PMA : REPEUPLONS L’UNIVERS

PMA

Il existe une voie miraculeuse pour défier la nature. Grâce à IVI, première clinique espagnole de PMA, 9 couples sur 10 présentant des problèmes de stérilité parviennent à devenir parents. Bienvenue dans cette fabrique de bébés… 

« Et vous, Léontine, vous pourriez vous faire inséminer ? ». C’est une des premières questions que me pose Fabrice lorsque l’on commence à évoquer le projet d’aller découvrir, en Espagne, une clinique pratiquant la PMA (pour toutes). Du tac au tac, sans une seule seconde de réflexion, je lui réponds oui. Ça me semble logique, évident. Je lui explique que je sais depuis toujours que je veux un enfant, que je le désire très fort et que rien ne pourrait m’empêcher d’en avoir, pas même la nature. Il rit aux éclats en entendant cette phrase, me rappelle mon âge – 21 ans – me demande si ce n’est pas un peu jeune pour avoir ces pensées-là. 

Quelques semaines plus tard, j’atterris à Valence, l’une des villes espagnoles les plus prisées par les français qui ne parviennent pas à avoir d’enfant. C’est la clinique IVI, leader mondial de la médecine reproductive, que je visite. Je rencontre un par un les différents médecins et responsables de patientèles et un monde s’ouvre à moi. Ce jour-là, ça m’apparaît : le retard de la France sur cette question essentielle me frappe en plein visage.

Néanmoins, la PMA pour toutes arrive à très grands pas, peut-être même plus vite qu’on ne pourrait l’imaginer, et faire cette visite, c’est aussi une façon de prédire l’avenir. J’ai accès à un futur sûrement – je l’espère – proche. Alors, voilà, je vous le partage, ce futur tant attendu et tellement nécessaire. Si nous embrassons pleinement la théorie que IVI est une représentation de notre avenir, voici ce qui nous attend.

Déjà, je tiens à vous rassurer : l’accueil est merveilleux, le suivi irréprochable, les médecins brillants (et très sympas, par ailleurs, espérons que les français le soient autant). La clinique est belle, grande, les murs sont souvent en verre ; je ne perçois rien d’hospitalier ou d’angoissant : on s’y sent bien. 

Ce jour-là, j’ai pu observer le sperme d’un inconnu au microscope et voir même la pièce dans laquelle les têtards sont expulsés ; autrement dit le lieu fantasmé par tous – non, non, ce n’est pas que dans les films – dit « de la branlette ». En étant face à ce petit endroit, je me suis dit : c’est quand même dingue. C’est là que tout commence. Et après, le tube part au congélo. Eux aussi, je les ai vus, d’ailleurs ; les flacons de sperme congelés dans une sorte de frigo gigantesque qui fume d’azote liquide dès qu’on l’ouvre. 

Mon premier échange se fait avec le Docteur Pilar Alama, responsable des dons d’ovules. Comme en France, il faut être âgée entre 18 et 35 ans pour faire la démarche – entièrement anonyme – assez longue. Il est nécessaire d’effectuer une série d’examens, de 

répondre à de nombreuses questions sur sa famille, leurs antécédents… C’est une sorte d’état des lieux psychologique. IVI accepte le don de trois femmes sur dix puisqu’elles sont nombreuses à présenter quelques défaillances psychologiques ou de qualité de l’ovule. La grande différence avec la France est la suivante : le temps offert par la donneuse est reconnu et donc rémunéré. 

Rapidement, je lui pose la question des caractéristiques physiques. Comment entrent- elles en compte entre la donneuse et celle qui réceptionne l’ovule ? Le docteur m’explique qu’ils ont un système d’algorithmes très développés permettant de sonder les ressemblances entre les deux en comparant toutes les photos. Tout est calculé, évalué, analysé avec la plus grande précision afin de frôler ce que la nature aurait pu faire toute seule. 






C’est ensuite la gynécologue et coordinatrice du département international d’IVI Valence, Paula Celada, qui me renseigne. Elle m’explique que les patientes espagnoles viennent bien plus tôt que les françaises puisqu’elles ont été mieux informées, la PMA étant réellement démocratisée ici. Il y a une véritable anticipation. Lorsque j’aborde la question de l’auto-congélation de ses ovules, elle me répond : « Tout dépend de votre âge, de la priorité que représente pour vous le fait d’avoir un enfant… Si on veut faire un enfant mais qu’on sait qu’on va repousser cette maternité au delà des 35 ans, il vaut mieux préserver ses ovules ! ». Elle m’informe du fait que la principale différence entre les hommes et les femmes est la suivante : ils sont capables de produire des spermatozoïdes constamment ; il y a un renouvellement des cellules, tandis que les femmes ne produisent pas d’ovule, ils sont présents depuis la naissance et s’abîment avec le temps. Elle dit qu’elle-même a pris la décision de les conserver, à l’âge de 30 ans. 

« La gestion de la patientèle internationale est faite sur mesure : nous nous adressons à elle dans sa langue d’origine, en prenant compte de la culture de chacun, nous confie Lourdes Romero, assistante médicale internationale. Nous essayons d’être le plus proche d’eux possible. Il faut comprendre qu’il vivent loin, qu’ils sont en insécurité par l’impossibilité d’être en présentiel avec nous. Chaque patient a un référent comme moi, responsable direct de communication entre docteur et patients. Nous sommes là pour eux au quotidien, disponibles pour répondre à toutes leurs questions. ». Lourdes Romero se sent proche de ses patientes presque comme si elles étaient ses amies. Elle me dit que lorsqu’il y a un échec ou une mauvaise nouvelle, la gestion est difficile. Évidemment, elle est présente pour la patiente, pour l’écouter, et ayant suivi l’intégralité du processus, elle est on ne peut plus compréhensive. « Mais peut-être que je le prends trop personnellement…», dit elle en souriant. Elle est calme, apaisante, remplie de douceur. 

Nous montons au laboratoire FIV, là où toutes les micro-manipulations importantes se font. À la fabrique de bébés, en quelques sortes. Le Docteur Marcos Meseguer, superviseur scientifique d’IVI Valence, m’accueille et me demande d’enfiler une tenue. Charlotte recouvrant le cuir chevelu. Masque sur la tronche, évidemment. Pantalon et chemise bleus. Crocs aux pieds. On entre dans une grande pièce dans laquelle les gens font des manip’ hyper précises, les yeux plongés dans un microscope, ou ouvrent des grandes machines. Festival de blouses stériles et de lunettes-loupes surréalistes. Il me pointe d’abord l’énorme boite qu’il appelle « incubateur d’embryons », à l’intérieur de laquelle ils se 

développent. Un petit écran Time Lapse Assistant permet de surveiller leur évolution, savoir ceux qui meurent, ceux qui fonctionnent. Ils restent environ cinq jours à l’intérieur avant d’être transmis à la mère. 

Le docteur compare la micro-manipulation à une playstation. Il me montre les deux manettes, semblables à des joystick, qui lui permettent d’agir avec la plus grande précision sur les deux éléments ; autrement dit : d’insérer manuellement le spermatozoïde dans l’ovule. Le tout en 45 minutes environ. Quand j’apprends la durée, je lui dis que c’est quand même drôlement long. Il me répond qu’on s’améliore avec le temps et que bientôt, ce ne sera même plus une manipulation humaine mais faite par des machines. Je lui demande si d’ailleurs il ne s’ennuie pas trop à jouer à la playstation toute la journée, il m’affirme que pas du tout, qu’au contraire, ça le motive à faire plus de recherches à côté. L’objectif du Docteur Meseguer, c’est de trouver des solutions technologiques bien plus rapides et efficaces pour remplacer la tâche humaine à ce niveau-là. Il est très confiant sur la question. 

IVI est maman de plus de 250 000 bébés. Tous ces médecins sont des espèces de dieux dans leur genre… En sortant, je me dis : dans cinq ans, je congèle mes ovules. En espérant qu’on rattrape notre retard d’ici-là, et avec un peu de chance, la France s’inspirera du modèle IVI. 


Par Léontine Behaeghel