ET SI L’HÉTÉROSEXUALITÉ FAISAIT SON COMING-OUT ?

Will Byers et Mike Wheeler dans Stranger Things

Exigeons un nouveau mode d’emploi : pourquoi seuls les homosexuels auraient à faire leur coming-out ? Et si les hétérosexuels/cisgenres (fiou !) s’y mettaient ? Utopique ? Pas tant que ça.

C’était au printemps dernier, lors d’une scène clé de la saison 4 de Stranger Things. Will Byers (joué par Noah Schnapp) rassure son meilleur ami Mike sur sa relation avec Eleven. Lors de la conversation, Will explique : « Quand tu es différent, tu as parfois l’impression d’être une erreur. » Indirectement, nous comprenons que Will parle de ce qu’il ressent. Une fois leur échange terminé, il se détourne vers la fenêtre de la voiture et fond en larmes sans que Mike ne s’en aperçoive. Si l’on oublie la coupe au bol douteuse et les années 1980, la série s’évertue à donner l’exemple d’un personnage masculin au coming-out douloureux. Comme si l’impossibilité de parler tenait plus de la peur du rejet que de la peur d’être gay. Tout comme Will, les années passées, (vingtenaire d’origine vendéenne) j’avoue n’avoir cessé de me mettre la pression. Cependant, ne voulant pas faire de « déclaration officielle » et en refusant toute forme d’identité collective, peu de personnes ont compris ma démarche. Ce qu’il faut savoir, c’est que le rejet du coming-out n’est pas le rejet de l’homosexualité. Certains diront qu’il demeure essentiel (peut-être) : « Aujourd’hui, il est encore nécessaire de faire son coming-out. Qu’on le veuille ou non, c’est un fait : les homosexuels sont minoritaires. Le poids de la norme reste très important », explique Michael Stambolis, sociologue et maître de conférences à l’université de Bordeaux. Alors bienvenue dans la nouvelle fluidité, où la différence devient la norme. Et si vous ne comprenez pas, posez cette question à quelqu’un : « Est-ce que t’es hétéro ? ». Vous verrez, ça n’a pas de sens.

ALORS, T’AS UNE COPINE ?

Aujourd’hui le coming-out est devenu une étape dans l’émancipation d’un homosexuel, mais finalement, qu’est-ce que ça change ? Dire qu’on est gay c’est une crainte. C’est un sujet. Pourquoi ? Pier Paolo Pasolini n’avait pas tort : « Les fils qui ne se libèrent pas des fautes de leurs pères sont malheureux : aucun signe de culpabilité n’est plus décisif et impardonnable que le malheur ». Alors voilà, par peur, on se punit de génération en génération. Comme ces jeunes issus de familles traditionnelles poussés par leurs parents à défiler à la Manif pour tous. Ces mêmes jeunes qui des années plus tard font leur coming-out honteux d’avoir participé à ce cortège de droitards mal-baisés. Pour la petite anecdote, il n’est pas rare de rencontrer plus d’un partisan bleu marine sur une célèbre application gay. C’est l’ironie de notre monde. Ça scande « les pd, on vous encule », et ça supplie pour une sodomie. Bref ! En tout cas, panser le passé, comme un présent pour demain, c’est l’hymne à déclamer. Fastoche vous me direz. C’est vrai. Mais je trouve ça dingue que le coming-out soit encore un événement. Un rite de passage obligatoire. Tu sais, t’as l’impression d’annoncer un cancer de la prostate. Pas très glam’. Alors, hétérosexuel qui lit cet article, as-tu déjà fait ton coming-out ? Passe le test : « Bonjour Papa. Bonjour Maman. Je suis hétérosexuel ». Ridicule non ? Bah, moi je me sens aussi con. 

Sans parler de mode, l’univers du podcast a su ouvrir la porte à une génération dont « le rêve c’est de vivre dans un monde où l’on n’aurait plus besoin de faire de coming out », confient Elise Goldfarb et Julia Layani. Hallelujah ! Une série spotify LGBTQIA+ créée par deux thérapeutes macronistes, au cours de laquelle une personnalité (Xavier Dolan, Eddy de Pretto…) raconte le moment où elle a révélé son homosexualité. Un podcast fait pour casser les stéréotypes et favoriser le dialogue entre les familles. Mais qui, hélas, en véhicule autant qu’il n’en dénonce… Un grand classique ! 






Bon, je vous laisse, je dois aller informer le vénéré réd-chef que je ne suis pas totalement fan de Ye. Je ne sais pas comment il va le prendre.

Par Mathis Raymond
Photo : Will Byers et Mike Wheeler dans Stranger Things