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HOMMES : LE BOOM DU XXL

avec le dad bod

 OÙ SONT LES HOMMES ?  

Côté femme, les courbes ont le vent en poupe. Côté homme ? Le diktat du six-pack affûté et du petit cul bombé fait de la résistance. Mais pour combien de temps ?

1m98, 110 kilos… et près de 90 000 followers sur Instagram. Zach Miko, américain bien portant de 29 ans, est encore surpris lorsqu’il évoque la signature de son contrat avec l’une des agences de mannequinat les puissantes au monde, IMG Models. La proposition est venue d’Ivan Bart en personne, le PDG, via son Instagram, et annonce un virage à 180 degrés de la part du leader hégémonique du fashion business. En signant son premier mannequin plus size au monde, IMG Models ouvre la voie à l’industrie toute entière. Mais si les ricains ont compris que derrière toute sorte de démographie se cache un marché potentiellement juteux, en France, les dad bod n’ont toujours pas le vent en poupe. 

D’ici 2 ou 3 ans, il va y avoir de gros changements, on pourrait même arriver sur les défilés 

Sylvie Fabregon, entrepreneuse passé chez Élite – agence parisienne empirique qui compte parmi ses rangs Adriana Lima ou Cara Delevingne – est devenue directrice d’Agence Plus en 2012, la première agence française de mannequins grande taille. À contre-courant des standards de beauté, elle a flairé le bon filon : « Pour les hommes, c’était pas dans les moeurs de dire  » je suis rond et je suis beau quand même ». La mode suit la mode. À Agence Plus, on essaye de la créer. Les designers se contentent de la suivre, ils font ce qui marche ». Avec près de 40 modèles hommes à son catalogue, Sylvie fait encore figure d’exception parmi ses confrères. Mais l’évolution du marché lui donne raison : « Avant, il y avait des magasins grandes tailles, mais c’était cher et bas de gamme. Depuis, des marques comme Gémo, H&M ou La Halle disposent d’un rayon plus-size et communiquent de plus en plus dessus ». Les sites de vente en ligne se sont eux aussi mis au diapason. C’est une agence allemande qui a contacté Aleksandar Miletic, 28 ans, après avoir lorgné sur ses 135 kg pour 1m93 : « Ils ont des physionomies plus costaudes, tout s’est fait très vite, j’ai rapidement shooté pour Asos et Zalando. Et puis c’est assez rémunérateur, tu peux te faire jusqu’à 1000 euros en une journée ». Grandes absentes de cette petite révolution : les marques de luxe, dont les défilés font la pluie et le beau temps de l’industrie du textile. Mais David est plus confiant : « Je ne peux pas les citer, mais j’ai des contacts avec des très grandes marques françaises. D’ici 2 ou 3 ans, il va y avoir de gros changements, on pourrait même arriver sur les défilés ». 

Mais les mentalités progressent lentement. Dans une société où le kinoa et les galettes de riz bio sont devenus un art de vivre et où le moindre bout de gras est savamment retouché sur Instagram, l’embonpoint est vite apparenté à l’obésité. David Venkatapen, 44 ans, chef de secrétariat dans l’armée, à séduit plusieurs marques avec ses mensurations (140 kg, 1m89). Mais voilà, il en a marre de « voir des gens s’improviser médecin traitant. Et puis même, tu peux être en mauvaise santé et avoir quand même envie de bien t’habiller ». Dans un monde où les double-standard règnent sur le culte de l’image, il tape dans le mille : « Dès que tu débordes, littéralement, ça pose problème. Moi je n’ai aucun problème avec le terme de « gros ». Un mec qui dit qu’il a une grosse voiture, tout le monde est content. Une fille qui a des gros seins, pareil. Mais si c’est tout ton corps qui est gros, alors là, non ».

 Il y a plusieurs façons d’être un homme, même si on a pas le corps idéal 

Émilie Coutant, sociologue et consultante dans la mode en cabinet d’études, détermine l’émergence du métrosexuel dans les années 2000 comme point de départ de cette revendication de la pluralité masculine. « Il y a plusieurs façons d’être un homme, même si on a pas le corps idéal ». Pour elle, la mode masculine est un « phénomène plus naissant » mais est tout autant victime du dogme de l’apparence que la mode féminine. Si l’idée n’est pas de prôner le « corps malade », elle défend l’idée de trouver un juste milieu, entre le Photoshop et l’obésité morbide, une sorte de « norme corps », dans laquelle les marques gagneront à se faire connaître et à attirer des marchés existants en attente de considération.

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À en croire une récente étude turque (Université Erciyes de Kayseri, près d’Ankara), les hommes enrobés seraient de meilleurs amants que les autres. En cause, la sécrétion plus importante d’oestradiol, hormone censée retarder l’orgasme. Et si le dad bod avait déjà gagné la guerre des sexes ?

Cédric Hougron

Photo Mokhtar Beyrouth