj – aussi crevant que si Sarkozy enregistrait le rap « Pute, je suis Sarko » en duo avec Macron. Plus Madonna essayait de courir derrière les modes, plus elle était larguée. Il était temps de refaire comme au temps de Music : inventer la tendance, laisser aux autres le mainstream neuneu et prendre soi le risque de l’avant-garde. Ce n’est pas un hasard si Mirwais a été rappelé aux manettes et a composé et produit la moitié de Madame X : cet album est bel et bien celui du retour aux affaires. Mélanger comme elle le fait ici gospel et disco (sur « God Control »), Wendy Carlos et Tchaïkovski (sur « Dark Ballet »), ce n’est pas à la portée de la première Cardi B venue… Et on ne parle pas de « Killers Who Are Partying », « Extreme Occident » ou « I Don’t Search I Find », qui plaira à ses fans historiques. Seul problème de Madame X : outre Mirwais, toujours impeccable, Madonna y emploie plusieurs autres producteurs, ce qui donne au disque un côté schizophrène – que vient foutre sur un titre le pénible Diplo ? Enfin ce n’est pas bien grave : sur la dizaine de chansons de l’album, plus de la moitié sont cent coudées au- dessus de ce qui se fait en pop aujourd’hui. Madonna a repris son sceptre (qu’elle n’avait jamais vraiment perdu). Sarkozy saura-t-il en faire autant ?

PHOTO : Madame X (Polydor)

LOUIS-HENRI DE LA ROCHEFOUCAULD