POURQUOI LA FRANCE VIRE PSYCHÉ

castex psyché

Vous aussi on vous propose des parachutes de MD et des échantillons de truffes magiques à la sortie du métro ? Ces derniers temps, les gens autour de vous semblent plus wild, plus fous, plus psychés… Faut-il s’en réjouir ? Nous avons mené l’enquête.

Légende photo : Monsieur le Premier ministre peu de temps après sa visite chez Technikart (Paris VIIIème)

« J’ai pris du LSD pour la première fois pendant le confinement et ça a été un peu le highlight, le climax de cette période. J’ai eu l’impression de redécouvrir ma perception des choses et ma place dans le monde », confie Marie, 21 ans. Les effets secondaires de ce confinement qui se termine ? Le rapport au temps distordu. Les introspections qui fusent. Les mémoires fouillées, retournées dans tous les sens. Des réactions étrangement proches de celles de la prise de lysergiques… 
L’autre effet du lockdown ? Des dizaines de personnes autour de nous disant avoir testé, en plein confinement, LSD, champignons hallucinogènes et autres psychédéliques. Comment l’expliquer ? « Ce n’est pas par hasard si les gens se tournent vers les psychédéliques maintenant, alors que le monde est en pleine transformation, avance le Dr Olivier Chambon, auteur de l’ouvrage La Révolution psychédélique (éditions Guy Trédaniel). Qu’ils en soient conscients ou non, ils perçoivent que ce sont des instruments qui peuvent accompagner ce changement, et leur permettre d’avoir envie de faire autre chose que de déprimer, d’être résigné, ou de subir. C’est un levier d’empowerment, de capacité à agir, sur soi et sur la situation. De ne pas être passif. Et je pense qu’ils perçoivent ça grâce aux psychédéliques. »  


QUÊTE DE SOI 

« Avec mes potes, c’est clair que depuis le premier confinement, on s’intéresse beaucoup plus aux psychés. On ne peut pas aller faire de grosses soirées donc on se pose dans des maisons et le cadre est propice à ces expériences. Mais ça dépasse le purement récréatif : ça m’a finalement fait comprendre le concept même de conscience. », me partage Matthieu, 21 ans, étudiant à HEC. Alors que notre champ de vision s’est vu réduit et que notre liberté d’explorer le monde a été restreinte, nous observons un pic d’intérêt pour le yoga, la méditation, le développement personnel… Ce  nouvel engouement pour les psychédéliques vient s’inscrire dans leur continuité. « Toutes mes expériences avec la drogue ont toujours été un level up du développement personnel, m’explique Marie, ayant pris du LSD dans une maison de campagne avec des amis lors du deuxième confinement. Je ne dissocie pas ces expériences de drogues de mes expériences de vie. Ça reste ma vie et ça m’aide à la comprendre, à mieux la saisir. Typiquement, la MD, c’est la découverte de la potentialité de tout l’amour et l’empathie que tu as en toi. Les drogues n’inventent rien. Elles vont venir augmenter certaines choses en toi, ou en atténuer d’autres. »
Les psychés, outil idéal pour avancer dans cette quête de soi post-confinement ? « C’est une sorte de développement personnel dans la mesure où ça permet de découvrir les profondeurs de sa psyché comme dans les rêves, ajoute le journaliste scientifique Jocelin Morisson, co-auteur de La Révolution psychédélique. Sauf que là, on la provoque ».







LE NOUVEAU WOODSTOCK

Ceux qui n’en étaient pas familiers se sont soudain mis à expérimenter, ceux qui micro-dosaient ont augmenté les doses en télétravail et les autres se sont donnés rendez-vous pour en prendre, à partir du 9 juin, « dans de bonnes conditions ». Le post-confinement, période de liberté et de pleine conscience ? « Il s’agit d’une ouverture à plus grand que soi, une compréhension du fait que la conscience est première et la matière et l’énergie sont secondaires », affirme le Dr Olivier Chambon. 
Cet essor et cette familiarisation soudaine avec les psychés, qu’on a connus récemment, nous annoncent un post-confinement – et surtout un été – de fougue et de transe complètes. « C’est tout à fait possible qu’il y ait une sorte d’effet rebond puisque les gens se sont sentis enfermés, contraints. Plein de gens auront envie de se lâcher… », analyse le journaliste scientifique, Jocelin Morisson, co-auteur de La Révolution psychédélique. Les Buttes Chaumont s’apprêtent-elles à devenir le nouveau Woodstock ? Les deux Summer of Love sont survenus à la suite de grandes périodes d’oppression durant lesquelles la jeunesse ne croyait plus en son gouvernement. Des booms soudain de raves pour se révolter contre le monde entier. La teuf comme moyen d’expression. Les Français risquent cet été de consommer l’amour et la liberté en trippant jusqu’au petit matin.


Par 
Léontine Behaeghel
Illustration Ni Van