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FRANÇOIS TROUKENS, CINÉASTE EN LIBERTÉ : « LE GRAND BANDITISME N’EXISTE PLUS… »

voyous joeystarr

Passé de la casse au cinéma, François Troukens est le braqueur reconverti par excellence. Star des deux premiers épisodes de Voyous, des histoires qui finissent bien, la nouvelle série-docu événement made in Vice TV, François nous livre quelques astuces…

François, le premier épisode de Voyous t’es dédié. Pourquoi as-tu accepté de faire ce projet ?
François Troukens : Ce qui m’a intéressé avec cette série, c’était de parler de la résilience. Parce que je ne me dis pas un ex-braqueur. C’est un fait de ma vie, mais ça ne résume pas ma vie. L’idée, c’était de raconter à des jeunes que même si t’as basculé dans l’illégalité, dans la révolte, et dans un monde dans lequel normalement on ne sort plus, c’est possible de rebondir, de revenir vers la lumière et de pouvoir réussir ses rêves. J’ai été contacté par Saidou (le présentateur du docu) qui est venu me voir avec le projet et m’a proposé de rencontrer les deux réal’ (Jonathan Gallaud et Alexandre Danchin). Ils avaient déjà travaillé avec JoeyStarr avec La route de la soif, donc je savais qu’il n’y avait pas une approche journalistique, mais plutôt une envie de curiosité.

Tu te sers de ce passé pour construire ton avenir et exprimer un message ?
Je me suis retrouvé à la Prison de la Santé avec une énorme peine à faire. J’avais trois choix : le suicide, l’évasion ou accepter. Et comment t’acceptes ça ? Moi j’ai fait une licence en lettres, et j’ai commencé à écrire un scénario. J’ai utilisé ce tas de fumier qu’est ma vie pour en faire pousser des fleurs. Comme mon ami José Giovanni qui était venu me voir en prison, il m’a dit « laisse tomber le flingue et prend la plume ». C’est lui qui a été mon moteur, je me suis dit que s’il l’a fait, pourquoi pas moi ?

« AUJOURD’HUI, LES VRAIS BRAQUEURS FONT DE L’INFORMATIQUE »

 

Redoine racontait qu’il regardait Heat (Michael Mann, 1996) pour s’inspirer. Toi aussi ? 
Alors Heat, c’était en pleine période où on braquait nous-même. Donc c’était plus un film qu’on est allé voir par curiosité, et c’est très proche de la réalité. Mais moi il y a un film qui m’a marqué, et c’est une femme qui m’a donné envie de devenir braqueur, c’est Kathryn Bigelow avec Point Break (1991). J’adorais cette philosophie des mecs un peu écologistes, qui disent « fuck » aux banques, « fuck » aux politiques. Après, on a les films de Jean-Pierre Melville évidemment, tout ce cinéma avec Belmondo, Delon… Ils m’ont donné envie parce qu’ils conféraient une épaisseur aux voyous. 

Est-ce qu’on peut dire alors qu’on fait un braquage comme on fait du cinéma ?
À travers les braquages je pense qu’il y a une forme de réalisation, c’est-à-dire que, comme dans un film, chacun à un rôle bien défini. C’est une œuvre commune quelque part, ça ne fonctionne que si tout le monde a réalisé sa part. Et souvent on nous demande pourquoi on s’habille en noir. À la limite on pourrait braquer avec des pantalons pastels et des chemises à fleurs on passerait plus inaperçus après. Mais le fait de mettre un costume noir, une cagoule noire, d’avoir des gilets pare-balles, on est en démonstration de force, c’est comme un jeu de rôle.

Pourquoi beaucoup de braqueurs deviennent des artistes par la suite ? 
Je pense que c’est parce que c’est le seul métier dans lequel tu préserves cette liberté et qui ne t’enferme pas. Et je pense que beaucoup de braqueurs se disent que s’ils avaient pu être artistes dès le départ, jamais ils n’auraient versé là-dedans. On le voit, beaucoup de rappeurs qui ont un passif, dès qu’ils commencent à rapper, à exister, dès qu’ils peuvent vivre de leur art, ça les intéresse plus en fait. 

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Et comment peut-on réussir alors qu’on est un voyou ?
J’ai été sept ans en cavale, et pendant ce temps j’ai écris une bande dessinée que j’ai faite éditer et qui marchait bien. Mais il y avait un handicap parce que le fait d’être en cavale m’empêchait de mettre mon vrai nom, et quand j’ai commencé à écrire j’étais ennuyé par mon vécu. Quand je me suis fait arrêter, c’était une manière pour moi de prendre un nouveau départ, avec en plus un bagage que je pouvais raconter. Et ça m’a beaucoup aidé. Je ne dis pas que c’est grâce au braquage que j’ai pu faire du cinéma, mais ça été une plus-value, en tout cas dans mon cas. 

Tu dis quoi aux jeunes ?
T’en a qui viennent me dire « moi monsieur je veux faire comme Tony Montana », et à ça je réponds : Tony Montana c’est quoi ? C’est un mec qui sort de son ghetto et qui effectivement réussit. Mais ce qu’il se passe c’est qu’il va tuer sa sœur, il va tuer son meilleur ami et finit troué de balles. Et ils pensent tous qu’ils feront mieux que lui. Il faut leur faire comprendre que c’est du cinéma, c’est pas la réalité. Dans la réalité, tu finis toujours dans un trou : en prison ou dans une tombe…

L’avenir du braquage pour toi ?
Je dirais que le grand banditisme n’existe plus. On est très très peu, les mecs sont tous en taule ou alors c’est des vieux dinosaures. Ça fait fantasmer parce que c’est une manière de désobéir, une façon de dire merde à la société. Le braquage tel qu’on l’a connu, ça restera dans les films et les séries, mais c’est fini. Aujourd’hui, il faut faire de l’informatique si on veut braquer !

Des projets à venir ?
J’ai un long métrage qui est un film d’amour impossible, là il n’y a plus de braquage. Et une série sur les révolutionnaires, Action Directe version 2.0, écolo et en même temps social.

Le premier épisode est à retrouver en replay sur myCANAL et le deuxième le 17 février sur VICE TV


Par 
Maria Sumalla
Photos : VICE TV