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ELIE SEMOUN : « MON JARDIN, MON AMIE… »

Elie Semoun jardinier technikart

Dès qu’il rentre de tournée (pour son spectacle …et ses Monstres), de tournage (du prochain Ducobu) ou de promo (pour Pelouse interdite, son livre de jardinage en mode stand-up), ÉLIE SEMOUN se consacre à son beau jardin du Val d’Oise. Pour lequel l’humoriste horticulteur vient de passer une petite annonce : il chercherait une fougère à fort feuillage…

Élie Semoun, bonjour ! Bienvenue dans le magazine des City- Jardiniers. Vous en croisez souvent ?
Élie Semoun : De plus en plus ! Et à chaque fois que quelqu’un me parle de ses plantes, ça brille dans ses yeux – car on aime tous les plantes. J’ai des potes à Paris qui ont des balcons, et souvent, ils ne savent pas quoi planter.

Vous leur conseillez quelles plantes ?
Je leur demande déjà si c’est ensoleillé ou à l’ombre. Si tu mets telle plante en plein soleil, elle peut mourir. Souvent, les mecs te disent qu’ils ont des plantes mais qu’ils les font toutes crever. C’est la phrase que j’entends le plus souvent.

« NON, JE NE COUCHE PAS AVEC MES PLANTES ! »

Pourquoi ?
Parce qu’ils ne savent pas qu’un cactus, ça ne s’arrose pas toutes les semaines. Ou qu’une plante, ça se met à la lumière la plupart du temps. Qu’une orchidée, ça ne se met pas dans les toilettes ou une salle de
bain où il n’y a pas d’ouverture. Il faut aussi leur fournir une terre adéquate. Si tu mets de la terre de bruyère – une terre avec peu de sable, pas très riche – pour des hortensias, des azalées, des camélias, c’est génial. Pour une autre plante, ça va être du terreau. Il suffit de se renseigner, c’est assez simple. Et après, quel plaisir de voir sa plante… « épanouie ».

Vous avez arrêté votre potager à la fin d’une histoire d’amour. Une nouvelle histoire pourrait-elle le faire repartir ?
Oui, certainement. Vous faites allusion à une époque où j’étais avec une fille qui était très gastronome. J’ai voulu faire un potager pour elle, et on l’a fait ensemble. Sauf qu’elle m’a quitté…

Elie Semoun jardinier technikart
L’OEIL DU MONOCLE
Élie Semoun (et son hortensia) vous saluent bien. (Paris, octobre 2019. Photos Eddy Brière.)

Là, vous revenez de longues semaines de tournage pour Ducobu 3.0, le premier volet de la saga que vous réalisez*. Vos plantes vous ont-elles manquées ?
On a tourné trois mois en Belgique, et sincèrement, elles m’ont manqué mais… C’est très bizarre parce que je suis obligé de vous raconter ma vie privée. J’ai vécu une histoire d’amour là-bas, et cette histoire a compensé le fait que mon jardin me manquait. Le jardin, c’est comme une amie que j’ai hâte de revoir quand je suis loin d’elle et là, cette histoire a un petit peu compensé ce manque.

Ces plantes, qui les surveille en votre absence ?
En fait, elles se sont surveillées toutes seules, j’ai laissé pousser ma pelouse… En vrai, je crois que la nature n’a pas vraiment besoin de l’homme. C’est comme lorsqu’on dit que des gens entretiennent des forêts, ça me paraît toujours bizarre : qu’est-ce qu’elles en ont à foutre ?! (Rires.)

Le grand concepteur de l’agriculture naturelle Masanobu Fukuoka disait : « Le jardinier naturel, c’est celui qui tend la main à la nature, mais qui ne l’organise pas ».
Malheureusement, quand je vois mon jardin, je me dis que je l’ai quand même domestiqué. C’est moi qui décide où vont se mettre les plantes, etc. C’est vrai que c’est très humain comme comportement. Quand on arrive dans un lieu vierge, on a besoin de le mettre à notre image… Alors que l’homme n’a rien à faire dans la nature. Les oiseaux, oui, les fauves, les herbivores, oui. Mais l’homme ? Si il disparaissait là dès demain, la nature reprendra ses droits. Donc, on est juste invités…

Votre façon de jardiner en prend compte ?
Mon jardin, c’est un bordel organisé. J’essaye le plus possible de laisser les plantes vivre leur vie…

Et vous leur parlez ?
Non ! (Rires.) Mais ce sont des êtres vivants et je pense qu’elles réagissent au fait qu’on s’en occupe bien ou mal.

Elles ont quand même une façon de communiquer avec vous, non ?
Je confirme : elles ont une façon de me dire que là où je les ai plantées, c’est pas chouette. Ou alors que c’est très bien.

Quand vous rentrez de tournée ou de tournage, elles vous font la gueule ?
Les fougères, franchement, oui ! Contrairement au jardin, les plantes qui sont en pot ont besoin d’être arrosées, tout simplement.

Et comment se porte votre olivier ?
Ah, très bien merci ! Je l’ai fait ramener d’Espagne, il a 450 ans : c’est un migrant qui est dans mon jardin ! Et plus le temps passe, mieux il se sent à la maison. Il s’est adapté, parce qu’il faut du temps pour s’habituer au Val d’Oise après le soleil d’Espagne. Mais l’année dernière, il était couvert d’olives, c’était magnifique.

Les plantes ayant vécu une longue histoire avant, comment s’adaptent-elles au jardin d’Elie Semoun ?
Elles mettent du temps. J’ai deux gros rhododendrons qui viennent aussi d’Espagne et qui ont mis au moins deux ou trois ans avant de s’adapter. Il leur faut du temps pour que les racines aillent chercher au fin fond de la terre. Et là, ça va mieux. Ils sont biens. (Il réfléchit.) Ils ? Elles ?

Les plantes ont-elles un sexe, justement ?
Sincèrement, pour moi, c’est toutes des filles ! Même dans le livre que j’ai écrit sur mon jardin, Pelouse interdite**, c’est comme si j’écrivais à une femme. Je l’aime, je fais des erreurs, j’en fais trop, j’arrose trop, pas assez… Je fais des erreurs comme on peut en faire avec quelqu’un qu’on aime. Mais je ne les caresse pas, je ne couche pas avec, et je ne leur parle pas !

Elie Semoun jardinier technikart
TU T’ES VU QUAND T’AS FICUS ?
L’humoriste horticulteur découvre notre splendide Ficus à feuilles lyrées. Une belle histoire qui commence…

Mais vous avez parfois la même impatience avec votre jardin que dans une histoire d’amour.
Oui, je suis un jardinier impatient – et je trouve que c’est le pire des défauts !

Dans votre spectacle de 2012, Tranches de vie, vous avouez : « Quand je dis que j’aime le jardinage, on se fout systématiquement de ma gueule. Pour les jeunes, c’est une passion de vieux ! » C’est toujours le cas ?
Aujourd’hui, l’écologie arrive au premier rang des préoccupations : la planète en a pris plein la gueule et je n’ose pas imaginer ce qui va se passer dans 20 ans. Et plus le temps passe, plus les gens s’accrochent à ces petits êtres verts ! Souvent, on se demande ce que l’on pourrait faire pour la planète. L’une des choses les plus efficaces, ce serait de replanter des forêts. Et des fleurs qui vont avec, bien sûr.

Sur le tournage de Cyprien (2009), vous discutiez de tout ça avec une autre grande « city-jardinière », Catherine Deneuve ?
En fait, à chaque fois que l’on se voit avec Catherine – et l’on se croise deux à trois fois par an parce que l’on va régulièrement en Suisse soutenir l’association Children Action –, on ne parle que de plantes. Ça fait chic, hein ? Pour Cyprien, j’avais fait une fête de fin de tournage à la maison. Catherine est venue, on a fait le tour du jardin et elle, contrairement à moi, connaissait tous les noms latins des plantes. C’est elle qui m’a dit que les camélias que j’avais plantés n’allaient pas être bien parce qu’ils étaient en plein soleil et que la terre était sèche. D’ailleurs elle s’était foutue de ma gueule parce que je m’étais fait avoir par un pépiniériste qui m’avait vendu un hortensia plus de 300 balles !

Vous êtes toujours accro aux outils de jardin ? Vous avez une passion pour les pelles à manches en titane avec bêches incurvées et rivetées, c’est ça ?
Tout à fait. Alors là, que je vois que l’on est un tout petit peu dans la précision professionnelle ! Bon, je ne suis pas sûr que ce soit la pelle qui fasse un bon jardinier, mais c’est utile d’avoir de bons outils.

Vous rencontrez d’autres passionnés en faisant vos courses ?
Oui. Et comme ils savent tous que j’adore ça, ils n’hésitent pas à demander conseil.

Justement, on en a besoin. On hésite à acheter ce nouveau collecteur d’eau en forme d’amphore à vin, l’Antik 360L Terracotta, chez nos amis des jardineries Truffaut. Qu’en pensez-vous ?
C’est un produit qui est équilibré esthétiquement et efficace.

Efficace ?
C’est un collecteur d’eau de puits, et comme celle-ci est pure, à priori, c’est efficace !

« C’EST L’INTERVIEW LA PLUS SURRÉALISTE QUE JE N’AI JAMAIS FAITE ! »

On hésite à acheter un aspirateur souffleur…
Ça, c’est très bien ! Les souffleurs, ça permet de te débarrasser des feuilles mortes. (Rires.) J’ai l’impression que c’est l’interview la plus surréaliste que je n’ai jamais faite !

Quand on est enfant, c’est un des trucs les plus drôles.
C’est génial. Ça se met sur le dos, tu as une sorte de gros tuyau et un moteur qui tourne derrière, et tu défonces toutes les feuilles mortes ! On se sent puissant, on a l’impression d’être Terminator.

Elie Semoun jardinier technikart
C’EST LE BOUQUET !
Coucou, c’est Élie. Et il n’est pas venu les mains vides…

Enfant, vous viviez à Anthony (Hauts-de-Seine) et vos parents avaient acheté un lopin de terre à Courtenay dans le Loiret. Vous expliquez qu’après le décès de votre mère (vous aviez onze ans), s’occuper du jardin est devenu une façon de continuer à lui parler.
Oui, ils avaient acheté un petit coin de forêt dans le Loiret. Et chaque semaine, on était obligé de se taper le voyage pour aller là-bas. C’était loin ! Tu sais ce que c’est quand t’es ado, ça te gave. Et puis, je me réfugiais dans un arbre, un peu comme dans le bouquin Le Baron Perché d’Italo Calvino. J’y passais du temps et j’observais tout. J’avais 10, 11 ans. Et puis, tout d’un coup, j’ai vu en bas une fougère. Je trouvais ça joli. J’en ai déterrées dans les environs, je les ai ramenés là, au pied de l’arbre. Puis j’ai commencé à faire mon petit coin… Et j’y ai trouvé de l’apaisement.

Cette passion pour le jardinage, c’est aussi une façon de continuer à dialoguer avec votre mère ?
C’est un peu de la psychologie de comptoir. Mais creuser la terre, oui peut-être. Essayer de retrouver quelque chose d’elle. Puisqu’elle est dans la terre…

Vous comparez le jardin à un livre dont les mots changeraient au fil des saisons.
Je fais évoluer le mien chaque année. Il n’a pas la même tronche. Il y a des années où il est plus beau que d’autres. Il y a des années où il est plus fouilli, plus fleuri, où il y a plus de bleu, plus de roses, plus de blanc. Je teste aussi. J’étais à Rouen hier, j’ai encore ramené des plantes. Même si ce n’est pas un jardin géant – il fait peut-être 800 ou 900 mètres carrés –, je trouve toujours de la place pour accueillir des nouveaux arrivants !

*Ducobu 3.0 en salle : février 2020
**Pelouse interdite (éditions Ulmer, 202 pages, 19,90 €)

Entretien Olivier Malnuit & Laurence Rémila