YE, OU COMMENT SE CRAMER EN UNE QUINZAINE DE JOURS 

Depuis son hoodie White Lives Matter porté à la fashion week (Paris), Ye perd ses derniers soutiens. Entre déclarations wtf, comportements étranges et propos antisémites, retour sur ses pétages de plomb et sa préparation des élections américaines de 2024.

03/10 : À la fashion-week de Paris, Ye arbore un haut qui détourne le slogan du mouvement Black Lives Matter. Le visage de Jean Paul II et la phrase Seguiremos tu ejemplo (« Nous suivrons ton exemple »), sont accompagnés, dans le dos, du White Lives Matter. Après le défilé, il est aperçu avec Candace Owens, éditorialiste proche de Trump, vêtue du même message : « Pourquoi pas », répond-il aux journalistes.

04/10 : Sur son compte Instagram, Ye est en roue libre : « TALK ABOUT MORE IMPORTANT THINGS (…) HOW BERNARD ARNAULT KILLED MY BEST FRIEND EVERYONE’S GOT A RIGHT TO AN OPINION RIGHT THERE’S MINE » 

05/10 : Ye propose au Clique de Mouloud Achour, une (passionnante) interview filmée de vingt minutes, à Paris. Le White Lives Matter signifierait « hommage aux blancs qui ont porté le slogan Black Lives Matter : toutes les vies comptent ». « En tant que leader », Ye souhaite aujourd’hui discuter en face-à-face avec les dirigeants politiques. 

06/10 : Entretien de Ye avec Tucker Carlson pour la chaîne Fox News. Il prend la chanteuse Lizzo en exemple du « mouvement de positivité du corps », qu’il qualifie de démoniaque. Elle avait posté sur Instagram sa perte de poids. Ye polémique également sur le Planned Parenthood, équivalent américain du planning familial, créé, selon lui, pour détruire la communauté afro-américaine. 

07/10 : Un porte-parole de Kering, propriétaire de la maison de couture parisienne Balenciaga, annonce la fin de sa collaboration avec le rappeur américain. Adidas révise également ses engagements avec le créateur de Yeezy : « Un partenariat réussi repose sur le respect mutuel et des valeurs partagées », affirme la marque dans un communiqué.

09/10 : Le producteur de plusieurs des albums de Ye (Donda, Ye, Yeezus…), Mike Dean, commence de s’agacer sur Twitter des post du rappeur, lequel a exposé ses conversations avec lui et Tremaine Emory, directeur artistique de la marque Supreme. Il accuse « Diddy », qui lui demande de policer sa communication, d’être  « sous influence des Juifs ». Quelques heures plus tard, les réseaux sociaux Instagram et Twitter verrouillent les comptes de Ye, suite, notamment, à ces propos : « Ce soir, je suis un peu fatigué, mais une fois réveillé, les juifs vont subir la « Deth con3 »». Il s’agit d’une référence aux cinq niveaux d’alerte des forces armées américaines, Defcon 3 signifiant : « L’air force est prête à être engagée en 15 min ». Métaphore élégante.

13/10 : Candace Owens tweet une lettre de la banque JP Morgan adressée à Ye, qui laisse à l’intéressé jusqu’au 21 novembre pour trouver un autre placement pour ses 160 millions de dollars. 

15/10 : Ye et Kim Kardashian assistent séparément au match de basketball de leur fille North – sans s’adresser la parole.

15/10 : Ye participe au podcast « Drink Champs », présenté par N.O.R.E. et DJ EFN. Il y défend une « thèse » présente dans le documentaire de Candace Owens, The Greatest lie ever sold, selon laquelle George Floyd serait mort du fait de sa consommation de la drogue fentanyl et non par la prise au sol du policier Derek Chauvin. La famille de la victime envisage de poursuivre Ye.

17/10 : Ye fait part de sa volonté d’acheter Parler, le réseau social créé en 2018 par John Matze, exutoire des conservateurs américains, dont Donald Trump.






19/10 : Ye invective Joe Biden, dans une interview pour le média britannique TalkTv. Devant le journaliste Piers Morgan, il s’indigne du refus de discuter avec Elon Musk, dont CNN a révélé une lettre adressée au Pentagone, le 14/10. Le propriétaire de la société SpaceX demande une aide financière de l’État américain pour continuer de financer Starlink, le réseau internet utilisé par l’armée ukrainienne. Des discussions européennes sont en cours pour ne pas laisser l’entièreté du contrôle à Musk. 

19/10 : Ari Emmanuel (agent de Martin Scorsese et d’Emma Stone, entre autres), patron influent de l’agence Endeavor, exhorte les plateformes de streaming Apple et Spotify de retirer la musique de Ye. Sans suite, pour l’instant .

20/10 : L’Anti-Defamation League (ADL), organisation non-gouvernementale américaine qui lutte contre l’antisémitisme et les discriminations, publie une lettre envoyée à Adidas, dans laquelle elle demande à la marque des réponses. Adidas prend son temps. Pour cause, la collaboration avec Ye représenterait environ 10 % du chiffre d’affaires de la marque allemande chaque année, selon le Washington Post. 

21/10 : Un porte-parole de Vogue confie que la rédactrice en chef et reine américaine de la mode, Anna Wintour, ne veut plus jamais travailler avec Ye. 

24/10 : L’agence d’artiste CAA rompt son contrat avec Ye. De même pour la société de production MRC, qui annule un documentaire terminé sur la star. 

24/10 : Kim Kardashian, sur Twitter : « Hate speech is never OK or excusable. I stand together with the Jewish community and call on the terrible violence and hateful rhetoric towards them to come to an immediate end. ».

24/10 : Ye fait une interview de presque deux heures et demie avec le Youtubeur et ingénieur Lex Fridman. Il revient sur le désormais « plus beau jour de sa vie », le 07/10, lorsque Balenciaga décide de rompre son contrat avec lui. On apprend qu’il n’aurait rien touché de la maison parisienne depuis deux ans, et qu’il leur aurait payé trois millions, via Gap, pour designer une collection (Gap engineered by Balenciaga).

25/10 : « Après un examen approfondi, la société a pris la décision de mettre fin immédiatement au partenariat avec Ye (…) Adidas ne tolère pas l’antisémitisme ou toute autre forme de discours haineux ». Et l’acteur de Friends, David Schwimmer, de conclure sur Instagram : « bYe ».


Par Alexis Lacourte
Photo : Mark J. Rebilas