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Julien Vidal : « Je vais vous faire aimer vos poubelles ! »

Julien Vidal technikart

Auteur de Ça commence par moi, le jeune Grenoblois vient de publier la suite de son manifeste écologique : Ça va changer avec vous1. Ce « citoyen du monde » aux accents de philosophe, prône et défend une écologie du Vivant — avec un grand V.

Bonjour Julien. Avec ton site internet, tes deux livres et tes nombreuses actions et campagnes écolo, tu es une figure de proue de l’environnement. T’as pas peur d’en faire un peu trop ?
Julien Vidal :
Ah non ! Dans la cuvette grenobloise, on est particulièrement touchés par les questions écolos, c’est un endroit très exposé aux variations de la nature, à la pollution, etc… Puis j’ai fait des études dans le développement international et le journalisme. À l’époque, je n’étais pas plus investi que ça dans ces sujets.

Et depuis ?
Mes séjours à l’étranger ont tout changé. Je me suis engagé auprès d’ONG dans une démarche de solidarité internationale. À Bogota par exemple, tu fais le constat des 1% qui possèdent 99% des richesses. Je suis aussi allé aux Philippines, juste après le passage du typhon Haiyan en 2013 : tu prends rapidement conscience de l’urgence de la crise.

Tu as fait le même constat en rentrant en France ?
Je suis parti en 2009. Lorsque je suis revenu, en 2016, l’écologie avait fait du chemin. Il y avait une véritable effervescence. Et puis, j’ai entendu les actualités : les 9 millions de pauvres en France, les migrants, les attentats… Je me suis dit que notre mode de vie – ultra-libéral, capitaliste, disons le – déréglait l’écosystème et, en plus, ne nous rendait pas heureux. Les gens autour de moi étaient en quête de sens. Il était temps pour moi de faire quelque chose.

On connaît la suite : en 2016 tu créés ton site Ça commence par moi, deux ans après tu publies un livre du même titre dont tu viens de sortir la suite : Ça va changer avec vous. Alors, qu’est-ce que tu veux changer ?
Je vais vous faire aimer vos poubelles ! (rires) Mais c’est fou quand même ce souci d’efficacité qu’on a, nous les Occidentaux ! Déjà, je ne résume pas l’écologie au climat. Il faut une écologie sociale, spirituelle. Créer une société respectueuse du Vivant avec un grand « V ». Quand tu vois les bidonvilles de Manille, t’es clairement « post-effondrement ». Et pourtant, la vie continue de foisonner. C’est important de comprendre qu’on peut décorréler confort et bonheur, capitalisme et vivant.

« Arrêtons de mélanger le plaisir et le bonheur. »

Du coup tu es pour la décroissance ?
Non !  Je suis pour de nouvelles croissances. La décroissance, c’est une Ferrari sur l’autoroute, et au lieu d’être en 6ème, on te dit de te mettre en 1ère et à 30 km/h. Ça génère de la frustration. C’est un peu l’écologie du renoncement. Après, il faut tout de même connaître nos limites.

Les limites font notre bonheur, c’est ça ?
J’aurai tendance à répondre que les limites sont libératrices. Il faut réapprendre à faire les choses en conscience, la contrainte, la limite est une libération, on a besoin d’un cadre pour en sortir. Arrêtons de mélanger le plaisir et le bonheur. C’est tout. Le vrai bonheur, c’est ce qui fait que tu te sens véritablement vivant.

Ton écologie, c’est une sorte de religion ?
Je pourrais tomber dans le piège de voir dans les religions des automatismes qui te contraignent plus qu’ils te libèrent. Le principal c’est de se mettre au service d’une cause qui nous dépasse. Je le dis, je n’ai jamais été aussi heureux. C’est formidable de lever la tête du guidon et de se poser cette question qui devrait nous obnubiler à chaque instant : « Mais qu’est ce qu’on fout là » ?! Ce qui me donne de l’espoir, c’est de voir que tout ce qui est à réinventer existe déjà. Que les mondes de demain sont là, ils nous attendent. 

 

PAR VIOLAINE EPITALON
Photo Catherine Delahaye

1 Ça va changer avec vous (First Editions, 190 pages, 16,95 €)