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Violante Segal : « La société des détraqués du cul… c’est mon violon d’Ingres »

 LA CHRONIQUE DE LA FILLE FACILE… PAS FACILE 

Quand Violante se frotte au désir impulsif et égoïste d’un homme marié, il y a comme un couac. Et si la vraie jouissance, c’était de converser avec soi-même ?

Hier soir, j’ai échangé avec Anatole, un mec avec qui je travaille vaguement mais pas assez pour lui écrire toute la journée.

Il y a quelque chose entre nous mais Anatole est maqué, et très sérieusement. Néanmoins, j’ai senti dans son ton, la rapidité à laquelle il me répondait et l’effort qu’il fournissait pour me faire rire, qu’il était en train de m’allumer. Comme j’ai une aversion inouïe pour les messages allusifs, je lui ai adressé un vigilant « t’es en train de me chauffer là ? ». Prudent lui aussi, il a voulu s’assurer qu’il me plaisait. Il est excitant Anatole. Très rapidement, un lien complice a été instauré entre nous, alternant railleries à coup de coudes et missiles de désir dans le fond des yeux. Alors que je lui confiais que son statut marital avait pour effet de tempérer ma soif, la suite de nos SMS a pu trahir le caractère alléchant de l’hypothèse. Et parce que cette même hypothèse ne fait pas de mal et qu’on n’a jamais assez de matière masturbatoire, je lui ai demandé ce qu’il s’imaginait.

 JE SUIS LA MATIÈRE PRINCIPALE DE MES FANTASMES 

Après deux minutes d’attente, « tu veux vraiment savoir ? » vint secouer ma tête de bas en haut et, déjà nue, je me mettais à lubrifier mon lit. Sa question, rhétorique et d’ordinaire agaçante, venait tapisser mon esprit d’une armada de positions extravagantes qui mettraient en lumière ce pourquoi je crois être une bonnasse. Aussi, j’étais prête à me faire surprendre, à embellir mon tableau de chasse d’un gros dégueulasse de plus. La société des détraqués du cul est mon violon d’Ingres.

PORNOS CHEAP

Anatole avait carte blanche. Mais il ignorait que m’imaginer moi-même faire une fellation ne m’excitait qu’en cas de désespérance amoureuse profonde. « Toi en train de sucer ma bite ». Je restai là, les yeux affaiblis par la déception en attendant près de quatre minutes une suite. Mais rien. Alors je ne répondis pas et essayais de me concentrer sur autre chose. Je n’étais plus d’humeur à échanger avec quelqu’un qui risquait d’endormir ma libido. Ne pas me parler de moi quand on m’envoie des sextos à de quoi freiner mon désir, avant de l’assommer complètement. À ce moment-là, je me levai pour m’observer dans le miroir, sortir ma langue, humidifier mes lèvres, y glisser mes doigts pour donner un peu de force à ma vulve asséchée. Je fermai les yeux, imaginais une scène en POV, sans le mec en question. Quelqu’un d’autre l’avait remplacé. Quelqu’un qui savait comment me parler, qui me décrivait les moindres mouvements de mon corps totalement soumis à ses marques d’affections. Je me voyais au comptoir d’un bar être approchée par lui. Je portais une mini robe en dessous de laquelle il insérait effrontément une main pour attraper mes fesses et pressait de l’autre ma fine taille pour m’indiquer que c’est aux toilettes que ça allait finir (j’ai été biberonnée aux pornos cheap des années 80).

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Le type n’avait pas de visage, sa voix était la mienne et, de toute façon, tout ce que je voyais c’était moi. Je rouvris les yeux de stupeur. Il n’y a que par moi que je suis excitée. C’est évident. Les autres font juste office d’entremetteurs pour que je puisse me rencontrer, me baiser et éventuellement tomber amoureuse de moi. C’est pour ça que je ne me masturbe que lorsque je suis mince, épilée et que mes cheveux sont propres. À défaut de croire que mon narcissisme crispant était handicapant, je me résolus à penser que c’était toujours plus vivable que l’inverse. Mine de rien, je continuais scrupuleusement de suivre la logique selon laquelle j’étais incapable de m’aimer sans excès, donc de m’aimer tout court, et donc d’aimer qui que ce soit. Il était minuit sur l’horloge de l’introspection et je me couchai, enchantée d’avoir, sans réserve, transformé un accès onaniste en un dérèglement névrotique.

 

La chronique de Violante Segal