LA RÉSURRECTION DE MIRWAIS

Mirwais

À 60 ans, Mirwais Ahmadzaï prépare son retour dans le plus grand secret. En attendant de reprendre avec un album phénoménal la place qui lui est due, il nous livre en avant-première quelques confessions exclusives. Daft Punk est mort, vive Mirwais !

Comme celle de Scott Walker en son temps, la carrière musicale de Mirwais oscille entre disparitions et réapparitions – et comme Walker avant lui, Mirwais est encore plus ambitieux à chaque renaissance. Bien que l’histoire soit connue des initiés, rappelons-en les dates clefs. À la fin des années 1970, à peine sorti de l’adolescence, il est le guitariste et le compositeur de Taxi Girl. Après huit ans d’une aventure marquée par l’avant-garde et le succès, la grâce et le chaos, le groupe se sépare en 1986. Commence pour Mirwais une longue traversée du désert, malgré un excellent album solo (Mirwais, en 1990) et deux disques sortis avec la mère de ses enfants sous le nom Juliette et les Indépendants. Jeté de toutes les maisons de disques, gagnant sa croûte dans un institut de sondages, il continue de travailler dans son coin. En l’an 2000, pas de bug, ou alors dans le bon sens : entre son album Production et le Music de Madonna, il est un des artistes de l’année, l’inventeur d’une pop électronique qui aura à sa suite de nombreux imitateurs. Après une période faste (deux autres disques pour Madonna, un générique de James Bond), il retourne dans l’ombre, compose pour les autres (YAS, Uffie), traverse une dépression longue de sept ans… Mirwais avait-il dit son dernier mot ? Que nenni : les années 2020 seront celles d’un nouveau retour au premier plan du phœnix d’origine afghane.

On a eu la chance d’écouter The Retrofuture, qui devrait enfin sortir en janvier. Le secret professionnel nous interdit de nous étendre, mais disons simplement que ce disque défonce tout. Dans une époque confuse où l’on ne sait plus où est le présent, Mirwais repasse par le passé pour inventer l’avenir. Qu’il puise dans le rock psychédélique des années 1960 ou dans l’électro des années 1990, il ringardise tous les branchés du jour. Sur le dernier Madonna, qu’il avait en grande partie piloté, un morceau s’appelait « I Don’t Search, I Find » (titre piqué à Picasso). Sur The Retrofuture aussi, le chercheur des studios trouve plus souvent qu’à son tour. Il est vrai qu’il n’a pas chômé : sur une chanson, la voix date de… 2003 ! Mirwais n’est pas du genre à bâcler. Certains tracks ont connu des dizaines de versions. Celui chanté par Kylie Minogue pourrait bien être le tube de l’an prochain. Il y a des hits évidents et des expérimentations inouïes, de nombreux moments splendides, comme ce requiem synthétique composé en hommage à sa mère, disparue pendant l’enregistrement au très long cours de cet album pas comme les autres. En parallèle, il a aussi écrit un roman, à paraître lui aussi en 2022. Cela fait plus de 

quarante ans que Mirwais est dans le circuit. Il a vu passer les modes, les époques, les héros éphémères. Enterrera-t-il tous ses rivaux ? Dans une chanson de The Retrofuture, il cite Ponce Pilate. Lui n’est pas du genre à se laver les mains. Ni à mâcher ses mots en interview. Conversation avec un survivant devenu spécialiste de la résurrection artistique. 

Tu n’as plus sorti d’album solo depuis l’an 2000 : tu étais tombé dans une faille spatio-temporelle ?
Mirwais : Vingt ans, ça passe très vite. La vraie question, c’est : pourquoi n’ai-je pas fait de disque pour moi alors que j’en ai fait pour d’autres ? J’ai fini par avoir la réponse : j’ai connu quelques épisodes dépressifs, ce qui arrive à tout le monde bien qu’on n’ose pas toujours en parler. Il y a eu le roman familial, la mort de mes parents… Et puis quand j’ai arrêté de travailler pour Madonna en 2005, les choses étaient très différentes d’aujourd’hui. Le milieu de la musique était encore très solide. Je m’y épanouissais. Comment s’insérer désormais dans un monde comme le nôtre ? L’autre jour, je regardais un reportage sur Renaud : à ma grande stupéfaction, je me suis aperçu qu’il a commencé à cartonner juste avant Taxi Girl ! Quoi, c’est si vieux que ça, Taxi Girl ?! On était tellement en avance, en arrivant avec nos chemises rouges et nos brassards noirs, en invoquant Kraftwerk… Comme on disait souvent avec Daniel Darc, il y avait une chaise à Hollywood avec mon nom inscrit, je n’ai pas eu envie de m’y asseoir. Je n’ai pas de regret : la gagne n’est pas mon moteur. Dans ma carrière, j’ai été au sommet deux fois, avec Taxi Girl à la fin des années 1970, puis avec Madonna vingt ans plus tard. Ensuite tu perds la main, et le temps passe… 

« JE DOIS RÉCUPÉRER MA PEAU D’ARTISTE. »

 

Où en est ta lutte contre la falsification, ta grande angoisse depuis plusieurs années ?
Deux forces animent la société actuelle : une vision totalement passéiste instrumentalisée par les médias et une pseudo vision futuriste tout aussi mensongère. L’affrontement de ces deux forces crée un présent falsifié, digitalisé, dominé par les imposteurs. C’est passionnant pour un artiste de parler de ça. 

De quand date cette falsification générale ?
Des réseaux sociaux, même si ce n’était pas leur but premier. Comme la télé. La télévision ne devait pas abrutir les gens, c’est l’instrumentalisation d’un outil. Les réseaux sociaux ont fait émerger une nouvelle nomenclature : si tu te mets à poil, tu as mille fois plus de likes qu’un savant. Ça devient problématique. On dit souvent que le règne animal a pris fin avec le langage articulé, quand l’homme a commencé à parler. Le règne de la connaissance, lui, a pris fin avec le déploiement des réseaux sociaux. Mais je ne suis pas pessimiste : il y a toujours des accidents dans l’histoire, on verra bien ce que ça donne.

La musique fake qu’on entend partout, c’est lié à cette falsification ?
Complètement. Mais il faut faire la distinction entre la falsification et le remake. Le remake, ce sont des gens sans grand talent qui veulent gagner 2 ou 3 %. Par exemple Billie Eilish cartonne, alors on va prendre une meuf qui lui ressemble et on va lui faire faire du Billie Eilish. C’est de l’agroalimentaire. La falsification, c’est se faire passer pour ce qu’on n’est pas. Quand je vois Vincent Lindon qui joue l’ouvrier déprimé et qui gagne un prix d’interprétation à Cannes, tant mieux pour lui, super, bravo, mais il habite dans le 6e arrondissement. Il a le droit de jouer un rôle de composition, enfin il y a des limites… Comme les gens ne lisent plus, ils s’arrêtent à l’image. 

LES ARTISTES SONT DES VEAUX_
Extrait du clip de « 2016 – My Génération ». À rebours des vedettes qui idolâtrent le veau d’or, Mirwais réintroduit âme et esprit critique dans la musique.


Disparaître pendant vingt ans ça met la pression quand on revient ?
Je ne suis pas carriériste, je m’en fous… Je ne crois pas au succès, mais pas à l’échec non plus, et c’est très important de le dire : c’est un truc de gamin de s’accrocher à la culture de la win. J’en ai marre de me réveiller le matin, d’allumer mon portable et de ne voir que des gens qui triomphent ; Elon Musk, Jeff Bezos, Kanye West avec ses baskets, etc. Tu as l’impression d’être le seul être humain à ne pas être milliardaire ! C’est une castration médiatique. J’ai fait beaucoup de choses dans ma carrière, mais quand je travaille tous les jours, il faut que je me motive, ce n’est pas si facile… Il y en a marre de ce monde de communicants qui écrasent l’individu. Renonçons à nous faire castrer, ne regardons plus les nouvelles, arrêtons d’assister de manière contemplative au supposé triomphe de l’autre. À la fin des lives de Taxi Girl, Daniel disait : « Si vous avez aimé ce concert, montez un groupe. » C’était le dogme des années 1970 : si tu veux vivre une vraie vie, passe à l’action.  

Qu’attends-tu du contexte musical post-pandémie ? Ce sera mieux qu’avant, ou encore pire ?
Ça va forcément changer des choses, dans la quête d’une meilleure qualité de vie. C’est un choc qu’on vit, pandémique, sociétal et économique. Il y a 5 % d’inflation en Amérique ! Plein de gens vont vouloir reprendre leur liberté. Après la Seconde Guerre mondiale, les gens s’étaient réveillés hébétés, et dans les années 1950 ça a donné la Beat Generation, Kerouac, puis les années 1960, le rock… Là, ça ne sera pas aussi massif, mais pour certains artistes comme moi l’étau va se desserrer. 

C’est pour ça que tu prophétises un retour du psychédélisme ?
Oui, il faut tenter d’autres expériences. On ne peut pas se satisfaire de Nabilla et des Marseillais. À un moment, il faut arrêter… Il faut savoir saisir le kairos. Là, c’est un bon moment pour les artistes. Peut-être que très peu vont y aller. Sur mon album, il y a des sons stridents, il est très électro mais c’est une autre manière de faire de l’électro où je réintroduis du psychédélisme, du rock, des chansons, c’est complètement schizophrénique… Mon album s’appellera The Retrofuture et chaque titre portera une date, car pour combattre la falsification j’ai trouvé cet antidote : il n’est pas interdit de s’inspirer. Ça paraît fumeux alors que ça ne l’est pas du tout : je prends un point de départ et j’en fais un update. Plein de grandes œuvres sont des updates. Apocalypse Now, qui est un chef-d’œuvre, c’est Au cœur des ténèbres de Conrad, Coppola en a repris la trame, il l’a mélangée avec d’autres choses, et ça donne un film fantastique.

Pour inventer, il faut repasser par les racines ?
Évidemment ! Dans la musique classique, l’orchestration est le dernier stade de l’apprentissage. Il faut commencer par imiter les maîtres, mais beaucoup de gens en restent là. Le psychédélisme te permet d’aller plus loin. Ce que j’entends par psychédélisme, c’est aussi une forme de poésie. C’est pour ça que j’aime Burroughs, comme Kubrick qui était fasciné par lui… Burroughs avait tout fait exploser avec le cut-up. Aujourd’hui, on a plus besoin de poésie que de cette musique bébête, la variété-rap, la chronique sociale réduite à l’état de « Je t’ai kiffée / Tu m’as kiffé » 

Il y a encore un public pour une musique aussi bizarre que la tienne ? 
Quand je commençais American Life avec Madonna et qu’on lui avait proposé le générique de James Bond, elle n’était pas sûre. Je lui avais montré une démo. Le lendemain, on rencontrait l’équipe de Barbara Broccoli et on scellait le deal. Normalement, je n’aurais jamais dû faire un James Bond venant de Taxi Girl, ayant commencé avec Daniel Darc, un drogué avec l’œil torve… Ce n’était pas possible ! Eh bien si. Mon nouveau disque est rêche, difficile, mais je suis en train de plancher sur les singles pour qu’il puisse avoir une exposition. Il n’y a aucune raison qu’un mec comme Hanouna soit exposé tous les jours à des millions de personnes et pas moi.

CHEMISES ROUGES POUR NUITS BLANCHES_
Mirwais (tout à droite) époque Taxi Girl. Il ne sont que deux survivants (avec Stéphane Erard, à côté de Mirwais sur la photo) de cette aventure épique.


Où apparaître dans notre monde falsifié ?
Justement : il faut recréer un écosystème. Mon album sortira en janvier. Madonna m’a un peu phagocyté, je dois donc récupérer ma peau d’artiste. En France ça va, mais en Angleterre et en Amérique ce sera plus long… Il va me falloir une petite année avec des singles, des remixes… La séquence du succès, je la connais : il faut juste être déterminé. Les gens ne savent pas à quel point c’est simple. Il faut analyser ses erreurs, faire preuve d’un peu d’intelligence. Et ensuite insister. 






Sur ton album, il y a un requiem. Le mysticisme peut-il sauver la pop ? 
Mon père était musulman et ma mère catho : je n’ai donc pas reçu une éducation religieuse. Ils parlent tous du djihad, aujourd’hui… Entre 1980 et 1990, jusqu’à la fin de l’invasion soviétique en Afghanistan, mon père lui a vraiment fait le djihad. Il a même coordonné des opérations : il allait à Peshawar au Pakistan. Il ne m’en a jamais parlé, c’était un taiseux, mais il a certainement rencontré les Ben Laden, le réseau Haqqani, les seigneurs de guerre qui ont conduit au talibanisme… Pour ma part je suis agnostique, ça m’aide un peu, c’est le pari de Pascal – entre croire et ne pas croire, mieux vaut croire comme ça si ça existe on est gagnant. Il était très fort, Pascal ! 

« TU PEUX PASSER DE RINGARD À SUPERSTAR DU JOUR AU LENDEMAIN. »

 

Dans une chanson, tu cites Ponce Pilate !
Tout le monde connaît ça par cœur : Pilate sait que Jésus est innocent mais sous la pression de la foule il s’en lave les mains et le crucifie quand même. C’est ce qui arrive avec les réseaux sociaux. 

La cancel culture, c’est l’héritage de Ponce Pilate ? 
Un ami canadien m’a demandé l’autre jour mon avis sur la gauche woke et la cancel culture. Je lui ai répondu que c’est encore trop jeune, on manque de recul. On verra dans dix ans ce que ça aura produit. Si j’avais été vivant en 1917 et qu’on m’avait interrogé sur le bolchévisme… Il n’y avait pas encore eu Staline, les goulags, les millions de morts. Mieux vaut être prudent. Je ne veux pas prendre part aux débats hystériques. Le rôle de l’artiste, encore une fois, c’est de donner des directions en fonction de ses intuitions, pas de prendre sa carte au Parti. J’ai une vision politisée de la société, de là à s’engager… Et puis les politiques sont tellement ringards ! Déjà Obama, je le trouvais ringard – il écoutait Led Zep et Jay-Z. Je ne demande pas à Xavier Bertrand d’écouter de la tech berlinoise, enfin comment faire confiance à des gens pareils ? C’est Oscar Wilde qui le dit dans Le Portrait de Dorian Gray : la première partie de votre vie, votre visage, c’est la nature ; la seconde, c’est vous. Je suis pour qu’on applique le délit de faciès à tout le monde. Les politiques, dès 40 ans ils sont monstrueux. 

Tu parlais de la gauche woke : être à moitié afghan, aujourd’hui, ça te rend intouchable auprès de ces gens-là, non ? 
J’ai subi un racisme diffus depuis mon enfance – ça ne se voit pas trop sur ma tête que je suis à moitié afghan comme je suis aussi à moitié italien. Dans les années 1980, ça ne m’a pas aidé. Comment avoir une carrière en s’appelant Mirwais Ahmadzaï ? Quand je cherchais un appartement, on me louait des taudis. J’aurais dû franciser mon nom, me faire appeler Michel je ne sais quoi, mais je m’en foutais. Ça m’a surtout joué des tours en Angleterre. Chez eux, être afghan, c’est être un Wogwestern oriental gentleman. C’est une super insulte, c’est comme traiter quelqu’un de crouille ou de bicot. Il y a une chanson des Stranglers qui s’appelle « I Feel Like A Wog ». Les paroles sont géniales. Je pense que dans mon rapport avec l’Angleterre, il y a un peu de ça, ça n’a jamais été évident. Après, je n’ai pas utilisé l’Afghanistan, contrairement à Atiq Rahimi. Moi, c’est la musique, le rock, l’électro. 

Mirwais
PROFIL BAS, HAUTES AMBITIONS_
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En Angleterre et ailleurs, tu n’as jamais été compris à 100 % ?
Les gens ne comprennent pas, par définition. En ce moment, les critiques vénèrent le RnB, et je vais revenir avec mes sons stridents… On ne se rend pas compte que je faisais 80 % des titres de Taxi Girl, que je produisais quasiment. On ne se rend pas compte que j’ai fait un album étonnant à la fin des années 1990, à contre-courant des Daft Punk et de tout le reste – les autres rendaient hommage à la house de Chicago et à la techno de Detroit, moi je réintroduisais des chansons et je lançais l’Auto-Tune. Quand tu ne te bats pas pour maintenir ta carrière, certains te copient et les autres t’oublient… 

Il faut dire que ton image est brouillée : tu as été à la fois maudit et artiste à succès. 
Les Daft ne sont pas maudits, moi je le suis grâce à Taxi Girl. Et puis j’ai galéré, même si je ne le vivais pas comme ça : c’était un combat. Tu m’aurais connu en 1993, je parlais exactement pareil. J’étais sûr que je m’en sortirais. Quand Benoît (Sabatier, ndlr) m’a interviewé pour Technikart lors de mon retour en 2000, ça a diffusé l’idée que j’étais le pauvre mec qui galérait. Mais pas du tout, c’était une vision romantique ! Oui je vivais avec très peu de moyens, mais je me battais, quitte à m’embrouiller avec certains. J’avais choisi de ne pas profiter du succès des autres, de ne pas me mettre sous l’aile de quelqu’un. Je préférais y arriver tout seul. 

De qui étais-tu proche pendant tes années de vaches maigres ?
Je ne voyais presque personne. J’étais un peu méprisé, ce dont je me foutais tant que j’enregistrais. Le business n’a jamais pris le dessus sur l’art pour moi : la priorité restait la musique.

Tu te souviens du jour précis où tu as compris que ça allait repartir ?
Quand j’ai mixé « Disco Science ». J’ai fait une cassette DAT avec six titres et je me suis dit qu’il allait se passer un truc : ça sonnait tellement fort par rapport à tout ce qu’on entendait… Je sentais que ça allait s’ouvrir – là aussi je sens que ça peut s’ouvrir, et si c’est le cas je compte bien y aller. Bref, j’ai donné la démo à Olivier Lebeau qui était DA chez Naïve. Frédéric Rebet a flashé sur « Disco Science », il m’a proposé un contrat à l’été 1998. On a réussi à trouver un deal avec Sony pour l’international. Naïve a mis les moyens et on a fait une vidéo avec Stéphane Sednaoui. Je lui ai demandé s’il ne pouvait pas en passer une copie à Guy Oseary, le manager de Madonna qui dirigeait Maverick – Maverick avait sorti un an avant The Fat of the Land de Prodigy, ils en avaient vendu sept millions. Je n’avais aucune idée encore que j’allais travailler avec Madonna… Ensuite, ça a été très simple : le 22 janvier 2000, j’étais has-been ; et le 24, j’étais relancé grâce à trois mots de William Orbit à mon sujet dans The Face. Il annonçait que j’avais composé la moitié des titres de Music. C’est comme ça que ça marche : tu peux passer de ringard à superstar du jour au lendemain. 

Deux mots sur ton roman pour conclure ?
C’est encore top secret. Ça parle de quelqu’un qui marche pendant 24 heures, c’est psychédélique bien qu’il y ait une vraie histoire. J’y aborde entre autres thèmes la froideur de certaines personnes, notamment dans le showbiz. Ces monstres te font croire qu’ils sont chaleureux… Tu parles ! C’est pour ça que la cold wave c’est chaleureux, au fond : c’est la vérité, il n’y a pas de mensonge. Les gens de l’édition, eux, sont un peu minables – des ringards qui vivent en l’an 22 000 avant Jésus-Christ. Il y a un apparatchik, un mec de Gallimard, je le suivais sur internet, il me suivait. Je lui ai proposé mon manuscrit, il ne m’a jamais répondu. Tant pis pour lui. Mon roman sortira en 2022 chez Séguier, la boîte de Jean Le Gall, le dernier dandy de l’édition !

The Retrofuture (à paraître). 

 

Entretien Louis-Henri de La Rochefoucauld
Photos Chloé Claverie