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ISOBEL YEUNG : DES NEWS POUR VOIR LE MONDE DIFFÉREMMENT !

Correspondante de VICE News Tonight, elle a bien connu les zones de guerre de la Syrie et du Yémen… Mais pas encore les joies de l’interview Technikart.

Vous êtes connue pour vos reportages en zones : la Chine, la Syrie, etc. Comment la Covid-19 modifie-t-elle votre façon de travailler ?
Isobel Yeung : C’est un sacré challenge de faire du journalisme alors que le monde est en train de se transformer à toute vitesse. Bien évidemment que le fait de se rendre sur place pour un reportage influe sur notre façon d’en parler. Ces derniers temps, j’explore donc d’autres techniques d’enquête : je me sers davantage de sources qui vivent sur place, je fais filmer des gens par des équipes sur place, je passe davantage de coups de fil… C’est ce que je faisais déjà avant de me rendre dans un nouveau pays : je me connectais avec les gens là-bas.

Et le fait d’être moins présente à l’écran ?
Cela dépend du sujet et de la situation, mais ne pas être à l’écran permet parfois aux témoignages de ceux qui y sont d’être plus directs – j’ai remarqué qu’il pouvait y avoir davantage d’humanité à l’écran dans certains cas. Alors oui, on trouve de nouvelles façons de faire.

Dès que vous pourrez voyager plus librement, dans quelle zone vous rendrez- vous ?
L’Asie ! Il y a tellement d’histoires à couvrir là-bas en ce moment.

Vous vous êtes déjà retrouvée en Syrie à interviewer des membres de Daech. Que vous dites-vous avant une telle rencontre ?
Avant n’importe quelle interview, je lis, j’écoute, je regarde tout ce qui existe sur la personne que je vais voir. Le jour J, je me dis que je suis là, en face de cette personne, qui peut avoir des points de vue diamétralement opposés aux miens, pour engager une conversation et obtenir des informations. Pas pour me battre. Je les questionne, je les laisse parler – même les opinions les plus affreuses – et je fais confiance à l’intelligence du spectateur.

Votre motivation première est de ramener une histoire journalistique, ou de changer les conditions de vie des personnes les plus opprimées sur lesquelles vous travaillez ?
Je ne me considère pas comme une militante, mais chez VICE nous mettons régulièrement en lumière des situations sur lesquelles les gens doivent agir. Par exemple, nos reportages sur la situation des Ouïghours en Chine contribuent à changer la situation.

« AVEC LA MONTÉE DES RÉGIMES AUTOCRATIQUES, CE N’EST PAS LE MOMENT DE LÂCHER. »


Vous êtes basée à Brooklyn. Comment couvrez-vous des actus plus proches, comme les manifs Black Lives Matter ?
En ce moment je vis à Londres, mais oui, j’ai passé beaucoup de temps aux États-Unis dernièrement. Il y a tellement de choses folles qui s’y passent. J’étais à Kansas City dans le Missouri et je voulais passer du temps avec les officiers de police pour comprendre les vrais changements qui ont eu lieu au sein de la ville, l’impact des réformes sur les forces de l’ordre, l’impact au niveau individuel, aussi…

Il y a quelques années, le fondateur de VICE, Shane Smith, promettait de réinventer l’info pour les plus jeunes. En quoi VICE News Tonight se distingue des concurrents plus installés ?
VICE m’a toujours attirée parce que ses journalistes vont là où ne s’aventurent pas forcément les grands médias, en particulier aux États-Unis. Plutôt que de simplement réagir au dernier tweet de Trump, nous proposons des reportages plus approfondis, ainsi qu’une couverture internationale plus détaillée que les autres. Pour parler de Kansas City, on a droit à un reportage de 21 minutes, ce qui est assez inédit sur un média grand public aux États-Unis. C’est un privilège.

Qu’aimeriez-vous accomplir avec l’émission ces prochaines années ?
Je pense qu’on fait déjà un bon boulot en exposant des histoires dont nous n’entendons pas parler ailleurs et sur des formats longs. J’espère que nous allons progresser dans ce domaine, ainsi qu’améliorer nos techniques d’investigation en nous servant davantage d’open-source etc.

Vous vous voyez faire le même type de journalisme tout au long de votre carrière ?
Oui, je le pense. Pratiquer ce type de journalisme est plus important que jamais en ce moment, avec la montée des régimes autocratiques, etc. Ce n’est pas le moment de lâcher.

Vos reportages sur la crise humanitaire au Yémen ont remporté deux Emmy Awards. Vous en faites quoi ?
Je m’en sers pour faire… mon sport. Elles sont vraiment lourdes !

 

VICE News Tonight : du mardi au vendredi à 23 h sur VICE TV.
Disponible en replay sur MyCanal.


Par Laurence Remila