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MARC ROSMINI : « LE CONFINEMENT ? UN FILM DE ZOMBIES ! »

Marc Rosmini

Professeur de philosophie à Marseille, Marc Rosmini a commencé à s’intéresser au rôle des morts-vivants dans la société pour son essai Cinéma et bioéthique : être plus ou moins un sujet (Rouge Profond). Depuis, il en voit partout… 

Ces derniers temps, ces créatures sont partout : dans les séries, les jeux vidéos, ainsi qu’au cœur de votre prochaine conférence (qui traitera de leur bioéthique) et en prime sur TF1 cet hiver… Mais un zombie, c’est quoi au juste ?
Marc Rosmini : Un zombie, c’est une créature problématique puisqu’elle unit des contraires : la mort et la vie. C’est un être intéressant pour la philosophie parce qu’il questionne des catégories qui semblent étanches et qui semblent aussi constituer une armature conceptuelle de notre perception de l’existence.

En tant que philosophe, pourquoi s’être intéressé à eux ?
J’avais déjà écrit sur les zombies dans le cadre de ma réflexion globale sur la bioéthique. Ce qui m’a intéressé d’abord, c’est le statut du corps mort et cette zone imprécise dans laquelle on n’est plus vraiment un sujet mais on n’est pas complètement un objet non plus. C’est cette idée de savoir si le mort vivant à des droits, s’il appartient toujours à l’humanité… Le zombie nous propose des expériences de pensée assez intéressantes pour réfléchir sur cette idée de fragilité du seuil.

C’est un moyen pour notre société de réfléchir sur la mort ?
Le zombie est un être typique de notre société matérialiste, dans son rapport problématique au spirituel et à l’âme. C’est l’anti du fantôme. La matière continue à fonctionner de manière automatique mais il n’y a plus du tout de conscience. C’est le symbole d’une relation très différente à la mort. Le zombie exprime bien une époque où, justement, on a une crise de rapport à la spiritualité et ou le corps humain est de plus en plus réduit à un corps biologique, voire à une machine. 

Vous avez un réalisateur de film de zombies préféré ?
Je suis assez fan de Romero en règle générale, ce sont mes films d’horreur préférés. C’est le maître du genre ! Il a un regard décalé sur notre société.

Vous allez justement présenter à Marseille, au mois d’avril, Day of the Dead de Romero. 
Oui ! Dans le film, le docteur Logan fait des expériences sur des zombies donc déjà ça m’a intéressé au niveau de la bioéthique. Ce qui est intéressant, c’est qu’il traite un zombie comme un cobaye, comme un amas d’organes, dans des séquences assez gores mais il y a aussi un autre zombie qu’il essaye de rééduquer, ce qui est assez paradoxal par rapport à ce double traitement. 

« Rester humain en période de pandémie », tel était le titre de votre tribune parue pendant le premier confinement dans La Provence. Un lien évident entre le Covid et les zombies ?
Oui, complètement ! J’ai très vite fait le parallèle, par exemple quand on se promenait dans les rues vides en s’évitant les uns les autres, ça m’a fait penser à ça. Les films de zombies sont des films sur l’être humain confiné qui a peur d’être contaminé, ça fait quand même beaucoup de points communs avec notre situation…

 

Par Adèle Chaumette