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« AU SECOURS, JE SORS AVEC UN GEN iZi ! »

generation izi

Notre reporter de l’intime Tom Connan, 24 ans au compteur, a traversé une épreuve terrible : il a vécu une histoire avec un « moins de 20 ans ». Témoignage.

J’ai beau être un millénnial hystériquement connecté à tout ce qu’il y a de beau en ce monde, je ne me sens pas moins largué face à la tonitruante Gen iZi – dont les pulsions numériques atteignent un niveau de radicalité encore inégalé à ce jour. Et ce n’est d’ailleurs pas toujours pour me déplaire.
Qu’on se le dise : ces moins de 20 ans (pour faire simple) n’y vont plus par quatre chemins lorsqu’il s’agit d’appréhender les relations sociales, affectives, et la vie en général. Moi qui distinguais encore il y a peu l’URL (le numérique) et l’IRL (la réalité), mes quelques vagabondages avec quelques un(e)s de ces terriens m’ont convaincu d’une chose : pour les iZi, le digital est la réalité, et vice-versa.
La chose m’était d’abord apparue de façon saugrenue lorsqu’un jeune belge m’avait proposé, il y a de ça quelques années, qu’on « se mette ensemble » de façon purement virtuelle. J’avais cru à la blague, voire au foutage de gueule, avant de me rendre compte que la démarche transpirait la sincérité : ce mec, que nous appellerons Max, ne se contentait pas de me bombarder de mots sur Messenger pour entretenir la flamme, il m’envoyait des gifs personnalisés, des émojis tout mignons et des vocaux qui le rendaient finalement très réel, au plan des sensations ressenties.


ESPRIT EN RUPTURE

D’autant qu’il exigeait qu’on s’endorme chaque soir « ensemble », en laissant le téléphone allumé sur notre table de chevet. Tout marchait comme sur des roulettes, mais l’appel du slip m’avait tout de même, au bout de quelques mois, donné l’envie de lui proposer qu’on se voie « en vrai ». Quelle ne fut pas mon erreur ! À peine quelques jours plus tard, le Max commença à me parler mal, puis finit par me bloquer définitivement des réseaux – donc, de partout. Il m’avait rayé. Comme ça. Car j’avais enfreint la règle.
Alors, bien sûr, d’autres « cas » sont plus doux, tout du moins plus centristes en matière numérique et célèbrent comme au bon vieux temps les vertus de l’échange direct, physique, dans une sympatoche soirée au Dépôt, autour d’un bon cocktail ou plus bourgeoisement à l’intérieur d’une salle de ciné – lorsque ceci était encore possible. Et on croise même certains « iZi » nettement réfractaires par rapport à cette prédominance du numérique dans la vie quotidienne, à vrai dire. Rien d’homogène, donc, chez ces trublions dopés à la fibre.
Mais même ceux-là, même les plus anti-iZi de ces iZi portent en eux une spécificité très marquée, que j’aime à appeler une radicalité. Car, au fond, le point commun qui semble unifier ces infinies nuances de digitalisation, c’est un esprit « déter », ultra-horizontal et en rupture par rapport à toutes les institutions – pour celles qui sont encore debout. Alors que nous, les millénnials, avions encore une vague estime pour l’école et les études, qui nous paraissaient être la seule voie possible pour s’insérer ensuite quelque part, la Gen iZi s’en bat souvent les couilles.
Ils savent pertinemment que Google répond à la plupart de nos questions (avec une acuité de plus en plus grande) ; que la force de frappe d’un YouTubeur peut être supérieure à celle d’un programme TF1 ; et, par-dessus tout, ils ont conscience qu’on peut effectivement se lancer dans à peu près n’importe quoi avec un bon laptop. Qu’il s’agisse de bâtir une marque de vêtements, une plateforme de dropshipping ou une chaîne consacrée à l’ASMR. Et ils ont raison, ces tarés !
Alors effectivement, ils ne s’encombrent plus (beaucoup) de ce qu’on rabâchait encore à des gens comme moi, et qu’on pourrait résumer par l’idée qu’il faut apprendre avant de pratiquer. Pour les enfants des réseaux, la pratique prime, ou en tout cas vient en même temps et au même niveau que la théorie. C’est la génération du Faire, alors que la précédente était plutôt celle du Comprendre.


MANQUE DE PARCIMONIE

Ce n’est pas pour rien que les iZi ont l’exécution dans le sang : depuis qu’ils ont atteint l’âge de raison, un grand nombre d’entre eux savent faire des photos (ok, c’est facile), des vidéos (déjà un peu moins), du montage (clairement pas évident !) et même du fond vert (qui suppose une vraie maîtrise de l’éclairage) ! Et je ne parle même pas des rôles à la fois de producteur, de diffuseur et d’attaché de presse qu’ils endossent parfois avec panache avant même d’avoir le droit de voter. Ils vont vite et se reconnaîtraient sans doute dans le concept selon lequel « le coût du retard est supérieur au coût de l’erreur ». Qu’importe de se planter, l’essentiel est d’avancer, et le plus vite possible.
Dans ce contexte, on ignore comment certains se demandent encore pourquoi notre énergique cohorte vote davantage pour les extrêmes. C’est une génération radicale, vous dis-je ! Et rien n’y échappe, surtout pas la politique !
Certes, la génération iZi a tendance à se politiser différemment de ses aînés, et à déserter encore davantage les instances traditionnelles d’engagement, mais c’est au service d’un élan bien plus puissant en faveur de larges « causes » telles que l’environnement avec la figure de Greta Thunberg, du féminisme avec le mouvement MeToo, ou de l’anti-racisme avec le sursaut BlackLivesMatter.
Pareil à droite, où les très jeunes réac’ ne se contentent plus de traîner chez Les Républicains et consorts. Ils kiffent Zemmour, Raptor et Papacito et trouvent que Marine est une vraie gauchiste, voire carrément une collabo. Pour un iZi, rien n’est jamais assez radical.
Même si les mobilisations virales ne sont pas toujours suscitées par les plus jeunes, un court voyage dans la galaxie Twitter permet de se rendre compte que la ferveur de ces causes – et leur développement permanent – tient en grande partie à l’action intempestive de la Gen iZi. Pour le meilleur et parfois pour le pire, si l’on en juge le manque de parcimonie dont ils font parfois preuve s’agissant de la cancel culture, par exemple.
Mais n’oublions pas que l’irrépressible pandémie que nous vivons actuellement frappe les iZi de façon quasi-diabolique : à l’heure des premières cuites, des premières années d’études, et pour les plus vieux, du début d’activité professionnelle, tout semble se refermer devant eux. Le digital joue aussi le rôle de refuge, voire de sanctuaire pour cette (nouvelle) génération sacrifiée.
Alors même s’ils nous les brisent un peu (beaucoup) avec TikTok, les hashtags incompréhensibles et les épais filtres Instagram, qu’on ait pitié de leurs âmes ! Surtout qu’avec la mécanique imperturbable de la Silicon Valley, d’aucuns nous prédisent que les plus jeunes d’entre eux pourraient vivre jusqu’à 1000 ans ! Mieux vaut ne pas trop les contrarier…


Par Tom Connan