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« LE RETOUR DU CHIC… » : WALTER CHIAPPONI, DIRECTEUR ARTISTIQUE DE TOD’S

walter chiapponi

À la tête d’une équipe de créatifs de l’emblématique Maison italienne depuis un an, Walter Chiapponi y apporte une esthétique aussi country-chic que moderne.

Pour votre collection homme FW21-22, vous proposez un style « country-chic » à travers un beau film avec Lorenzo Zurzolo (la série Baby). C’est pour nous aider à oublier le confinement ?
Walter Chiapponi : Je ne voulais pas forcément représenter un lockdown, parce que pour moi ce n’est pas une chose que tu dois représenter en ce moment, mais plutôt essayer d’oublier ! L’idée était de rassembler mes deux plus grandes passions. La nature – j’ai beau habiter à Milan, j’ai grandi à la campagne – et le cinéma. Donc j’ai essayé de raconter l’histoire d’un acteur qui, en apprenant son rôle, entre dans la peau d’un personnage, entouré par ces paysages forts et reconnaissables.

Donc, vous vouliez mettre en images la relation entre l’homme et la nature. 
Absolument ! Avec cette nature qui peut nous faire beaucoup de bien dans une époque de lockdown. C’était montrer une certaine idée de liberté, d’introspection, de façon positive et contemplative. Évidemment, tout ça devait être représenté par un vrai acteur pour arriver à ce mélange de culture, de sophistication et du monde naturel. 

Pour jouer dans votre film, vous avez fait appel à Lorenzo Zurzolo, qui s’est fait connaître grâce à la série Baby.  
Oui, quand je l’ai vu à l’image dans cette série qui se déroule dans un lycée à Rome, je me suis dit qu’il avait un visage parfait pour représenter Tod’s : il a l’air tellement chic et aristocratique et en même temps, quand il vous regarde, on y discerne quelque chose de courageux et de rebelle. Aussi, il a cette façon à lui très élégante de porter des vêtements. C’est ce dont j’avais envie pour la marque : garder l’aspect sophistiqué, tout en y incorporant cette nouvelle jeunesse, arty et intellectuelle. Et du coup, grâce au jeu de Lorenzo – quel acteur ! – et à la photo de Beppe Tufarulo (réalisateur du remarqué Ferro, ndlr), avec cette lumière si riche dans le film, je n’ai pas regretté de ne pas avoir fait de vrai défilé cette année. L’émotion passe quand même ! 

Vos inspirations en ce moment ? 
Des hommes comme John F. Kennedy, Jean-Michel Basquiat… Basquiat, c’était quelqu’un d’impressionnant, en plus d’être un artiste inspirant. 

L’esprit très bucolique de cette collection répond-elle à notre besoin d’évasion actuel ?
Cette façon de s’habiller « country-chic », comme vous disiez, fait vraiment partie de l’ADN de Tod’s et du mien. J’ai voulu explorer le côté lifestyle de la marque, le daywear, ces moments où les gens jouissent de la vie. Pour moi, c’est vraiment un message fort. Je ne voulais pas être dans un style « tapis rouge », dans quelque chose de trop élégant et de traditionnel. Je voulais explorer la vie de tous les jours, et plus particulièrement les week-ends, les temps libres, les vacances… 

« LA GÉNÉRATION Z EST EN QUÊTE DE QUALITÉ… »

 

Vous passez beaucoup de temps à la campagne ? 
Oui, et j’ai encore découvert de beaux coins ces derniers temps. J’aime monter à cheval, le temps automnal, les bottes en caoutchouc… C’est vraiment ça mon background. En Italie, cette façon de s’habiller nous vient du monde militaire, de la chasse et de Toscane, avec les vendanges. Il y a aussi des inspirations du nord de l’Italie, particulièrement dans le Piémont. Ce sont des matières qui ne grattent pas, qui sont très douces. Et pour moi, tout doit avoir l’air doux à porter. Rien n’est « sharp » (c’est un mot que je déteste), rien n’est froid ou graphique. L’idée est d’avoir une approche romantique du menswear. 

On adore l’idée de faire les vendanges en bottes Tod’s ! Vous venez de présenter votre collection avec un film. Vous avez hâte que les fashion-weeks reprennent en « présentiel » ? 
J’espère que d’ici l’été, tout ça sera terminé. Mais je ne veux pas perdre cette approche non plus. Peut-être que, par la suite, je pourrais mixer ma passion pour le cinéma avec de vraies personnes et un public. Parce que la meilleure partie de mon travail, c’est bien évidemment la créativité, mais c’est aussi rencontrer des gens pour s’inspirer, échanger des idées, des émotions… Ces rencontres sont primordiales. 

Et devenues rares avec la pandémie… 
Oui, c’est triste de ne pas pouvoir rencontrer du monde et échanger des idées. Mais je pense que l’avenir sera fait de mélanges entre le digital et le physique. 

Qu’est-ce que vous retenez de votre temps passé à Paris au début des années 2000 ? 
En Italie, il y a souvent le côté artisanal plutôt que cet aspect poétique que l’on trouvait dans des maisons françaises. J’y ai appris à amener la pop culture dans la couture, à être plus inclusif… 

Ces dernières années, on a vu la communication devenir aussi importante, voire plus, que cet aspect « artisanal ». Comment alliez-vous le besoin d’avoir une communication moderne avec ce savoir-faire ? 
J’aime les entremêler. Spécialement dans le dernier projet sacs, le shirt-bag : je donne aux produits la qualitée excellente, artisanale, propre à la maison Tod’s et je les envoie à mes dix artistes digitales préférés, en leur disant : « Faites-en ce que vous voulez ». Parfois on n’a pas besoin de tout gérer, on peut les laisser à leur imagination. J’aime beaucoup l’art, je suis collectionneur, donc je pense que c’est très important de collaborer avec des gens qui ont une vision très forte. Ensuite, la faire interpréter, ce qu’on appelle le « made by humans » chez Tod’s. 

SEMAINE PLEINE_

Dans #SevenT, Lorenzo Zurzolo, la révélation de Baby, porte la collection automne-hiver 21-22 aux accents country-chic de Tod’s à travers un film poétique dans lequel il dévoile ses aspirations artistiques.


C’est-à-dire ? 
Je suis le premier à aller dans la fabrique pour voir les artisans, c’est un moment très inspirant. Je veux montrer cette « artisanal touch » à la façon 2021. Donc j’aime travailler physiquement dans les collections, manipuler, coudre… Je suis très bon en couture et j’adore ça. C’est beaucoup plus émotif que de juste faire les sketchs. C’est pour moi une façon d’être artisanal aussi. 

Une de vos grandes références est Andy Warhol. Comment l’influence d’Andy Warhol se manifeste-t-elle en 2021 ?
Ce que j’aime d’Andy Warhol, c’est son idée d’amener l’ordinaire à l’extraordinaire. Il prend la pop culture, les objets du quotidien, pour en faire de l’art. C’était une personne très sophistiquée, visionnaire. J’adore l’énergie des années 1960, 1970, à New York : Robert Mapplethorpe, William Burroughs, Patti Smith… C’est inspirant de voir comment la passion de l’art les a poussés à créer. 

Pour votre propre inspiration, cherchez-vous l’équivalent de cette énergie-là à Rome ?  
Aujourd’hui, avec le digital qui prend de l’avance, ce n’est pas si facile à faire. Mais j’ai quand même quelques héros ici : les réalisateurs Paolo Sorrentino et Paolo Virzi, les artistes Maurizio Francesco Vezzoli… Des génies ! 

Ce qu’ont en commun ces noms, c’est de trouver l’extraordinaire dans l’ordinaire. 
Totalement. Quand on a décidé avec mon équipe de faire du digital et de ne pas faire un live show, je me suis dit : tout le monde pourra voir le show ! Je suis ennuyé de ce côté élitiste où un défilé est réservé à un petit nombre. Au moins, avec le digital, tout le monde était à égalité. Je pense que c’est important de garder le côté fashion, mais aussi d’inclure vraiment tout le monde. 

« JE SUIS ENNUYÉ DE CE CÔTÉ ÉLITISTE OÙ UN DÉFILÉ EST RÉSERVÉ À UN PETIT NOMBRE. »  

 

On parle beaucoup du changement d’attitude qu’aurait la nouvelle génération envers les marques de luxe. 
Avec les Millennials, il y avait une obsession à se faire remarquer, à aller vers du coloré, de l’extrême. C’était l’extravaganza avant tout ! Avec la nouvelle Génération Z, il se passe quelque chose de beaucoup plus intéressant. Une recherche de qualité, de richesse. Aujourd’hui, les jeunes ont envie de retourner vers les classiques en les rendant un peu plus grunge. C’est comme ça que je vois la Génération Z : elle va aller davantage vers la qualité que vers la « frime ». 

Tod’s le reflète ?
Quand j’ai commencé chez Tod’s, le maître mot derrière mon premier woman show et mon premier man show, c’était « l’élégance ». 

Un retour au vêtement ?
Il y a de nouveau un désir d’avoir l’air chic – mais sans le côté extravagant d’il y a quelques années. 

Votre pronostic pour 2022 ? Du « classic grunge » ?
Si on regarde en détail les looks de ma dernière collection, on peut voir qu’il y a déjà quelques influences grunge. Donc en 2022 j’irai vers plus de « freedom, happiness, love and lightness » (la liberté, le bonheur, l’amour et la légèreté, ndlr), c’est sûr. Des habits dans lesquels on se sent vraiment libre. C’est le premier mot qui me vient à l’esprit : liberté. Une sorte de légèreté et d’optimisme. 

« Freedom, happiness, love and lightness », c’est une belle ligne directive pour ces prochaines années. Et un retour de défilés « pour de vrai » ? 
Ça me manque tellement, et je vous assure que ça va revenir. Personne ne peut résister à l’envie de faire des shows de nouveau, d’inviter des gens, de rencontrer de nouvelles personnes, de dîner ensemble… De construire des relations… hors Zoom ! 


Entretien Laurence Rémila & Maria Sumalla