CHRISTOPHE CABASSE, LUTHIER MODERNE : « LE SON CINQ ÉTOILES »

cabasse christophe

Descendant d’une lignée de luthiers, Christophe Cabasse, ambassadeur et anciennement Directeur des ventes, se fait le représentant d’une entreprise hautement musicale. 

La famille Cabasse descend de six générations de luthiers. Comment passe-t-on de luthier, à concepteur d’enceintes haut de gamme ?
Christophe Cabasse : Il y a des différences et des analogies. La première différence étant que le luthier fait des instruments de musique et enrichit le son de son violon par exemple, par de nouvelles harmonies. À l’inverse, un créateur d’enceinte va devoir reproduire les harmonies d’origine et surtout pas en rajouter d’autres. Et l’analogie, c’est l’oreille, qui, à la fin, va être juge. Et là, il faut une mémoire extraordinaire. 

Chaque luthier avait sa propre empreinte. Et aujourd’hui, on retrouve aussi les « créations Cabasse » ? 
On a fait pas mal de démonstrations « orchestre contre enceinte » pour comparer. Donc, pour nous, le son Cabasse, c’est le son général de l’orchestre. Ce n’est pas Georges Cabasse (le père de Christophe, ndlr) qui a donné un goût, pour lui sa référence c’est toujours le son d’origine. 

Avoir l’oreille musicale dans cet univers, c’est important ? 
Un de vos confrères journalistes avait rencontré Georges au salon d’exposition de Besendorfer. Ils avaient une dizaine de pianos de concert – tous le même modèle. Mon père avait écouté un concert avec un de ces pianos une semaine auparavant. Le journaliste lui a demandé s’il pouvait reconnaître le bon piano sur lequel il avait été joué : il l’a reconnu du premier coup, alors que c’était dix modèles identiques ! Il cherchait vraiment à reproduire le même son qu’il avait entendu en concert. 

Pourquoi votre père a créé cette maison en 1950 ? 
La musique était sa passion. Il a grandi à côté de l’Élysée, près de la salle Gaveau qu’il fréquentait très souvent. À tel point que les ouvreuses le laissaient rentrer gratuitement pour la deuxième partie. Lorsque j’écoutais de la musique avec lui, il connaissait beaucoup mieux les deuxièmes parties du disque. Ma grand-mère m’a raconté que, déjà ado, il essayait de reproduire des radios. 

Quel a été son parcours avant d’en arriver là ? 
Il a fait des études d’électricité. Il a déposé quelques brevets sur les systèmes de démarrage de tubes luminescents. Après, il est allé tout de suite à sa passion. Il a commencé par réparer des hauts-parleurs après la guerre. Ensuite, il a fait ses propres hauts-parleurs Cabasse, 36 cm, premier modèle d’avant-guerre. 

Quel était le nom de ce premier modèle ? 
Le diphone, en 1952, deux ans après la création de l’entreprise. La première version était pour le cinéma, pour équiper le Grand Rex. Donc il y avait déjà du son multicanal à l’époque. 

Quel est votre produit de référence ? 
La sphère : c’est notre « Formule 1 » qui nous a permis d’évoluer et nous a fait arriver à notre système actuel. 

Pourquoi cette forme sphérique ? 
Pour avoir une dispersion homogène du son, dans tous les sens. Si vous mettez votre voix en pavillon, vous allez voir qu’elle change. Nous voulions donc arriver, avec cette forme, à la plus grande stabilité possible, avec plus de profondeur. On veut un système qui soit le moins dépendant possible, de la coloration de la pièce, que le ratio entre le son direct et réfléchi ne change pas trop. 
 

« AVEC LA PUISSANCE INFORMATIQUE, ON ARRIVE À ALLER PLUS LOIN. »

 

L’enceinte Pearl Pelegrina (ci-contre) représente l’aboutissement complet de votre savoir-faire ? 
Oui, on arrive à des performances incroyables. elle a toute l’électronique/amplification intégrée dans son socle, une technologie appelée CRCS intégré avec le paramétrage directement dans l’application pour configurer soi-même le système en quelques minutes, à sa pièce d’écoute, et l’application Cabasse pour un pilotage facile et des réglages, très fins, selon les goûts de chacun. 

Vous avez sorti un système son miniature, The Pearl Keshi, avec caisson connecté et deux satellites. D’où vient le terme « Keshi » ? 
C’est un type de perles japonaises, haut de gamme mais très petites. Donc on a une petite gamme Pearl. 






Avec cette sortie, vous aviez la volonté de faire une prouesse technique ou tenir compte de la taille des appartements des gens ? 
C’est davantage pour répondre à un besoin, qui est de pouvoir faire le meilleur son possible avec un minimum d’encombrement. Par exemple, dans les couples, on sait que ce n’est pas toujours facile d’intégrer ça dans son environnement.  

Est-ce qu’il y a eu des concessions à faire au niveau du son ? 
Il y a des concessions liées à la taille. Mais avec le savoir-faire qu’on a sur l’acoustique, l’électronique et le software, il y a un travail de fou qui est fait. 

Comment avez-vous géré votre reconversion dans le numérique ?
C’est dans l’ADN de la marque. Le numérique est arrivé très vite dans la société dès la fin du siècle dernier, tout d’abord par le traitement du signal au niveau des amplificateurs, puis depuis le rachat par Cabasse Group sur toute la chaîne de valeur ajoutée logicielle : le Firmware embarqué dans les produits, le Cloud pour réaliser des opérations autrefois impossibles à réaliser sur le produit même comme la calibration spécifique à chaque pièce du foyer ou l’application sur les téléphones et tablettes pour avoir accès au contenu infini apporté par les nouvelles platerformes de streaming. Cette maîtrise de A à Z des logiciels de streaming est ce qui nous différencie des autres marques d’audio haut de gamme, en plus de l’exceptionnelle qualité de nos HP coaxiaux.

Tout est fabriqué en France ? 
Un produit comme Pelegrina, oui. Mais un produit comme The Pearl Keshi, non. Il est développé et designé par nos propres équipes en France, mais il est fabriqué en Asie. Pour une question de coût, mais aussi de savoir-faire. Pour le faire en France, il faut trouver les compétences. 

Quels sont vos autres projets ? 
Il y en encore plein de choses à faire dans ce domaine. La nouvelle équipe est en place et c’est très enthousiasmant. Avec la puissance informatique, on arrive à aller plus loin. On pourra intégrer d’autres choses et miniaturiser encore. 

Quelle est votre part de marché dans un domaine où la concurrence est rude ? 
AwoX (devenu Cabasse Group depuis), leader français des technologies de connectivité, a racheté Cabasse en 2014, pour en faire un leader dans l’audio connecté haut de gamme. Je n’ai pas les derniers chiffres, mais sur le premier trimestre on était sur une croissance à 30 %. Alors que l’année dernière, nous étions autour de 20 %. Donc Cabasse croît plus vite que le marché. Avec également une dynamique export importante et un retour récent aux États-Unis et une belle dynamique en Asie, friande de qualité et de luxe à la française.

Pensez-vous que les gens vont vers vous pour acheter une marque, un nom ? 
Il y a de ça, oui. Mais dans l’augmentation des chiffres, il y a des nouveaux clients qu’il faut convaincre. On a des nouveaux clients parce qu’on présente des systèmes innovants, différenciants et haut de gamme. 

Les enceintes sans fil sont-elles compliquées à mettre en place ? 
La qualité des médias numériques, d’aujourd’hui avec des encodages meilleurs que sur les CDs, permet l’émergence du streaming Haute Résolution très haut de gamme – ce qui n’était pas le cas il y a quelques années.

La nouvelle génération a un peu l’oreille déformée. Le vrai son avec tous les détails, ils le découvrent ? 
Il faut leur faire découvrir en tout cas. Ils peuvent évoluer, de la même manière, qu’on passe du fast-food à la gastronomie. Qu’on mette à leur portée du son cinq étoiles !

www.cabasse.com


Par 
Margot Pannequin & Serge Adam