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Doherty & The Puta Madres : plus Pete sombre, meilleur il est…

Peter Doherty nouvel album

La légende vivante revient avec un album qui lui ressemble : cabossé de partout. Un disque rafistolé à la maison avec trois bouts de ficelle qui fait du bien en ces temps de pop surproduite.

Nos amis qui ont eu la chance de rencontrer Doherty n’en gardent pas forcément un très bon souvenir. L’un d’eux devait l’interviewer un soir dans les coulisses d’un concert, et Doherty l’envoya bouler, décidé à se concentrer sur son crack. Un autre l’aborda une nuit près d’un bar de Pigalle, et Doherty le coucha d’une droite en plein tarin. De là à dire que le garçon est soupe au lait… Sa musique, elle, en revanche, ne déborde pas de la casserole : quand on reprend toute sa discographie depuis 2002, on ne peut être que frappé par sa constance. Mine de rien, entre deux seringues, le toxico a sorti trois albums avec les Libertines, quatre avec les Babyshambles, deux sous son nom en solo, et maintenant un autre avec son dernier groupe en date, The Puta Madres. Ce qui fait un total de dix disques ! Pour une prétendue épave, il ne chôme pas.

L’ex beau gosse

Malgré son mauvais caractère, Doherty reste un type attachant pour au moins deux raisons : il nous renvoie à notre jeunesse et, qu’on le veuille ou non, il est l’une des dernières incarnations de la figure du rockeur. Alex Turner comptant pour des prunes (quel charisme !), les années 2000 n’auront produit que trois icônes : Julian Casablancas, Doherty et Amy Winehouse. Sur les trois, il n’en reste déjà plus que deux, qui différemment ont emprunté le même chemin : tourner le dos au mainstream et au glamour toc, creuser leur sillon à l’ombre de l’underground. Car disons le franchement : qui en a quelque chose à foutre, en 2019, d’un nouvel album de Doherty ? Ça s’adresse à une niche de Néandertaliens nostalgiques.

Puisqu’on est entre nous, inutile de faire du racolage actif, avec clip fluo cool et gros son électro hip-hop dans le coup. Quand tant d’artistes indie dopent leurs maquettes aux hormones dans l’espoir illusoire de toucher un plus large public, Doherty opte pour l’économie de moyens maximum, pas loin de la chansonnette qu’on pousse au coin du feu pendant les vacances de la Toussaint.

Yoyo

Installé près de Melun ces dernières années, c’est dans une maison de famille surplombant Etretat que notre drogué a emmené ses copains pour enregistrer. Les sessions ont duré quatre jours, dans les conditions du live, « pour capturer l’essence et l’esprit de The Puta Madres » selon le communiqué de presse, dont la sobriété change de l’emphase habituelle de ce genre de texte. L’ancien beau gosse qui vient de fêter ses 40 ans a désormais les cheveux blancs. Physiquement il fait le yoyo mais, dans ses pires périodes, il n’a pas grand chose à envier à Nicolas Rey. Ses compositions sont aussi fatiguées que lui – ici, on pense parfois à Verlaine, les sanglots longs des violons de l’automne, etc.

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Doherty aurait pu être un Mick Jagger, il a préféré être un Shane MacGowan. Il y a des chansons superbes, comme « Shoreleave » ou « Paradise Is Under Your Nose » (il n’y est pas question de cocaïne). Dans l’Enfer musical contemporain sous gonflette, il ne fait pas de mal de prêter une oreille à ce disque déglingué et dépouillé – donc distingué.

LOUIS-HENRI DE LA ROCHEFOUCAULD

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