« LE CBD ? UN PRODUIT SAIN ! »

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L’ Europe voit la vie en vert fumé, le CBD a conquis les ménages comme les salons parisiens, et pourtant la France voit encore rouge. Entretien décryptage  avec Alexis Lemoine, rédac’ chef du site Zeweed.

Le monde du cannabis a beaucoup évolué depuis les dix dernières années, pouvez-vous nous faire un rapide tableau de sa légalisation dans le monde ?  
Alexis Lemoine : Il faut savoir que, jusqu’en 1961, le cannabis était légal en  Europe, comme outre-Atlantique. Cette année-là, la convention unique sur les  stupéfiants de l’ONU interdisait la vente et la consommation du cannabis dans  tous les pays. Le premier pays à légaliser de nouveau la vente et la consommation du cannabis a été l’Uruguay, en 2013. En 2014, ce sont les États-Unis qui franchiront le pas, lorsque le Colorado, puis l’État de Washington enterreront la prohibition. Ils seront suivis par la Californie en 2016 et New York en 2021. À ce jour, 18 États, sur les 50 que compte le pays, ont légalisé. Et plus de la  moitié des Américains adultes vivent dans un État ayant légalisé le cannabis récréatif. En Europe, les Pays-Bas sont une référence de tolérance depuis les années 1980, même si la Hollande n’a jamais légalisé. On parle justement de tolérance de consommation via un système de distribution privé que sont les coffee shop. En Espagne, la culture à usage personnel est autorisée jusqu’à 100 grammes par personne, et le Portugal a dépénalisé sa consommation à hauteur de 25 grammes par personne. L’année dernière, le Luxembourg a autorisé la culture de quatre plants de cannabis par foyer, mais interdit la consommation en public. À Malte aussi, on peut cultiver quatre plants par personne. Chaque adulte est aussi en droit de posséder jusqu’à sept grammes de cannabis. En Italie, la possession jusqu’à cinq grammes a été dépénalisée en 2019, et, au mois de mai, un référendum sur la légalisation du cannabis récréatif est prévu. La Suisse aussi devrait légaliser, alors que dans plusieurs grandes villes (Zurich, Lausanne, Berne…), la possession jusqu’à dix grammes de cannabis, ainsi que sa consommation, sont dépénalisées. Enfin, en Allemagne, le gouvernement de Olaf Scholz a annoncé son intention de légaliser le cannabis récréatif, même si aucun calendrier n’est fixé.  

Quel bilan pour les pays qui ont passé le pas de la légalisation ? 
Déjà, aucun des pays ou États américains ayant légalisé ne souhaite revenir sur sa décision. En ce qui concerne le Canada, et notamment le Québec, les ventes légales de cannabis ont dépassé celles du marché noir en 2021. Toujours au Québec, en 2018, 22 % des jeunes âgés de 15 à 17 ans avaient déjà consommé du cannabis. Ils n’étaient plus que 19 % en 2021. Aux États-Unis, dans les États ayant légalisé, la criminalité a baissé de 13 % en moyenne et de 15 % en Californie. Et ce sont les délits violents qui ont le plus reculé : -19 % pour les attaques à main armée, – 10 % pour les homicides ! À cela, il convient d’ajouter les retombées économiques : depuis 2014, les ventes de  cannabis récréatif ont rapporté plus de dix milliards de dollars en taxes,  reversés dans les caisses des 18 États ayant légalisé. Au Massachusetts, les taxes sur le cannabis rapportent désormais plus que celles sur l’alcool. Aux États-Unis, comme au Canada, ce sont des centaines de milliers d’emplois qui ont été créés.  

En Europe, le CBD est en plein boom, les raisons de cet engouement ?
Parce que c’est un produit sain. Aujourd’hui, la santé est un enjeu central, mais les consommateurs se méfient de plus en plus de « Big Pharma ». Ils cherchent des alternatives saines et naturelles pour se détendre, pour soigner leurs petits maux. Le « chanvre bien-être », le CBD, répond à cette demande. Il y a aussi une part de bon timing. Au risque de paraître cynique, la pandémie a été un tremplin pour le CBD, dont les effets calmants et relaxants ont très vite conquis le public. Alors qu’il n’y avait quasiment pas de publicité, les ventes ont explosé. Les gens se refilaient leurs tuyaux pour trouver du chanvre anti-pétage de plomb ! Là encore, le CBD a prouvé que c’était une alternative saine, une solution détente et relaxation, sans gueule de bois ou addiction à la clef.  Beaucoup de fumeurs de cannabis ont d’ailleurs troqué leur THC pour du CBD.  

Ses modes de consommation ?  
Le principal, ou en tous cas celui qui représente le plus gros des ventes, bien plus de la moitié d’entre elles, c’est les fleurs à fumer. Puis les huiles sublinguales et les produits alimentaires. Pour les produits comestibles, ça va des gummies aux snacks, en passant par les tisanes et les sodas. Il y a aussi des alcools, du rhum et du gin au CBD. On trouve également une grande offre en  cosmétique, et soins pour animaux.  






La France, pourtant premier producteur de chanvre au monde, et parmi les premiers consommateurs de cannabis, semble un peu à la traîne, pourquoi ?  
La France est plus qu’à la traîne : elle est en passe d’être définitivement  larguée alors qu’elle était le premier producteur de chanvre il y a un siècle. Sur la question du CBD, le gouvernement a tout fait pour compromettre les chances de succès de la filière pour plusieurs raisons : le secteur du  chanvre industriel, qui subsiste à coup de subventions européennes dans le cadre de la PAC, a toujours mal vu l’émergence du marché « chanvre bien-être ». Les représentants de cette industrie ne sont d’ailleurs pas étrangers à la décision d’interdire la vente de fleurs de CBD du 30 décembre dernier… Pour des raisons de principe moral aussi : les Français ont à faire à un gouvernement visiblement mal informé, qui a choisi de camper sur quelques idées reçues. Quitte a mettre dans le même sac « chanvre bien-être » et cannabis récréatif. Le député LREM de la Creuse, Jean-Baptiste Moreau, qui est aussi  rapporteur de la mission d’information parlementaire sur les usages du cannabis (MIC), nous avait confié dans une interview accordée à Zeweed.com que, ni Éric Dupont-Moretti, ni Gérald Darmanin n’avait daigné lire le rapport de la MIC après avoir appris que ce dernier prônait la légalisation du cannabis. Il y a une grande part « d’obstination bureaucratique et de posture morale », pour reprendre les termes du député François-Michel Lambert (LT, Bouches du Rhone, ndlr). Et pas mal d’opportunisme politique, alors que le débat sécuritaire devient un enjeu majeur de la présidentielle. Cette guerre déclarée à tous les chanvres se fait aux dépens d’une formidable filière française qui ne demande qu’à fleurir. Dans cette histoire, le fameux « gaulois réfractaire au changement », c’est le gouvernement.

www.zeweed.com

Par Melchior