RICHARD ORLINSKI, POP-ARTISTE 3.0 : « UN ART POUR TOUS ! »

Richard Orlinsky

Et si L’art allié au business était le stade ultime du pop-art ? Richard Orlinski, connu pour ses sculptures animales, en a dépassé plus d’un qui s’y est essayé. Rencontre avec le plus warholien des créateurs. 

En cette fin d’après-midi ensoleillée du mois d’avril, nous avons rendez-vous avec l’artiste le plus bankable de France. Richard Orlinski, car c’est lui, nous accueille dans sa fringante galerie du 68 rue du Faubourg-Saint-Honoré – espace qu’il est en train d’agrandir, ayant racheté à Louboutin, avec un partenaire historique, l’hôtel particulier qui se trouvait juste à côté. C’est entouré de ses bêtes multicolores, saluant l’Élysée à travers les baies vitrées, que nous nous installons pour l’interview. Plusieurs personnes s’affairent autour de nous, des touristes demandent s’ils peuvent photographier le Kong géant, d’autres sortent la Centurion afin de régler quelques emplettes…

Devenu au cours de ces quinze dernières années, « le sculpteur des stars » (Justin Bieber, entre tant d’autres, le collectionne), avec quatre autres galeries dispersées à travers le monde, l’artiste est à la tête d’une florissante PME. Épaulé par une équipe de fidèles, il se retrouve fréquemment là où on ne l’attend pas : sur un single EDM avec des pointures internationales, dans les rayons de Monoprix avec un chocolat designé par ses soins, dans les listes des artistes les plus achetés… Les critiques, dont il se moque, le réduisent à la partie marketing de son travail. Ils feraient mieux de se souvenir du cas Warhol, inventeur et fervent défenseur du concept de « business-art » : « J’ai commencé comme artiste commercial et je voudrais finir comme business-artiste. » répétait-il. À méditer.  

Tu as ouvert la biennale de Venise avec une douzaine d’œuvres monumentales. L’art doit-il être spectaculaire en 2022 ? 
Richard Orlinski : Non, surtout pas ! Mais ce genre d’œuvre spermet à tout le monde d’avoir accès à un musée à ciel ouvert sans avoir à pousser la porte d’une galerie… et sans payer. Si vous mettez une pièce de 15 cm dans l’herbe, on ne la verra pas. L’avantage de ce qui est grand, c’est que ça donne une énergie, une vibe, un échange. C’est la beauté du « sharing », du partage, notion qui prend toute son importance aujourd’hui. 

Ta galerie parisienne, au 68 rue du Faubourg-Saint-Honoré, s’agrandit. Ça fait partie de cette volonté de « partager » ? 
Absolument. Nous avons racheté avec un partenaire historique la boutique Louboutin, avec le désir de pouvoir créer de plus en plus. On travaille en équipe, je ne suis pas tout seul pour la création, car j’aime partager cet art. Comme on a beaucoup d’œuvres, il y a une utilité et une nécessité de pouvoir exposer des nouveautés. 

À quelle fréquence sors-tu de nouvelles œuvres ?
Je travaille un peu comme dans la mode, avec des collections d’été et d’hiver – il n’y a pas de fashion-week dans l’art, mais ici, c’est comme si ! Mais à contrario, on va parfois surfer sur le même design pendant trois ans, en le déclinant par exemple. Les collectionneurs nous demandent quand même souvent : « Quelle est la nouveauté ? » C’est assez drôle.

Tes sculptures seront-elle bientôt dans le métavers ?
Je suis très sollicité par tout ce nouveau monde et cet art numérique, mais c’est important pour moi que le matériel existe toujours. Je pense qu’à partir du moment où vous créez quelque chose dans le monde virtuel, il faut qu’il y ait une équivalence dans le monde réel. C’est pour ça, on ne va pas se mentir, qu’il y a neuf projets sur dix qui se cassent la gueule aujourd’hui. Tout le monde a cru qu’il pouvait s’inventer en artiste, mais il y a beaucoup de spéculation en ce moment, et aucun sens. L’avantage que j’ai par rapport à tous ces gens-là, c’est que j’ai des œuvres et des galeries physiques. Donc on peut très bien avoir un pendant numérique et faire apparaître tout ça dans un monde virtuel comme le métavers. 

Richard Orlinsky
GARE AU GORILLE_
L’artiste avec deux de ses œuvres : un de ses célèbres Kong et sa montre créée avec la marque Hublot.


C’est un univers qui te plaît ?
Oui, il y a beaucoup de choses très intéressantes, comme l’utilité de la blockchain. On peut faire des certificats inviolables d’authenticité des œuvres. Mais il faut être très attentif, c’est un marché très volatile. Il y a une vraie économie et donc une vraie escroquerie, c’est très juteux. 

Tu es sollicité ? 
Énormément ! Je suis harcelé par des gens qui proposent des centaines de milliers de profits, de paiements… Mais eux le font pour des raisons uniquement mercantiles. Moi, pour vous donner un exemple, j’ai créé un personnage pour un jeu vidéo qui va exister dans le métavers : un projet qui a obtenu des millions de dollars, mais au moins il y a une fonctionnalité.

Tu aimerais inventer ta monnaie, le Kong ?
Oui, c’est un projet sur lequel on travaille. Mais nous sommes beaucoup plus lents et moins avides de profiter de quelque chose dans l’immédiat. On travaille aussi avec des avocats, car on veut construire sur le long-terme, ce qui est rare en ce moment. 

Comment vous situez-vous dans ce secteur en pleine ébullition ?
On espère être en perpétuelle création et coller au marché, et à ses tendances. J’ai envie d’être très mainstream, c’est-à-dire populaire dans le sens noble du terme.

Tu le définis comment ?
Aller avec mon inspiration là où les gens ont envie que j’aille. Sans leur imposer quoi que ce soit, il y a un côté un peu simple finalement, mais c’est ce qui me plaît. C’est parfois critiqué, car il y a un petit milieu qui n’aime pas beaucoup ça. Mais ce n’est pas grave. Il y en a pour tout le monde !
 

« JEFF KOONS, C’EST PARFOIS DU FOUTAGE DE GUEULE, MAIS C’EST TOUJOURS DRÔLE. »

 

Que penses-tu des grands coups d’éclat conceptuels de ces dernières années ? La banane de Maurizio Cattelan à 120 000 dollars par exemple ?
Il a capitalisé sur un travail, sur le nom qu’il s’est construit : c’est tout à fait normal. Ses œuvres  auront de la valeur quoi qu’il arrive. Cattelan, Jeff Koons… c’est parfois du foutage de gueule, mais c’est toujours drôle. 

Tu trouves que c’est du foutage de gueule ?
Parfois, oui. Ils ont fait monter leur cote mais il y a des limites à tout ça. Il y a des collectionneurs qui se sont fait avoir, qu’on a pris pour des pigeons, qui achètent tout et n’importe quoi. Ils en sont revenus. Mais il y en a de moins en moins car les gens apprennent, s’éduquent grâce à Internet, comparent et analysent… C’est compliqué de se faire avoir maintenant. Mais normalement, quand il y a une hype, ça dure car il y a du fond derrière. 

C’est ton secret pour réussir ?
Oui, c’est pour ça que je suis toujours là. En 2010, il y a eu des analyses dans Les Échos qui disaient que dans quatre ou cinq mois on n’entendrait plus parler de moi. J’étais classé dans le top 10 des artistes français, il y avait des éloges pour tous les autres et quand arrive mon tour, j’ai encore la phrase en tête : « Richard Orlinski, très peu connu. Des footballeurs fortunés font sa cote, c’est un phénomène qui va s’évaporer ». J’ai souvent entendu ça, eh bien ça fait douze ans. Et je travaille pour ça, pour qu’il y ait toujours du sens. 

Un exemple dans ce que tu crées en ce moment ?
Ces derniers temps, je crée des lieux de vie, et l’idée à chaque fois est d’apporter ce qui leur manque. C’est pour ça que les marques ont de l’avance : elles ont compris que les consommateurs avaient besoin qu’on leur raconte une histoire, qu’ils vivent une expérience, c’est la base. Aujourd’hui, il faut aller plus loin. 

Tu fais comment, toi ?
Je suis dans la volonté de créer un vrai ADN, une manière de consommer et de voir les choses.  Je travaille avec un milliardaire indien sur un projet d’hôtel, par exemple, et je lui ai expliqué ma vision : « Qu’est ce qui différencie un hôtel de luxe d’un autre hôtel de luxe ? Il n’y a pas de différence réellement, à part la déco.» Pour ce projet j’aimerais créer une « place to be », un endroit où les gens puissent venir, jouer de la musique s’ils le veulent, s’amuser, se poser… 

Cet hôtel sera comme un concept-store ?
Un peu. L’idée, c’est d’avoir un studio d’enregistrement ou, comme je travaille avec des footballeurs, on pourrait aussi imaginer de temps en temps un mini-terrain. C’est vraiment pour faire plaisir aux gens et leur donner une expérience. Quand tu rentres quelque part, tu regardes… L’idée, c’est que ça devienne un rendez-vous. Il y a certaines années, on allait en famille dans un restaurant tous les dimanches, c’est ça qu’il faut réussir à créer, mais pas un truc du dimanche (rires). L’intérêt pour moi c’est de collaborer avec des gens pointus, d’autres moins, qu’il y en ait pour tout le monde. On m’a toujours critiqué pour ça, mais je trouve que c’est important. C’est ce qui fonctionne, mais peu de gens l’ont compris.

Richard Orlinsky
OBJECTIF LUNE_
Alors que ses contemporains s’affairent pour être exposés à la prochaine Biennale de Venise, Richard Orlinski, lui, prépare sa première expo sur la Lune.


Comment t’en es-tu rendu compte  ?
J’ai vu ça la première fois quand on a collaboré avec Disney. On a vendu des petits Mickeys magiciens sorciers à 59 euros. C’était incroyable. Et c’est grâce à eux, pas moi. Il y a eu une communion de toutes les classes. C’est ensuite ce que j’ai fait avec Pacman et avec Sonic, d’avoir des pièces très accessibles. Car certaines personnes ne peuvent pas s’acheter une pièce à 5000 euros. Et même ceux qui ont les moyens de s’acheter des pièces à 100 000 euros adorent avoir le petit Pacman, c’est d’ailleurs ce que j’ai le plus vendu. Ce n’est juste pas le même marché.

Avec tes œuvres de différentes tailles, tu couvres tous les marchés ?
Oui, aujourd’hui à un prix moins cher vous aurez une petite sculpture de qualité mais qui ne sera pas numérotée. Une pièce de 2 m 30 ne sera pas au même prix, il faut bien qu’il y ait des différences. Ma logique c’est : « L’art pour tous, l’art accessible. Démocratiser l’art.» À côté, il y a des galeries qui vendent des œuvres d’arts numérotées et uniques. C’est différent, mais complémentaire. Chacun trouve son sens, chacun est libre. Donner du plaisir, c’est le plus important.






Le crocodile, la panthère, le kong… Pourquoi les animaux ?
C’est simple, on a tous dessiné ou fait en pâte à modeler des animaux étant petits. Dans le règne de l’homme, l’animal a toujours eu une grande importance. On a envie de les dominer, de les domestiquer. Ils correspondent à nos pulsions, à ce pour quoi on est fait. L’art animalier, ça plaît beaucoup. Et ça colle à mon image de plaire à tout le monde. C’est universel. J’ai aussi fait une Vénus mais bon, ça n’a pas parlé à tout le monde…

Que réponds-tu à ceux qui disent que tu fais du design ? 
Ils disent ce qu’ils veulent. C’est bien le design. C’est péjoratif ? Je n’ai pas tout à fait la même vision de l’art. Pour moi, il est universel. Donc oui, je fais du design, je suis designer puisque je design des bateaux, des avions, des maisons, des tours, des hôtels. Bien sûr que je le suis. La question qu’on pourrait poser, c’est : « Est ce que c’est pas trop commercial ? ». Mais si tu ne vends pas, comment fais-tu pour te faire connaître et réaliser tes projets ? Ça coûte de l’argent, la peinture encore ça ne coûte pas très cher, mais là il faut les moyens. Si tu n’as pas d’argent, tu ne décides pas, c’est la vie qui décide pour toi. Je veux bien être comme Van Gogh, mais le pauvre il a fait 800 toiles et en a vendu une seule à 50 centimes d’euros. C’est mieux d’en profiter de son vivant ! 

Quand tu crées, tu penses à vendre ?
Non, je pense à plaire. Je veux séduire au maximum. Donc forcément, ça va se vendre. Si tu fais une grand-mère morte dans un salon avec du sang, à qui on a ouvert le ventre, il y a des gens à qui ça va plaire mais  je pense qu’il n’y a pas beaucoup de gens qui vont y adhérer. Je dis ça, car j’ai vu une sculpture qui s’est vendue plusieurs millions de dollars chez un pote, une vieille morte allongée comme ça. Mais ce n’est pas très universel. Moi j’essaye de faire quelque chose de plus populaire dans le bon sens du terme. Tout simplement. 

C’est plus intéressant pour toi d’être dans un magazine people qu’un magazine d’art ?
Quand on fait un article dans un magazine d’art, il y a 10 000 personnes qui le voient, dans Paris Match, à l’époque en tout cas, c’était 90 000 d’un coup. Moi, j’ai eu des articles, très peu mais quand même, dans des magazines d’arts et j’en ai eu un, Beaux-arts, qui m’a défoncé. Mais on parle de moi, c’est le plus important !
 

« IL FAUT FAIRE SA ROUTE, ÊTRE CRÉDIBLE ET RACONTER DE BELLES HISTOIRES. »

 

Les avis négatifs te glissent dessus ?
Honnêtement, oui. Aujourd’hui, il faut faire sa route, ne pas penser à ce que les autres disent, être crédible et raconter de belles histoires. Il y en a qui ne savent même pas pourquoi ils ne t’aiment pas. Le problème de l’art, c’est l’ego aussi. Pendant mon expo sur les Champs, il y avait des gens qui étaient contents, qui rigolaient, qui prenaient des photos… S’il y a une personne qui a la banane, t’as gagné ! Je ne fais pas tout ça pour la gloire, mais pour pouvoir faire d’autres projets. 

Tu as toujours voulu réussir dans ce milieu ?
Non, j’ai déjà réussi dans un autre milieu avant, l’immobilier, quand j’étais jeune, mais ça ne m’intéressait pas, je m’ennuyais. Tout ce que j’ai entrepris, avec chance, j’ai pas trop mal réussi. Là, je suis mon propre représentant, je suis moi-même. Outre le côté commercial, c’est intéressant de mener ton propre combat, de faire des collaborations avec des marques que tu aimes. Je ne suis pas un homme d’affaires en réalité, ça ne me plaît pas, je le fais par obligation. Si je pouvais m’occuper uniquement de la création, ce serait le rêve.

Quelle œuvre te représente le plus ?
Je ne sais pas, il n’y en a pas une en particulier. Le Kong ce n’est pas moi, mais c’est une pièce qui ressemble plus à l’humain, à quelqu’un en tout cas qui veut s’exprimer, qui a des choses à dire. En plus, il y a une référence au film, qui est assez emblématique : le monstre surpuissant qui défend la jeune fille… 

Pourquoi tes animaux ont tous la gueule ouverte ?
Les animaux sont là, ils existent, et la bouche ouverte, c’est une action. La panthère, si tu regardes bien, elle marche. Même le Pacman, je lui ai mis des bras. Et même le jean dans la manière d’être fait, il n’est pas rigide, on a l’impression qu’il a été enlevé de quelqu’un qui le portait. J’ai fait une collaboration avec Puma et on ne savait pas comment faire pour qu’il ressemble au logo alors on a pris une planche de plexiglas et on l’a fait s’envoler un peu pour qu’il y ait un mouvement.

Où en est l’exposition sur Mars ?
Je vais faire quelque chose mais, sur Mars, c’est plus compliqué, alors sûrement sur la Lune. On a parlé pas mal d’envoyer un objet, c’est assez symbolique. Après, on veut quand même être crédible et donner du sens à tout ça.

Une fusée Orlinski x Nasa ?
Pourquoi pas ! Ce que j’aimerais qu’emporte cette fusée, c’est une Arche de Noé, j’aime beaucoup ce concept. Je suis d’ailleurs en train de lancer un droit d’auteur pour les animaux en voie de disparition. À chaque fois qu’on vendra une œuvre d’art qui correspond à la race qui est en train de disparaître, on reversera les fonds à plusieurs associations qui défendent les animaux. C’est compliqué à mettre en place, mais toutes les associations sont à fond.

Tu as déjà fait une donation ?
Oui, je soutiens beaucoup d’associations. Il y a par exemple un Panda de 3 m 50 qui siège à l’hôpital Necker. Il est dans l’aire des enfants handicapés mentaux. On avait fait ça à l’époque avec Brigitte Macron. J’ai aussi designé des voitures électriques qu’on met à disposition gratuitement. Comme ça, quand les enfants vont au bloc opératoire, au lieu d’y aller dans un brancard, ils y vont en conduisant une petite voiture. 

Le but de ton travail, c’est de donner du bonheur ?
Oui, soulager la difficulté du quotidien des gens, leur apporter des émotions. Ça sert à ça l’art, non ?

Richard Orlinski annoncera très prochainement une collaboration mondiale avec la Maison Lancôme qui se déploiera sur différents supports.

www.richardorlinski.fr
Galerie parisienne 68, rue du Faubourg-Saint-Honoré, 75008


Entretien Mathilde Delli & Margot Ruyter
Photos Julien Grignon

 

 
 
 
 
 
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