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LA RENTRÉE DES SUR-DOUÉS : SIMON LIBERATI

simon liberati

Juré(e)s chéri(e)s du seul prix littéraire approuvé par Technikart (Le Flore, of course), voici un* des neufs romans que nous vous soumettons pour l’édition 2020. On fête ça en novembre ?

*Les autres romans sont à retrouver dans notre dernier numéro #241


L’EX-FAN DES SIXTIES

Dandy fasciné par les maudits, l’ancien pilier du magazine 20 ans construit une oeuvre singulière et salutairement snob et revient avec les démons. Si vous aimez les ambiguités sexuelles et les mondanités désaxées, c’est pour vous.

Quand il est passé à la rédaction se faire photographier, Liberati n’avait pas encore mis au point son sermon promotionnel : « Je suis incapable de faire le pitch de mes livres, mais je vais essayer pour vous faire plaisir… C’est toujours très confus quand je commence à écrire. Au départ, Les Démons tournaient autour de Truman Capote et de ses Prières exaucées, son livre inachevé. Très orgueilleusement, je voulais (et je veux toujours) le faire à sa place – un énorme livre qui aille de 1966 à 1984, année de la mort de Capote. Finalement, Capote n’est pas le personnage central : c’est l’histoire de Serge, Alexis et Taïné, trois frères et sœur bizarres, incestueux et drogués qui traversent cette période en ayant diverses aventures qui sont propres à l’époque. Ils rencontrent Truman à New York, le revoient à Cannes et Paris – ils aimeraient apparaître dans Prières exaucées. Je me suis amusé à inventer des personnages qui voudraient entrer dans un livre, livre lui-même raté qui ne sortira jamais… Il y a donc tout un jeu entre Capote et ces jeunes gens… »

Dit comme ça, ça pourrait donner un pavé hermétique. Il n’en est rien. Car si Liberati a toujours l’air un peu au bout du rouleau, il est ici en pleine forme, avec ses décors et personnages déglingués chics et son humour goguenard pince-sans-rire qui donne tout leur sel à ses livres – il n’est pas par hasard un fin connaisseur du Journal littéraire de Paul Léautaud, et a l’esprit aussi acéré que le misanthrope de Fontenay-aux-Roses. Né en 1960, Liberati aurait voulu être historien. Il a élu les sixties comme champ d’étude et en rend toujours merveilleusement le climat.

« JE SUIS INCAPABLE DE FAIRE LE PITCH DE MES LIVRES MAIS JE VAIS ESSAYER POUR VOUS FAIRE PLAISIR… »


Rappelons enfin qu’on tient avec lui un styliste étincelant, ce qu’il avait prouvé dès son premier roman (Anthologie des apparitions, 2004) et n’a cessé de confirmer depuis (Nada exist, 113 études de littérature romantique, Eva, California Girls, son recueil d’articles Les Violettes de l’avenue Foch…). Bref, impossible de le comparer aux laborieuses grandes têtes molles de la rentrée, les Eric Reinhardt ou les Alice Zeniter. Avec qui peut-on lui trouver une filiation, au juste ? Serait-il, comme l’ont dit certains, un Modiano de la génération X ? Liberati ne mange pas de ce pain-là : « Je ne sais pas ce que c’est que la génération X et j’aime bien Modiano sans qu’il soit mon modèle du tout. Je l’apprécie mais il est un peu restreint, toujours dans le même format… J’ai été plus divers dans les approches et les tailles de mes livres. Enfin, c’est flatteur puisque c’est un écrivain qui a une certaine renommée. Je ne refuse pas le surnom, mais ce n’est pas ce qui me viendrait à l’esprit… » Il est vrai que ce grand paresseux de Modiano ne s’est jamais lancé dans d’amples projets romanesques. Les Démons comptent 333 pages, et il se pourrait bien que ce ne soit que le premier tome d’une trilogie : « Oui, c’est le premier volet, je compte bien faire d’autres livres autour de cette histoire. Vous allez encore en prendre pour plusieurs fois… »

Les Démons, 333 pages, 20,90 € (Stock)

 

Par Louis-Henri De La Rochefoucauld