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Votre couple est-il en leasing ?

malaise dans le couple

Calculs érotiques et négos permanentes… Pour le philosophe François de Smet (Eros Capital, Flammarion), nos plus belles histoires d’amour ressemblent de plus en plus à une location à crédit. Mais ça n’empêche pas les sentiments !

Pour faire fortune, le magnat du pétrole américain des 70’s, Jean Paul Getty, réputé pour son avarice et son sens des affaires*, avait coutume de dire : « Achetez ce qui prend de la valeur, louez ce qui en perd ! » Aujourd’hui, près d’un demi-siècle plus tard, 3 voitures neuves sur 4 en France et un nombre absolument exponentiel de canapés, chambres d’enfants et packs électroménager sont désormais loués en leasing : la Location avec Option d’Achat (LOA) qui permet d’acquérir un bien de consommation, non pas en l’achetant, mais en réglant un loyer mensuel et d’en changer au bout de trois ans.

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Ça permet de s’offrir du haut de gamme à moitié prix (après avoir versé 15% du montant total en dépôt de garantie), c’est moins cher en apparence (sauf si on décide de rester fidèle à son robot de cuisine après 36 mois) et la maintenance et révisions sont garanties dans le contrat. Pourquoi s’en priver ? D’après le dernier sondage de l’Observatoire « société et consommation » (Obsoco), 77 % des Français préfèrent même l’usage à la possession, une tendance en pleine explosion chez les moins de 40 ans. Et s’ils faisaient pareil avec leur couple ? Oui, vous avez bien lu ! Et s’ils louaient leur copain, leur copine, leur femme, leur mari avec une option d’achat ? Une assurance contre le vol, les accidents, les défauts de fabrication ? Et un forfait « remise à niveau » offert dans le deal… Bref, et si l’amour ne durait plus trois ans comme dans le roman de l’ami Beigbeder (L’amour dure trois ans, Grasset) mais 36 mensualités avec changement de partenaire en fi n de crédit-bail ?

La Série Easy, de Joe Swanberg suit une poignée d’habitants de Chicago de tous horizons pris dans les méandres de l’amour, du sexe, de la technologie et de la culture.

PASSIONS COMPTABLES

Jouir du couple comme un service à la personne (avec vidange tous les six mois). Et surtout sans jamais s’investir dedans… C’est l’incroyable perspective érotique (un poil effrayante) qui se dégage à la lecture d’Eros Capital.

Calculs érotiques et négos permanentes… Pour le philosophe François de Smet (Eros Capital, Flammarion), nos plus belles histoires d’amour ressemblent de plus en plus à une location à crédit. Mais ça n’empêche pas les sentiments ! (Flammarion), le dernier livre de François de Smet, philosophe belge réputé pour ses travaux sur le libre arbitre (Lost Ego) et invité une fois l’an sur les ondes de France Cucul. « Tout couple consiste en une opération de dons et contre-dons », explique le chroniqueur de la RTBF. « C’est une forme de négo permanente ! L’idée de l’amour sans contrepartie, aussi romantique soit-elle, ne correspond pas au couple moderne. » Traduction : vu les exigences de chacun(e), vaut mieux avoir de la visibilité sur sa love-story. « L’homo sapiens est, depuis ses origines culturelles, un homo comptabilis ne pouvant s’empêcher d’appréhender l’ensemble des relations sociales selon des catégories de calcul », ajoute le penseur wallon. Jusqu’à faire une simulation de crédit dès le premier verre ? « Chacun de nous entretient des attentes diff érentes du couple.

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C’est pour ça que les couples modernes s’épuisent en négociations perpétuelles. » Récemment, un consultant du cabinet Deloitte s’extasiait que le boum du leasing en France tire la consommation vers le haut (et tue le marché de l’occasion) en « déresponsabilisant » le client des corvées d’usage (entretien, réparation, etc). Qu’on le veuille ou non, c’est peut-être à cela que ressemblent déja nos histoires d’amour. Des passions comptables en CDD où, comme l’écrit le Schopenhauer de Bruxelles, « nous continuons à errer dans le marché des offres, coincés entre le marteau de l’amour désintéressé et l’enclume de l”égalité stricte. » Heureusement, précise le Derrida du Waterzooï : « un monde où tout se négocie, c’est aussi un monde où tout reste possible. »

Olivier Malnuit