DANIEL ARSHAM, SMART-ARTISTE : « ENTRE LE DESIGN ET L’ART… »

XIAOMI Daniel Arsham

Une œuvre d’art à portée de main ? Le phone le plus élégamment smart du troisième millénaire ? Avec son reworking du Xiaomi 12T Pro, l’artiste Daniel Arsham nous offre les deux… Explications en direct du futur.

Vous venez de créer une édition limitée du 12T Pro. Comment est née cette collaboration avec Xiaomi ? 
Daniel Arsham : Xiaomi a d’abord contacté mon studio avec cette technologie d’impression absolument incroyable qu’ils utilisaient pour créer des surfaces multicouches sur l’extérieur des nouveaux modèles, et avec laquelle ils pouvaient imiter, dans une certaine mesure, la texture et la patine présentes dans mes textures en bronze. Quand j’ai vu ça, j’étais curieux de voir comment créer un objet technologique, qui semble délabré et vieux, tout en restant fonctionnel.

Et comment présenteriez-vous cette collaboration ?
La transformation d’un des appareils les plus omniprésents dans notre vie quotidienne en œuvre d’art.

Pourquoi est-il important pour vous de travailler sur des projets qui dépassent les canaux traditionnels de l’art (expositions dans des galeries ou musées, etc.) ?
Parfois, dans le monde de l’art,  les artistes peuvent se retrouver  à se concentrer exclusivement sur l’Art, alors que mes propres intérêts et ma curiosité vont  au-delà de ces canaux traditionnels : je m’intéresse aussi bien au design qu’à l’architecture, en passant par le sport, la mode, les voitures…

Ce Xiaomi 12T Pro a été pensé comme une sculpture, un objet qui n’est pas seulement fonctionnel, mais  peut également être une œuvre d’art. Quels ont été les principaux défis pour rendre l’objet pratique et utilisable au quotidien sans pour autant perdre cette idée de sculpture ?
J’oscille depuis longtemps entre le design et l’art,  alors je me suis dit que jouer avec la dualité entre la fonctionnalité d’un objet design et le but indéfini de l’art serait le plus  intéressant.

En quoi cette sculpture représente-t-elle la fusion entre une sculpture traditionnelle et votre propre esthétique, celle que vous nommez « Future Archaeological »?
Lorsque je crée mes œuvres, je pense à l’époque d’origine des objets sur lesquels je travaille, et je les imagine évoluer et se cristalliser au fil du temps, les « pré-datant » souvent au XXXIe siècle. Donc, si les œuvres existent au moment où nous entrons en contact avec elles, nous pouvons peut-être atteindre l’état d’esprit qu’elles véhiculent et qui nous vient du futur. Je suis attaché à cette idée de créer des scénarios qui permettent aux gens de se transporter, d’une certaine manière, dans le temps, tout cela nous donnant l’opportunité de réfléchir à nos propres expériences et perceptions du temps.

Pouvez-vous nous présenter votre concept de «Fictional archeology », celle d’une œuvre qui ne se trouve pas dans un musée mais dans notre poche, par exemple, tout en étant « intemporelle » ?
J’ai réalisé un certain nombre d’œuvres sculpturales dans le passé, où j’ai créé des objets en prenant l’apparence d’un matériau et en le donnant à un autre. Si nous examinons ce téléphone en particulier, dans dix ou vingt ans il existera très probablement une technologie nouvelle, sous la forme d’un autre appareil, mais l’objet lui-même sera toujours relié à notre temps présent en tant qu’objet artistique, objet pris dans notre présent et propulsé dans son « futur archéologique ».






Quels matériaux avez-vous utilisés pour le packaging de cette collab’ ?
Typiquement, dans les œuvres que je crée – tant les œuvres uniques que les éditions limitées –, j’ai toujours passé beaucoup de temps sur la présentation de mon travail, ajoutant une expérience à l’objet en lui-même, que ce soit une œuvre présentée dans une galerie ou un produit proposé en vente directe : l’emballage, son poids, etc., chaque aspect a son importance… Quant à la durabilité d’un objet, il y a deux manières d’y penser : soit en créant un emballage fabriqué à partir de matériaux recyclables, que vous pouvez ensuite jeter ; soit en créant des emballages avec un usage double, ce qui fait que les gens ne les jettent pas ; j’opte le plus souvent pour cette deuxième façon de procéder, pour que l’emballage devienne une sorte de piédestal, voire une partie de l’œuvre en lui-même.

Que représentent les couleurs de cette collab’ ?
J’ai travaillé avec l’équipe de développement et de technologie de Xiaomi pour produire les échantillons du téléphone afin de recréer ce bronze patiné que l’on trouve sur mes œuvres, qui semblent s’être oxydées géologiquement au cours de milliers d’années,  avec des parties polies pour révéler une surface de bronze brillante et plus réfléchissante, incluant également la texture physique. Tout cela afin de livrer une expérience holistique du produit : cette coloration de bronze oxydé se retrouve également dans la boîte du produit et même dans le logiciel, pour lequel j’ai créé un écran de verrouillage unique qui imite la surface du téléphone.

Quel est votre prochain projet ?
Je prépare plusieurs expositions pour l’année prochaine : la prochaine se tiendra au Orange County Museum of Art en Californie du Sud, et une autre aura lieu au mois de  septembre 2023.

Xiaomi 12T Pro Daniel Arsham Edition, 899 €, limité à 2000 exemplaires

www.mi.com
www.danielarsham.com


Par 
Alexis Lacourte