OLIVER STONE ENQUÊTE : MAIS QUI A TUÉ JFK ?

JFK

Oliver Stone revient et il n’est pas content. Après son film JFK en 1991, avec Kevin Costner, il signe un documentaire où il assure que John Fitzgerald Kennedy a été assassiné par… la CIA. 

22 novembre 1963, John Fitzgerald Kennedy est en visite électorale à Dallas, bastion de la droite radicale US. On lui a déconseillé cette visite, il y a des menaces d’attentats envers lui, la sécurité est réduite. Le 35e président des États-Unis est dans une Lincoln Continental 1961, aux côtés de sa femme Jackie et de John Connally, gouverneur du Texas. La voiture roule lentement (15 km/h), elle n’a pas de toit, et s’engage sur Elm Street. À 12 h 30, trois coups de feu sont tirés, en approximativement six secondes. Le président est touché à la gorge, puis une nouvelle balle lui explose la boîte crânienne. Le gouverneur devant lui est également touché, Jackie se met à ramper sur le coffre arrière de la voiture, un agent du Secret Service se précipite, la panique s’empare de la foule, la voiture accélère enfin… À 13 heures, les médecins annoncent la mort de JFK et l’Amérique perd son innocence.

CIA ET COUP D’ETAT

En 1963, Oliver Stone entame sa dernière année de lycée. Il est en pensionnat en Pennsylvanie et regarde le drame sur un écran de télé, en boucle pendant trois jours. « Nous avions tous les yeux rivés à nos télés noir et blanc, stupéfaits, ne saisissant que la surface des choses, les explications que nos grands prêtres daignaient bien nous soumettre. » Pourtant, l’assassinat de JFK va changer sa vie. Tout d’abord, Oliver Stone va se retrouver à faire la guerre au Vietnam en 1967, alors que Kennedy voulait se désengager du Vietnam après sa potentielle réélection, en 1964. Stone en reviendra avec quelques médailles, des cicatrices et beaucoup de désillusions. Après le Vietnam, Stone, très énervé et régulièrement sous drogue, se débat tout en bas de la chaîne alimentaire hollywoodienne, avant d’écrire les scénarios de Midnight Express, Conan le barbare, L’Année du dragon ou le Scarface version Al Pacino. Et réaliser des films chocs, politiques, engagés sur l’Americana : Salvador, Platoon, Wall Street, Talk Radio, Les Doors ou Né un 4 juillet, avec le rôle principal prévu à l’origine pour Al Pacino. En 1988-1989, John Fitzgerald Kennedy revient dans sa vie, quand on lui donne le livre On the Trail of the Assassins (JFK, affaire non classée) de Jim Garrison, le procureur de la Nouvelle-Orléans, joué par Kevin Costner dans JFK, qu’il réalisera en 1991. « C’est le premier ‘‘officiel’’ qui a exprimé l’idée que l’assassinat posait probléme. Je ne savais pas grand-chose de cette affaire. J’ai rencontré Garrison, d’autres personnes qui connaissaient parfaitement le dossier, et j’ai décidé de mettre en scène JFK que j’ai envisagé comme un film de complot. » Alors que Kevin Costner est au sommet de la gloire, le film connaît un triomphe, remporte deux Oscars (meilleure photo, meilleur montage) et permet la déclassification de documents secrets qui devaient le rester jusqu’en 2029. Trente ans plus tard, Stone n’en a toujours pas fini avec JFK et revient avec un documentaire ahurissant, produit en Angleterre, JFK revisited : Through the Looking Glass, qui sortira en France en novembre. Grâce aux archives déclassifiées, Oliver Stone l’assure, sans le moindre doute : JFK a été abattu par la CIA, le meurtre était un coup d’État, et le président Lyndon B. Johnson a trahi tout ce que son prédécesseur incarnait en intensifiant la guerre froide et le conflit vietnamien.

« JFK REVISITED POUSSE LE SPECTATEUR AU BORD DU GOUFFRE, AVEC CE QUI SERAIT LA PLUS GROSSE FAKE NEWS DE L’HISTOIRE DU XXE SIÈCLE. »

 

BALLE MAGIQUE ET AUTOPSIE BÂCLÉE

Septembre 2021, Oliver Stone, 75 ans, débarque au festival de Deauville pour la promo de son documentaire-choc. Il est jet-lagué, fatigué, affamé et l’incroyable sandwich-club au saumon, dégoulinant de sauce, qu’on lui apporte ne semble guère lui convenir. Pourtant, Stone n’a rien perdu de sa combativité et veut convaincre. Avec les nouveaux documents déclassifiés et des entretiens avec les membres de la dernière commission d’enquête (Assassination Records Review Board, ARRB), Oliver Stone dénoue les fils, signe un pamphlet implacable où il se met en scène sur le lieu du crime. Avec des chercheurs et des spécialistes de l’affaire, il revient sur les éléments les plus troublants du meurtre de JFK. Notamment, la fameuse « balle magique » (« The Magic Bullet »), la troisième et dernière balle tirée, l’un des plus extraordinaires projectiles de toute l’histoire de la balistique. Celle-ci serait entrée dans le dos de JFK selon un angle de 17° vers le bas, elle serait ensuite remontée de façon à ressortir par l’avant du cou. Elle pénètre dans le corps de Connally par l’épaule droite, redescend, lui brisant la cinquième côte. Elle ressort par le côté droit de la poitrine, après avoir transpercé un poumon, elle vire à droite et rentre à nouveau dans le corps de Connally par le poignet droit en lui brisant le radius et lui sectionnant le tendon du pouce. La balle ressort enfin du poignet, effectue un spectaculaire demi-tour pour venir se loger dans la cuisse gauche du gouverneur. Encore plus fort, on retrouvera cette balle quelques heures plus tard sur un chariot dans l’hôpital Parkland, absolument intacte ! Oliver Stone revient bien sûr sur l’autopsie de JFK (contre toute attente, le corps est embarqué dans Air Force One pour l’hôpital naval de Bethesda, près de Washington, et l’autopsie est pratiquée par des légistes qui n’avaient pas les compétences nécessaires, qui détruiront leurs notes… Les photos prises pendant l’autopsie seront remplacées par des dessins, d’où la thèse de la plaie béante à l’arrière du crâne, provoquée par une balle venant de l’avant et non pas de l’arrière. Ce qui remet en question la thèse du tueur solitaire, avec Lee Harvey Oswald, posté en haut du dépôt de livres situé derrière la voiture du président. Quant à Oswald, l’assassin de JFK, Stone le présente comme le parfait pigeon qui n’aurait même pas été présent sur les lieux du crime… 

OSWALD, LE PIGEON ?_ Accusé du meurtre d’un policier et de JFK, Lee Harvey Oswald sera abattu, après 36 heures de garde à vue et 12 heures d’interrogatoire sans assistance légale et dont peu de traces ont été conservées, par Jack Ruby, dans les garages du quartier général de la police de Dallas. À la police, il déclarera : « Je suis un pigeon ».


Brique après brique, Oliver Stone déconstruit le mythe de l’assassinat de JFK par un tueur unique. Ultra-documenté, étayé par les conclusions de nombreux spécialistes, JFK revisited pousse le spectateur au bord du gouffre, avec ce qui serait la plus grosse fake news de l’histoire du XXe siècle. On en sort ébranlé. Et si notre monde était un vaste complot et nos vies construites sur une série de mensonges ?






JFK revisited : Through the Looking Glass
À partir du 22 novembre dans les salles et prochainement sur OCS

 

Par Marc Godin