BOWIE ENFLAMME DEAUVILLE

Un des événements du festival de Deauville, c’est Moonage Daydream, une plongée impressionniste dans le cerveau en fusion de David Bowie. Rencontre avec le documentariste Brett Morgen, dandy américain aux chaussettes roses.

Étiez-vous un fan de David Bowie quand vous étiez ado ?
Brett Morgen : Bien sûr ! Bowie est entré dans ma vie vers 12-13 ans, en 1981. C’est le premier musicien que j’ai découvert tout seul, puis cela été ma porte d’entrée vers les Clash, Siouxsie and the Banshees… Cela correspondait à l’époque de ma puberté, j’ai découvert alors que je n’étais pas le petit garçon parfait que mes parents désiraient, que j’étais seul, différent… Tous ces clichés de l’adolescence. Mais la musique de Bowie est tellement sophistiquée qu’elle parle à tous les publics, de 8 à 80 ans.

La forme de votre documentaire est radicale. Pas de chronologie, pas de guests larmoyants, pas de voix-off explicative.
Avant de choisir Bowie, je savais que je voulais créer une expérience immersive sur un artiste et son œuvre. Si vous voulez tout savoir d’une vie, avec les faits, les dates et toutes les infos, vous avez les livres ou la page Wiki. Quand je vais au cinéma, je ne veux pas apprendre, je veux vivre une expérience. Avec Moonage Daydream, je ne voulais pas raconter ce que vous pouvez déjà trouver sur le Net, mais proposer au spectateur un trip cinématographique, quelque chose d’inédit, d’immersif, une expérience sensorielle à vivre ensemble, dans une grande salle de cinéma, avec un gros son.

J’ai eu l’impression quant à moi de voir le monde à travers les yeux de Bowie pendant deux heures trente.
Quand vous retirez les faits, les repères, vous créez du mystère, et le public participe, se sent étrangement proche de Bowie. C’est le public qui remplit les blancs, et cela se passait souvent comme ça avec Bowie, il vous invitait à participer, je pense notamment à Ziggy Stardust que le public s’est approprié avec tant de force.

Parlez-nous des images incroyables que vous avez retrouvé pour le film.
J’ai eu accès à absolument toutes les archives de la Fondation Bowie, et le final cut. Comme Bowie n’était plus là pour autoriser le film, ils m’ont dit que ce ne serait pas la vision de Bowie sur Bowie, mais la vision de Morgen sur Bowie. Ils n’ont jamais interféré et c’est très courageux de leur part car Bowie est une marque, comme Coca Cola. Ce fut la même chose pour mon doc sur Kurt Cobain (Montage of Heck, NDR), j’ai réalisé le film que je voulais. J’ai beaucoup de chance…

Brett Morgen
Brett Morgen


Le film est ponctué de petits extraits de films comme Nosferatu, Un chien andalou, Les Chaussons rouges, L’Empire des sens, Metropolis… 
Toute sa vie, Bowie a fait des références à des œuvres et des auteurs : Burroughs, Kerouac, Warhol, l’expressionniste allemand, Brecht… Bowie nous offrait un passeport culturel. Dans mon film, je voulais présenter l’art de David Bowie, mais aussi les œuvres qui l’ont influencé. Donc toutes les œuvres, tous les extraits que voyez dans Moonage Daydream, ont un rapport personnel avec lui.

Vous aviez rencontré David Bowie en 2007 pour un autre projet.
C’était un projet hybride, pas vraiment de la fiction, où il aurait dû jouer pendant une cinquantaine de jours. Il aimait le pitch, mais je ne le savais pas à l’époque, il était en semi-retraite, car il avait eu une crise cardiaque. Le timing n’était malheureusement pas le bon… 

Vous débutez votre film avec la chanson Hallo Spaceboy, un choix pour le moins. étrange.
En plus, c’est le remix des Pet Shop Boys. Personne ne peut croire que je vais commencer un film sur Bowie avec un remix des Pet Shop Boys ! Mais cette chanson est juste excellente. Et j’aime beaucoup ce que Bowie a enregistré après 1995.






Pourtant, on voit bien dans Moonage Daydream que ce qui vous intéresse le plus, c’est la période 1971-1985.
Encore une fois, ce n’est pas une biographie et je ne voulais pas couvrir l’intégralité de sa carrière. Je commence avez Ziggy, alors que ce qu’il a composé avant est passionnant. Je voulais débuter avec Ziggy, car c’est comme cela que le monde entier l’a connu, qu’il est entré dans nos vies. Et j’arrête quand il se marie avec Iman. Il se pose, il est apaisé, il a enfin une maison. Je crois que Moonage Daydream raconte également comment on apprend à aimer.

À chaque fois que Bowie parle dans votre film, on est troublé par sa clairvoyance, son intelligence.
Il était TRÈS intelligent, très cultivé. Quand il voyageait, il avait toujours avec lui une malle remplie d’une centaine de livres. Et quand il épuisait un sujet qui l’intéressait, il passait à autre chose. Mais ce n’était pas qu’un érudit, enfermé dans sa bibliothèque, il voyageait, partageait, il voulait vivre le maximum d’expériences, d’aventures sauvages.

Après Kurt Cobain et David Bowie, vous préparez un nouveau doc ?
Non, et surtout pas un autre doc musical, cela fait dix ans que j’en fais ! Avec Bowie, j’ai passé trois années à dérusher des archives. J’ai besoin de sortir de mon bureau…

Quel est votre Top 3 des chansons de David Bowie ?
Mais c’est mon Top 3 du jour, ça change d’heure en heure avec Bowie. Aujourd’hui, je dirais Wild Eyed Boy from Freecloud, Sunday et Moonage Daydream, bien sûr !

 

Moonage Daydream de Brett Morgen
Sortie en salles le 21 septembre 2022


Par Marc Godin