TOUS ÉGAUX DEVANT L’ORGASME ?

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C’est l’inégalité homme-femme dont personne ne parle : celle devant la jouissance. Nous avons demandé à l’économiste le plus sensuel de France de se pencher sur cette injustice. Décryptage. 

En 300 000 ans de domination, l’homme a réussi à imposer un certain nombre de croyances encore bien présentes dans nos sociétés modernes. Ainsi, l’homme pourrait faire la part des choses entre le plaisir sexuel et les sentiments quand la femme aurait besoin d’avoir un minimum de sentiments pour avoir des relations sexuelles. Cette essentialisation des genres a un impact majeur sur l’organisation de la sexualité hétérosexuelle. Comme, chez la femme, le postulat de départ est que la condition d’acceptation d’une relation sexuelle passe par des sentiments et non la recherche du plaisir, s’installe alors une forme de hiérarchie des désirs où la femme, ayant déjà son désir comblé par les sentiments, doit choyer l’homme en lui procurant du plaisir en priorité. D’ailleurs, la relation s’arrête une fois que l’homme a joui. Cette représentation de la femme comme objet destiné à satisfaire les plaisirs de l’homme est partout : dans les spots publicitaires, les films etc. La conséquence au lit est une « inégalité orgasmique » importante. Selon une étude publiée dans la revue académique Archives of sexual behavior seulement 65 % des femmes atteignent l’orgasme lors d’une relation sexuelle contre 95 % des hommes. Comment être étonné que les inégalités économiques qui ont été installées par des rapports de force ne se retrouvent pas dans les rapports sexuels ? Rappelons que dans nos sociétés dites modernes, les femmes sont plus souvent en situation de pauvreté que les hommes ; que lorsqu’elles ont un emploi, elles sont deux fois plus touchées par les carrières précaires ; enfin, qu’elles sont plus nombreuses dans le cadre de leur travail a déclaré « avoir le sentiment d’être exploitées » et « devoir faire des choses qu’elles désapprouvent ». 

L’HOMME PÉNÈTRE LA FEMME

Cette situation d’inégalité orgasmique est d’autant plus amplifiée par cette nouvelle génération éduquée au porno. Je peux en témoigner puisque je fais fais partie de la première génération à avoir été exposée à grande échelle au porno. Avec l’arrivée de Canal + qui offrait, chaque premier samedi du mois, à minuit, un film classé X, la pornographie a pénétré les foyers. Il y avait toujours un camarade de classe plus téméraire qui avait réussi pendant la nuit à tout enregistrer – ou au moins une partie du film – souvent en brouillé. D’ailleurs, il s’était dit que pour voir les images cryptées de Canal + en clair, il fallait les regarder en secouant une passoire devant les yeux. Évidemment, cela ne fonctionnait pas. Mais toute personne ayant vécu dans les 90’s l’a essayé au moins une fois. 

À l’époque, les images auxquelles ma génération a été exposée n’avaient rien à voir avec celles d’aujourd’hui. Les scènes durait huit à dix minutes, les couples utilisaient des préservatifs, la sodomie était rare, le squirt (éjaculation féminine) et la deepthroat (gorge profonde) n’existaient pas. C’était aussi l’époque des grandes stars comme Tabatha Cash ou Jenna Jameson qui négociaient des gros contrats. Aujourd’hui, la nouvelle génération a un accès libre quasi continu à des vidéos pornographiques, parfois d’une rare violence, où les relations sexuelles durent souvent plus de 40 minutes, et où il est demandé à la femme d’avoir des pratiques sexuelles de plus en plus extrêmes (gang bang, double pénétration…).






ÉGALITÉ ORGASMIQUE

Malgré ces 30 années d’évolutions du porno, il y a une constante dans l’ordre de déroulement d’une scène : l’homme est préparé par la femme, l’homme pénètre la femme, l’homme éjacule (souvent à l’extérieur pour prouver la fin du coït), la scène se termine. Dans cette configuration, le plaisir de la femme se résume à faire plaisir à l’homme. L’orgasme féminin n’a aucune importance, il n’est que très rarement signifié. La relation sexuelle se fait principalement autour de la pénétration. 

L’égalité orgasmique ne se fera donc que par la déconstruction d’un certain nombre de croyances établies, la régulation et dénonciation de ceux qui véhiculent ces croyances de façon plus ou moins subtile (la publicité, les films classés X ou non) et un changement des pratiques. L’égalité du plaisir est un combat loin d’être gagné. 


Par
Thomas Porcher