BRICE COUTURIER : « L’ÉLECTORAT NE VEUT PAS D’UN REMAKE DE 2017… »

COUTURIER Brice

Ancien maoïste, ex-militant du PS (tendance Rocard) et créateur, en 1985, d’un club des jeunes libéraux de gauche, l’essayiste Brice Couturier se désole de la disparition de sa famille idéologique. Il s’en ouvre auprès de notre chroniqueur politique.

Il a connu le Beyrouth des sixties avant la guerre civile, la furia maoïste puis la gauche mondaine, participé aux débuts de Radio Nova et à la fondation de Globe, le magazine qui annonçait Terranova et la rupture définitive entre socialistes et classes populaires. Cet universitaire, qui a enseigné à Oxford, avait le CV idéal pour pontifier encore longtemps à l’EHESS ou au CNRS. De mauvaises fréquentations littéraires (Raymond Aron, Alexis de Tocqueville, Sir Isaiah Berlin) l’ont détourné du droit chemin. Je n’aurais jamais imaginé qu’il représenterait un jour le diable pour certains progressistes, comme Pauwels en son temps, et que cet honnête homme deviendrait une sorte de Zemmour macronien, dont chaque intervention électrise les détracteurs.

On ne lui pardonne pas sa mesure, à ce Couturier qui n’a jamais joué les anciens combattants, et n’éprouve aucune nostalgie pour ses années rouges. Bien au contraire, elles inspirent chez lui l’inquiétude de ne pas tomber dans le piège de nouvelles utopies ou de la « vigilance », sans céder pour autant à d’autres positions de confort. Car il y a aussi un marché et des places à prendre si on joue au sachant sage, pourfendeur du ressentiment, qui vous traite de conspirationniste quand vous vous plaignez d’avoir mal au dos. Conservateur bien conservé, notre jeune septuagénaire a gardé son allure d’étudiant new wave, il pourrait jouer dans Les Feelies ou Marie et les Garçons. 

La notion de courage intellectuel est souvent relative, comme ces actrices qui « se mettent en danger » en tournant des scènes de sexe où elles se font doubler par des hardeuses d’origine sociale inférieure. Franc-Tireur (allusion immodeste à la guerre et à la Résistance), le nouvel hebdo d’extrême-centre dans lequel il écrit, est dirigé par Christophe Barbier ; on est donc sur de la carabine à patate (il faut voir Doutes, film hilarant de Yamini Lila Kumar, pour prendre la mesure du personnage). Mon Mao à moi s’appelait José Antonio Primo de Rivera. Il disait « La vie ne vaut pas d’être vécue si ce n‘est pour la brûler au service d’une grande cause. » Ce n’est pas si simple. La vie vaut aussi la peine d’être vécue pour converser avec Brice Couturier.

BERTRAND BURGALAT
 

« ILS PROPHÉTISENT L’APOCALYPSE POUR S’INTERDIRE DE VIVRE ET DE DÉSIRER. »

 

Je n’arrive pas à comprendre ce que vous reprochez aux jeunes cons d’aujourd’hui, il n’y a rien de désolant actuellement qui ne soit le fruit de ce que les générations précédentes ont mis en place. En quoi une AG de gauchistes à Sciences-Po maintenant est pire qu’avant ? Quelle différence voyez-vous entre le jeune emporté et intolérant de 2021, et celui d’il y a cinquante ans ?
Brice Couturier : Erreur de perspective, l’ami ! Oui, ils disent d’énormes conneries et nous en avons dit pas mal nous-mêmes… Mais un, ce ne sont pas les mêmes : le prolétariat et sa dictature ont disparu de l’horizon. C’est plein de « déplorables », hein ? Nous, on parlait solidarité internationale : Martin Luther King, Vietnam, Chili…. Eux, ils font la politique de leur nombril : les femmes luttent pour plus de femmes chez les élites dirigeantes, les Noirs pour plus de Noirs, les gays pour plus de gays, etc. On était une génération bordélique et joyeuse. On voulait faire péter les tabous, interdire d’interdire. Et le pire, c’est qu’on a plutôt bien réussi, dans l’ensemble. Trop bien, peut-être. Au lieu de nous être reconnaissants de leur avoir permis de vivre dans des sociétés égalitaires et libérales, sans cravates, mais où on peut obtenir dans la seconde, chez soi, la musique que l’on veut, le film que l’on veut, ces gamins sinistres rêvent d’interdire, de « canceler », de limiter, de restreindre. Ils sont soupçonneux, vertueux, aussi puritains que nous étions libertins. Ils prophétisent l’apocalypse environnementale pour s’interdire de vivre et de désirer. Le problème, c’est que chaque génération trimballe ensuite toute sa vie sa scène primitive. Nous, ce fut Woodstock. Eux, ce sera le confinement, l’isolement devant l’ordinateur dans 12 m2. J’ai bien peur que cette génération nous amène un nouveau monde sévère et sectaire. Une génération entière de quakers… Ils sont prêts pour le modèle chinois actuel. 

Nomade, connecté, individualiste, global, américanisé : le monde dans lequel nous vivons, c’est celui dont vous rêviez dans les années 1980, non ?
Ben oui, je vous le disais : on a plutôt bien réussi. Le premier qui a compris que la révolution culturelle libertaire des années 1960 et la révolution libérale des années 1980 étaient complémentaires et non pas contradictoires, c’est Mark Lilla. Un universitaire américain spécialiste de l’histoire intellectuelle française. Dans les deux cas : confiance en l’individu, optimisme, goût de la nouveauté, de l’innovation, de la disruption. Do your own thing et la société ne s’en portera que mieux, parce qu’elle bénéficiera de ton énergie, de tes découvertes. Ça veut dire : société ouverte.

Vous présentez les baby-boomers, envisagés en ensemble homogène, comme une génération antitotalitaire, mais ils ont soutenu les pires régimes et les révolutions les plus sanglantes, descendu Simon Leys avant de découvrir au début des années 1980, avec la Pologne notamment, et alors qu’ils avaient installé au gouvernement des ministres PCF, ce que seuls ceux qu’ils traitaient d’anticommunistes primaires disaient jusque-là… 
Ma génération n’a pas suivi une trajectoire rectiligne. C’est ce qui fait que je ne désespère pas complètement des suivantes… Oui, on a été maos, anars, trotskistes et compagnie. Mais pas très longtemps, finalement. On n’était pas assez stupides pour ne pas réaliser que c’étaient d’énormes conneries. Des théories complètement inadaptées à la situation de nos propres pays. En 1968, on était tombés dans le marxisme pour dire notre ras-le-bol de la société corsetée et hiérarchisée de l’époque, parce qu’il n’y avait pas grand-chose d’autre à se mettre sous la main. D’où, d’ailleurs, des marxismes assez bizarroïdes ! Pensez à celui des situationnistes : en URSS ou en Chine, des trucs pareils vous menaient droit en prison ! Mais, comme je l’ai expliqué dans mon livre sur l’année 1969 (1969 Année fatidique, Editions de l’Observatoire, 2019, ndlr), les fantastiques échecs de 1968 à travers le monde (élection de Nixon aux États-Unis, Assemblée nationale à-droite-toute en France, échec du « socialisme à visage humain » à Varsovie et Prague, premiers attentats terroristes en Italie, etc.) nous ont assez vite dessaoulés. Dès les années 1970, on était, pour la plupart, convertis au libéralisme ou à la social-démocratie. Moi, les deux. Mon cocktail perso. Et puis, dans les années 1980, les années Mitterrand, des Boomers ont été enfin admis dans les antichambres du pouvoir. On n’était plus révoltés, puisqu’on était cooptés… Les ministres communistes, Mitterrand ne s’en cachait même pas : « Je vais les étreindre si bien qu’ils vont étouffer ». Et c’est ce qu’il a fait. Le PCF a disparu parce que l’URSS s’est effondrée, certes, mais avant déjà, les communistes rasaient les murs. Leur truc était imprésentable. J’ai pas mal voyagé dans les pays d’Europe centrale dans les années 1970 et 1980. C’était misérable et sinistre. Ça donnait pas envie. Moi, je défendais les dissidents, comme Jacek Kuroń. Mon idole.
 

« DÈS LES ANNÉES 1970, ON ÉTAIT CONVERTIS À LA SOCIAL-DÉMOCRATIE. »

 






Vous oubliez également à quel point la drogue, la musique, la vitesse, la sexualité débridée effrayaient nos parents. Ils avaient l’impression que tout ce qu’ils avaient essayé de construire pour leurs enfants était en train de s’effondrer, le conflit de générations était permanent, les années 1970 n’ont pas été riantes pour tout le monde…
Vrai. J’ai trouvé les années 1970 sinistres, au début. Je n’aimais pas le hard rock et Led Zeppelin, ni la musique planante, ni les pantalons pat’ d’eph’ et les filles baba cool. J’étais exaspéré par la niaiserie d’époque qui cherchait à passer pour une forme de sagesse supérieure : les premiers écolos. J’ai commencé à dire qu’il ne fallait plus écouter les Stone après Exile on Main Street, ni Dylan après Blonde on Blonde. J’avais tort. Je suis passé à côté de trucs comme Alice Cooper, Iggy, Lynyrd Skynyrd, ou les premiers Bruce Springsteen… Mais attention ! J’ai acheté Roxy Music, Lou Reed, Patti Smith et les Talking Heads ! Les années 1980 ont commencé à la fin des années 1970. Il y a eu un changement d’humeur météorologique qu’ont incarné les punks. D’ailleurs, je me suis coupé les cheveux à cette époque. Alors oui, la « silent generation », celle de mes parents avait un peu le sentiment que, malgré tout le mal qu’elle s’était donnée pour reconstruire le pays en ruines, après avoir « raccompagné les Allemands chez eux », comme disait mon père, ancien commando-parachutiste au 2e bataillon de choc, nous, on ne voulait pas prolonger l’effort. Qu’on voulait profiter, jouir de la vie. Dans mon cas, s’éclater au Palace ou aux Bains plutôt que de faire carrière. Par exemple, on n’était pas patriotes, mais plutôt tentés par l’espace européen. Moi, j’étais obsédé par le Rideau de Fer et je rêvais de réintégrer dans la famille nos frères séparés de l’autre Europe. L’européisme a été, dans bien des cas, le substitut du gauchisme, après désintoxication.

Il y a dans votre livre des pages cruelles sur La French Theory, et notamment sur le fait que plus une idée est creuse plus elle est formulée dans un style prétentieux…
Plus c’est creux, plus c’est prétentieux. De la poudre aux yeux pour épater les gogos. Il faut toujours se méfier des jargons. Ceux qui s’en servent cherchent toujours à cacher quelque chose. Molière le montrait déjà. Oui, la « French Theory », c’est cette espèce de gloubi-boulga que les facs de lettres et sciences humaines américaines ont concocté à partir de leur lecture de Michel Foucault, de Jacques Derrida et de quelques autres, plus ésotériques encore, si c’est possible, comme Jacques Lacan. Déjà, en français, c’est pas évident. Mais pour un lecteur américain, c’est juste incompréhensible. Alors ils en ont retiré deux ou trois idées – très dangereuses. Que toutes les institutions sociales, comme la langue elle-même, sont des « constructions sociales ». C’est-à-dire qu’elles n’ont pas de légitimité particulière et qu’elles peuvent donc – mieux qu’elles doivent – faire l’objet d’une « déconstruction ». Rien n’est donné, tout est artificiel et arbitraire. Que tout ce qui se présente comme un savoir – y compris la science – ne fait que correspondre à un système de pouvoir et sert essentiellement à légitimer ceux qui détiennent ce pouvoir. Que l’universalisme, en particulier, est un mythe forgé par les « dominants » (hommes blancs cisgenres bourgeois) dont il fallait se débarrasser. Mais 1968, c’était universaliste, nom de Dieu ! Cela a donné une forme de nihilisme, vaguement ironique – on a appelé ça « post-modernisme », parce que ça rompait avec les idées de progrès, d’individu souverain et responsable… et de démocratie. Sur le champ de ruines intellectuel laissé par cette idéologie, les universités ont reconstruit des pseudo-savoirs, issus de l’expérience collective des minorités, des « dominés ». Puisque c’est une femme et qu’elle parle en tant que femme, sa parole est légitime. Si vous ne partagez pas son expérience – par exemple, si vous êtes un homme – vous ne pouvez pas entrer dans un dialogue quelconque avec elle. Le philosophe Bertrand Russell parle du « mensonge de la vertu supérieure de l’opprimé ». C’est ça. On y est.

Vous vous êtes trompé sur Mao, vous vous êtes trompé sur Mitterrand, vous êtes certain de ne pas vous être trompé sur Macron ?
J’ai été maoïste par dandysme, pour faire le malin. C’était en hypokhâgne et j’avais adhéré au PSU de Rocard, l’année précédente. Un élève a dit : « Moi, je suis maoïste ». Alors j’ai dit « moi aussi ». C’était pour draguer une fille de la classe. Mao, c’était sexy. PSU, pas tellement. Mitterrand, je ne l’ai jamais aimé. Je persiste à penser que c’était un homme d’extrême droite par ses goûts, sa culture et sa trajectoire initiale. J’ai adhéré au PS, en 1978, pour aller retrouver mes copains rocardiens qui, eux, avaient fait ce bon choix dès 1974, lors des Assises du socialisme. À l’époque déjà, il y avait « deux gauches », comme le répétait encore récemment Manuel Valls. Une gauche étatiste, autoritaire, collectiviste et jacobine. Et une gauche, allez, osons le mot : libérale. Confiante dans les initiatives individuelles et collectives, désireuses de donner aux gens les moyens de leurs ambitions et non pas de leur imposer des buts fixés d’en haut. C’était la mienne. Et c’est parce qu’Emmanuel Macron m’a semblé venir de ce courant-là que j’ai écrit un livre pour essayer de comprendre quelle était l’idéologie réelle de ce personnage qui, à la fois, montre l’étendue de sa culture, mais – j’en suis persuadé et je le démontre – en cache une autre partie (Macron. Un président philosophe, Éditions de l’Observatoire, 2017, ndlr). Comme Mitterrand, finalement.

BALLAD OF A THIN MAN_
En 1968, Brice mouille sa chemise en faisant trempette dans la Seine. « C’est l’époque où je me prenais pour Dylan. J’arrivais à copier ses expressions. »


Que pensez-vous du fait qu’il joue la carte Le Pen, comme Mitterrand ? Malraux disait : « Entre les communistes et nous, il n’y a rien » Ça semble être la stratégie du pouvoir actuel : la réduction de la gauche aux antifas et à Mélenchon,
les tentatives pour savonner la planche à un David Lisnard à droite. Ce n’est pas anodin que les macronistes aient fait le siège du CSA pendant des mois afin de retirer Zemmour de Direct 8, ils tiennent vraiment à un deuxième tour avec l’extrême droite…
Allez, c’est sûrement plus facile de gagner contre Le Pen que contre Pécresse, hein. Il y a un plafond de verre au vote national-populiste que l’héritière de la PME lepéniste ne franchira jamais, malgré toutes ses contorsions pour banaliser son mouvement. Un parti se ressent toujours de son origine et celle du FN/RN est déplaisante : l’OAS, le négationnisme, etc. Mais, « en même temps », j’ai le sentiment que l’électorat ne veut pas d’un remake du film de 2017. Et si Macron devait gagner à l’issue d’un tel scénario, contre la Marine, je pense que sa légitimité serait faible. Or, un certain nombre de réformes décisives, comme les retraites, qui étaient à l’agenda du premier quinquennat restent sur la table. Les réaliser demandera du courage et de l’autorité. Si la majorité du pays, qui est très à droite en ce moment, a le sentiment que Macron risque de se dérober, parce que c’est un bon garçon qui déteste fâcher des gens, alors elle se portera sur Pécresse. Quant à la gauche, elle est à la recherche d’un syndic de faillite.

Vous avez anticipé et encouragé des évolutions de la société sans qu’elles vous profitent par la suite : avec Globe, dans les années 1980, vous avez participé à la mue de la gauche de gouvernement, qui a abandonné le terrain économique, où elle échouait, pour le terrain sociétal. Après les louanges que vous lui tressiez, Macron aurait pu vous prendre avec lui, à moins qu’il ait vraiment peur des esprits brillants, ce qui expliquerait la médiocrité de son entourage ?
Oui, Globe, excellent souvenir ! Je n’ai pas fait carrière au PS. J’étais un simple assistant parlementaire du groupe socialiste du Sénat, chargé d’épauler les sénateurs membres de la Commission de la Défense et des Affaires étrangères. Je me souviens avoir pris un pot, dans le café à côté de Solférino, avec un camarade assez « lancé » dans la direction du Parti, et qui m’a dit : « Tu inquiètes pas mal de gens à Solférino, parce qu’on ne sait pas quelles sont tes ambitions ». Je lui ai répondu : « C’est parce que je n’en ai pas ». Et c’était vrai. Je n’ai jamais eu l’idée de devenir député, de faire de la politique un métier, une carrière. Pareil du côté Macron. Je le connais très peu. Je l’apprécie beaucoup. Mais je reste journaliste. Je veux mériter ma carte de presse. Lorsque je participe à des émissions de radio ou de télé, je ne veux pas être perçu comme « le macronien de service ». Beaucoup de choses m’ont déçu au cours de ce premier quinquennat. Et je n’ai jamais hésité à le dire. Et puis, j’ai vécu une formidable humiliation lorsque France Culture a organisé une rencontre entre Macron et les intellectuels en mars 2019. Il y avait là, à l’Elysée, une pléiade d’universitaires d’extrême-gauche amis de la station. Moi, je venais de publier un livre de 400 pages sur l’idéologie macronienne, j’étais LE macronologue de France Culture et personne n’a pensé à m’inviter… J’en ai eu gros sur la patate. Les gens de l’Élysée auraient pu avoir l’idée de suggérer mon nom, non ? Mais les intellectuels ne sont guère reçus à l’Élysée. On n’y respecte que les technocrates et les entrepreneurs. En ce moment, je commence à bosser pour le think tank de Blanquer, le Laboratoire de la République. Je m’y occupe des intellectuels, justement. Il y a bien des sensibilités, au sein de la macronie. La mienne est laïque, universaliste, émancipatrice… et anti-woke !

Je trouve admirable que des personnes qui ont façonné ce monde qui les désole aient l’honnêteté et le courage de s’en détacher, ainsi Finkielkraut ou le regretté Luc Rosenzweig. Je vous ai connu il y a quarante ans, vous représentiez l’aile gauche d’un fanzine de droite. Comment avez-vous fait pour finir par incarner l’aile droite à France Culture?
Ah oui, Jalons, où je « dirigeais » la tendance de gauche, archi-minoritaire, « Socialisme ET Barbarie ». L’aile droite s’appelait « Nazisme et Dialogue » ! On s’est bien marrés. L’idée était de dégonfler les baudruches idéologiques en faisant des parodies. Le courant dominant n’était pas du tout facho, comme certains se le sont imaginés par la suite, mais plutôt anar de droite. Être à Jalons m’a été beaucoup reproché, au Sénat. Une sénatrice m’a menacé de me faire virer si je ne les quittais pas. Mais à l’Élysée, j’avais reçu des encouragements. Jacques Attali m’avait dit : « Ces jeunes trublions ont une vraie influence, il est excellent et souhaitable qu’il y ait des gens de gauche parmi eux ». À France Culture, ces vingt dernières années, j’ai peut-être représenté le libéral de service. Je faisais sans doute partie de la « diversité », en somme… En tous cas, je peux vous dire une chose : j’y ai toujours bénéficié d’une liberté de parole totale. Alors que cela n’a pas toujours été le cas dans la presse écrite. Même quand j’ai attaqué ce que j’ai baptisé « le Parti des Médias » dans Le Figaro, ils ne m’ont pas viré. Et, à France Culture, ils savaient très bien que je parlais d’eux… 

Ok Millennials ! Puritanisme, victimisation, identitarisme, censure… L’enquête d’un « baby boomer » sur les mythes de la génération woke (éditions de l’Observatoire, 336 pages, 21 €) 


Entretien Bertrand Burgalat