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LE POINT D’OLYMPE

LETS TALK SEX

Ex-pubarde partie à Berlin se réinventer dans un porno éthique et payant, Olympe de G. est de retour à Paris. Notre duo est allé la retrouver pour une interview mi-intime mi-pro.

Olympe me reçoit chez elle, à Paris, dans le 11e. C’est un matin d’octobre comme on l’écrirait dans un roman mélancolique, lumière grise, trempée par les pluies froides, de celles qui vous attrapent les os et les font frissonner comme s’ils étaient prêts à se tordre. Un interphone, quelques marches et Olympe m’ouvre la porte. Elle est habillée en noir, du jean au t-shirt. De longs tatouages barrent ses deux bras. Je sens dans son regard une bienveillance assumée – il y a dans sa manière de m’accueillir quelque chose de très simple où rien ne semble ni forcé, ni calculé. J’ai revu avant de venir quelques images de ses films. Il ne m’est jamais arrivé de rencontrer quelqu’un après l’avoir vu baiser, même en film. Ça pourrait être étrange. Ça ne l’est pas. J’y pense aujourd’hui en écrivant, mais en arrivant ce vendredi matin chez Olympe, ça ne m’a pas traversé l’esprit une seconde.
J’ai découvert Olympe comme un personne que j’aurais googlé avant de la rencontrer. Oui, j’ai ce vice de chercher des photos sur internet des personnes que je m’apprête à voir pour la première fois. Je dois bien l’avouer, film porno ou photo de profil LinkedIn n’ont ce jour-là trouvé aucune différence à mes yeux. J’ai simplement retrouvé les cheveux sombres d’Olympe et son regard bleu, ou peut-être vert. On a commencé à discuter et j’ai entendu une voix qui m’était familière.


HAUT ET FORT

Olympe a longtemps travaillé dans la publicité. De fil en aiguille, on lui a proposé de réaliser les scripts qu’elle écrivait. Elle a découvert alors, avec entrain, ce travail d’équipe si particulier, diriger une caméra, des acteurs, mettre en scène des actions qui pourtant semblent nous échapper totalement.
À côté de ça, il y avait une colère qu’elle éprouvait depuis longtemps. Depuis sa puberté, tout semblait la pousser à avoir honte de sa sexualité en tant que femme. Il fallait taper du poing sur la table. Olympe, pour se réapproprier tout ça, a commencé à se filmer seule, avec son téléphone. Elle s’est perfectionnée, professionnalisée dirais-je. Elle a acheté des accessoires, des filtres et des objectifs. Ça a été pour elle une sorte de révélation. Non seulement se filmer était un moyen de mettre en scène sa propre sexualité et donc de l’assumer haut et fort, comme si on la criait pour la faire vivre, mais en plus, Olympe s’est retrouvée embarquée dans une spirale créative infinie où enfin elle se sentait libre de faire absolument tout ce qu’elle voulait, cette excitation qui va avec, les foudres des moments où l’on se sent enfin happé, inspiré, habité par ses envies.
Tout cela faisait sens et, très naturellement, Olympe a décidé de réaliser son premier film pornographique. Pan méprisé du cinéma mais pourtant si propice à l’expérimentation, mêlant exutoire et discours nécessairement engagé. Avec sa formation de publicitaire, elle s’est tournée vers les boites de prod qu’elle connaissait. On l’a un peu regardée comme une timbrée – il fallait taper à d’autres portes.

« AUCUN TOURNAGE NE SE PASSE SANS LA PRÉSENCE D’UNE COORDINATRICE D’INTIMITÉ. »


En 2016, Olympe est partie vivre à Berlin. Elle a rencontré des artistes, des performers, une scène entière qui baignait dans ces questions-là. Même si elle avait une envie très précise de réalisation, Olympe ne s’imaginait pas encore diriger des personnes en train de baiser sur un plateau. La meilleure façon alors de briser cette gêne, cette peur, c’était d’y participer directement, d’impliquer son corps. Olympe a alors joué dans un film de Lucie Blush, réalisatrice de porno féministe. Même si elle n’oubliait pas que ça conférait un tournant à sa sexualité en lui donnant aussi un caractère public, Olympe a aimé se voir après coup, en mouvement.
Il y a aussi eu la rencontre avec Erika Lust, figure majeure du porno féministe, éthique et payant. Entre 2016 et 2017, Olympe a réalisé quatre films, tous produits par Erika Lust : The Bitchhiker, Don’t Call Me a Dick, Take Me Through the Looking Glass et We are the Fucking World. Tous sont très différents, explorant des esthétiques, des rythmes et des histoires qui ne se ressemblent pas. Pourtant, le message est toujours clair : ne plus avoir honte de sa sexualité et penser un porno éthique, politique et féministe. Pour assurer son indépendance, ne pas faire ce qu’elle ne veut pas faire, mais aussi puisqu’elle a un boulot à côté du porno, Olympe a d’abord refusé de se faire payer sur les tournages. Mais ça instaurait une sorte de distance étrange avec les autres performers qui eux, viennent aussi là gagner leur croute. Olympe touche aujourd’hui des cachets qu’elle reverse intégralement à des associations aussi variées que le STRASS, Amnesty International, La Croix Rouge ou La Fondation des Femmes.
Olympe de G. explore aussi le son, avec ses podcasts : Voxxx, Coxxx ou encore Chambre 206. Ce qui lui plait dans l’audio, c’est bien entendu le côté plus suggéré, plus facilement réalisable aussi, mais surtout le fait de pouvoir mettre en scène exactement ce qu’elle a écrit. Car, contrairement à une partie du porno éthique, Olympe laisse très peu de place à l’improvisation des acteurs. Tout est précisément écrit, pensé, millimétré. Les questions alors du consentement se posent, bien entendu. Sur chaque tournage, après avoir signé des contrats très clairs et extrêmement précis (ce que l’on accepte de faire ou non, de l’acte sexuel direct à telle manière d’utiliser la salive, par exemple), les acteurs et les actrices peuvent compter sur la présence d’une coordinatrice d’intimité qui est gardienne de leur consentement. De la même manière, sur son dernier film (Une Dernière Fois avec Brigitte Lahaie), entre les prises, les caméras continuent à tourner, comme pour se porter garantes du respect des consentements. Ces précautions n’ont pas empêché de voir naitre un scandale dans le milieu du porno éthique. Après leur rupture, l’acteur porno Rooster a accusé Olympe de G. d’agression sexuelle en 2017. En 2019, Rooster a été mis en examen pour diffamation et sa plainte pour viol contre Olympe a été classée sans suite. La réalisatrice s’en explique longuement sur son site.
Il est onze heures déjà et Sonia arrive pour photographier Olympe. Je croque dans une pomme des vergers bretons d’Olympe et je les laisse toutes les deux discuter technique, éclairage et réaction à l’image de l’utilisation de tel lubrifiant ou tel autre. Il pleut toujours sur le 11e – octobre n’a pas dit son dernier mot.

(www.olympe-de-g.org)


Par Oscar Coop-Phane
Photo : Sonia Sieff