« VOUS LES FRANÇAIS, VOUS ÊTES LES VASSAUX DES AMÉRICAINS »

Oliver Stone

Alors que l’on n’a jamais autant parlé de complots et de conspirationnisme, Oliver Stone en remet une couche et accuse les États-Unis de coup d’État.

Dans votre autobiographie publiée l’année dernière, À la recherche de la lumière (éditions de l’Observatoire), vous avez déclaré que votre vie était placée sous le sceau du mensonge, notamment celui de l’assassinat de Kennedy.
Oliver Stone : Quand on est jeune, on est innocent et on croit que tout le monde dit la vérité. Mais ça ne marche pas comme ça ! Il y a d’abord eu le mensonge de mes parents. Je pensais que nous étions une famille heureuse, que tout allait bien et tout s’est effondré en 1962. Mon père m’a téléphoné à l’internat pour m’annoncer sèchement, de façon très froide, que tout était fini et qu’il demandait le divorce, après 15 années de mariage. C’est le mensonge originel, mon ancienne vie était terminée. Trois ans plus tard, j’étais au Vietnam ! Le Vietnam était un autre mensonge. On nous a vendu une guerre, une « bonne guerre » contre le communisme, alors que c’était une guerre d’indépendance. On a nous a menti sur tout, le nombre de morts, les bombardements, le meurtre des civils, les « tirs amis » (friendly fires, ndlr). Vous savez, j’ai été blessé deux fois au Vietnam et je pense qu’au moins une fois, la balle venait de mon propre bataillon. Cela arrivait tout le temps. C’était comme l’Irak et l’Afghanistan, simplement en pire. Puis il y a eu Kennedy, un autre mensonge, un mensonge qui a changé l’Amérique à jamais.

Vous avez toujours été critique envers la politique américaine.
J’aime mon pays, je suis Américain, mais c’est difficile de vivre avec ces mensonges. Vous devez vous en rendre compte quand vous grandissez dans ce pays, il faut échapper à cette hypnose générale ou cette idée que les USA sont un pays bienveillant. Non ! Les USA sont un pays où l’on déclare facilement la guerre, ou l’on tue des présidents, où l’on se débarrasse de gens qui gênent, avec un système carcéral extrêmement dur, comme la Chine. Il faut arrêter de penser que l’Amérique est là pour protéger l’Europe. Vous vivez dans l’illusion d’être un pays allié des USA, mais vous n’êtes pas des alliés des Américains, vous êtes des vassaux, c’est ce que disait de Gaulle. J’espère qu’un jour vos dirigeants le comprendront. J’ai rencontré un jour Macron et je lui en ai parlé. Pour lui, on se doit de croire que les Etats-Unis sont des alliés depuis la Seconde Guerre mondiale. Mais la libération américaine était en fait une occupation américaine. Faites plutôt des alliances avec la Chine ou la Russie.

Lee Harvey
L’ARRESTATION D’OSWALD_
Le 22 novembre 1963, JFK est assassiné à 12 h 30. Personnage pour le moins trouble, en lien avec la CIA, Lee Harvey Oswald est arrêté à 13 h 50, dans un cinéma.


Vous êtes très critique envers les États-Unis, mais que pensez-vous des médias ?
J’ai 75 ans et je suis toujours en colère. La faute à ce système de merde appelé les médias, qui ne questionnent que très rarement la politique US. Heureusement qu’il y a maintenant internet qui permet de poser les questions que les journalistes ne posent pas.

Vous affirmez dans votre nouveau documentaire que c’est la CIA qui a abattu John Fitzgerald Kennedy. Pourquoi la CIA aurait-elle donc tué le président des Etats-Unis ?
Détente avec Cuba, avec la Russie, les changements politiques vis-à-vis de l’Afrique, de l’Amérique du Sud… Nous n’avons jamais eu un président qui a autant œuvré pour la paix. JFK voulait même se retirer du Vietnam, il le clamait dans ses discours, cela ne fait aucun doute. C’est la raison de son meurtre ! Il a même viré Allen Dulles, le boss de La CIA. À Dallas, ils n’ont pas protégé JFK, il y avait peu de sécurité. Les services secrets ont même détruit leurs archives, en 1996, ces putain de bâtards. Ils ne voulaient pas coopérer, comme la CIA. C’est une histoire sans fin, les gouvernements gagnent toujours !

Dans JFK revisited, vous revenez sur les aspects les plus troublants de l’assassinat de JFK, notamment la « balle magique ».
C’est une blague ! Cette balle qui aurait traversé JFK et le gouverneur John Connally, en faisant sept impacts, avant de retomber toute seule d’une des plaies. Et les autorités la retrouvent miraculeusement le lendemain sur une civière. Tout ça, c’est de la blague. Comment quelqu’un aurait-il pu faire ce carnage avec un mauvais fusil italien de la Seconde Guerre mondiale ? La « balle magique », c’est une invention pour justifier les blessures. Je pense qu’il y a eu quatre balles, peut-être cinq. Et qu’il y avait plusieurs tireurs, probablement trois, et celui derrière la barrière ne pouvait pas laisser Kennedy vivant. Les services secrets étaient partout, ils se baladaient tous avec leurs badges, personne ne savait qui était qui. Même chose avec Robert Kennedy. On pense maintenant qu’il a été abattu en 1968 par un second tireur, placé derrière lui.

Il y a de nombreuses théories conspirationnistes autour de l’assassinant de JFK.
Je les connais. Celle qui dit que le chauffeur de JFK s’est retourné et qu’il a tiré sur le président, ou qu’il y aurait eu un tireur planqué dans les égouts, huit tireurs embusqués… Il y en a plein ! Et le gouvernement adore, car cela crée un écran de fumée, et encore plus de confusion. Il n’y a jamais eu huit tireurs. Dans le film, je raconte qu’il y avait trois femmes au quatrième étage du dépôt de livres scolaires où Lee Harvey Oswald était censé être. Elles étaient là, et elles n’ont jamais vu Oswald descendre les escaliers et sortir du building. Et la commission Warren a changé leurs déclarations pour que cela concorde avec la version officielle. Vous vous rendez compte ? Lee Harvey Oswald n’était peut-être même pas sur le lieu du crime ! Oswald n’a rien à voir avec ça…

« MÊME NIXON M’A ATTAQUÉ APRÈS MON FILM SUR JFK. »

 






Que pensez-vous de l’attentat contre le World Trade Center ?
Pour le 11 Septembre, j’ai aussi mes doutes. Spike Lee a récemment fait un documentaire et il l’a changé au dernier moment. Il faut toujours écouter les confidences des personnes sur le point de mourir. Avant sa mort, Howard Hunt, un agent de la CIA, a livré des informations fascinantes sur la CIA et l’assassinat de JFK. David Sánchez Morales, un ancien de la CIA, a également raconté des choses incroyables avant de mourir. Pour le 11 Septembre, il faut encore attendre, mais j’ai beaucoup d’interrogations (il sourit). 

Comment êtes-vous perçu par les médias US ? 
Mon documentaire n’est pas encore sorti aux USA et il ne sera pas critiqué par les médias mainstream. À Cannes, le film a été vendu dans onze pays, donc nous aurons une distribution aux USA, mais petite. Les médias sont dans la poche du gouvernement.

Avez-vous déjà été menacé, intimidé ?
On m’a attaqué après JFK, même Nixon m’a attaqué, disant que j’avais altéré la vérité, que Lyndon Johnson n’avait fait que poursuivre la politique de JFK. C’est un horrible mensonge. Et il y a encore des historiens qui de nos jours racontent les mêmes balivernes, que JFK était un beau parleur et qu’il n’a pas fait grand-chose pour la Nation et que Johnson était un grand président. C’est de la merde, ne les écoutez pas ! Ce sont les mensonges de l’Empire américain, qui se propagent, encore et encore. Quant à moi, ils ne m’ont pas encore mis en prison ou tué, alors qu’en Chine, ils l’auraient probablement fait ! À l’époque du film JFK, j’ai peut-être été mis sous écoute. Ils n’ont simplement pas peur, ils contrôlent la population américaine. Si j’avais un gros succès maintenant, je serais peut-être en danger.

 

Entretien par Marc Godin