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« LA GÉNÉRATION H POSSÈDE DE SACRÉES RESSOURCES ! »

alexandre grondeau

Selon Alexandre Grondeau, le maître de conférences à Aix-Marseille Université spécialisé dans la « cannabis culture », le confinement a changé la mentalité des fumeurs. Pour de bon ?

Depuis le confinement, nos amis fumeurs se tournent de plus en plus vers la production locale, voire le home-made. Tu remarques la même chose ?
Alexandre Grondeau :
L’expérience du confinement a été révélatrice pour beaucoup de fumeurs et de membres de ce que je nomme la « Génération H » dans ma série de livres du même nom. Certains se sont rendus compte de la fragilité de leurs sources d’approvisionnement en herbe ou en cannabis, et d’autres des abus tarifaires de leur dealer habituel en période crise. Dans le même temps, de nombreux stoners se sont rendus compte des bienfaits du THC (le cannabinoïde le plus présent dans la plante de cannabis, ndlr) lorsqu’ils étaient enfermés, tant pour lutter contre le stress et l’inquiétude de la période que pour prendre un peu de bon temps.

Est-ce une prise de conscience plus large ? Avec un désir de fumette plus responsable ?
Il est clair que si l’on désire contrôler la qualité des produits qu’on fume ou qu’on vapote, tant au niveau du goût que de l’effet, rien n’est mieux que de cultiver sa propre herbe. Alors, dans un contexte de pénurie, comme on a connu pendant le confinement, il apparaît évident que l’indépendance et l’autonomie du fumeur vont être particulièrement recherchées, et ce d’autant plus qu’avec l’ « autoflow », on peut déterminer la quantité nécessaire pour sa consommation et la récolter très régulièrement.

Résultat : les « plantations-maisons » sont en plein essor, avec des cultivateurs à la recherche d’une indépendance vis-à-vis des dealers et du trafic. C’est la génération bio ou les effets secondaires du confinement ?
C’est le sens de l’histoire, celui de la justice sociale, et un juste retour des choses pour le cannabis. La prohibition a créé une économie souterraine et engendré de nombreux trafics liés à la weed. C’est d’autant plus dommageable que l’histoire de la consommation de THC va dans le sens d’expériences sensitives, hédonistes, mystiques et désaliénantes. On est à mille lieues de cages d’escaliers qui puent la pisse ou d’endroits glauques où les plus jeunes et ceux qui n’ont pas de plans réguliers se retrouvent à aller devoir toucher. Le tournant de la culture-maison ramène le cannabis là où il aurait dû rester depuis son apparition il y a des millénaires : une plante-médecine que certains ont appris à déguster pour s’amuser et se détendre et que d’autres utilisent pour se soigner.

Et le regard des autorités là-dessus ?
Le gouvernement devrait être pragmatique et s’inspirer de ces pratiques des usagers en temps de crise pour promouvoir une légalisation autogérée et raisonnée qui créerait de l’emploi, des revenus pour l’État, et décriminaliserait plusieurs millions de Français, par ailleurs honnêtes contribuables et totalement intégrés dans la société.

Dernier ouvrage : Bob Marley, un héros universel (Éditions La Lune sur le Toit, 180 pages, 20 €)


Entretien J.R.