Yann Moix :  » Y’en a qui vont morfler ! « 

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En couverture de Technikart ce mois-ci, on retrouve notre ami Yann Moix. Ce vilain petit canard des lettres parisiennes – trop occupé à transposer son Podium en film et à enquiller les livres à la vitesse d’une Nothomb sous amphét’ – restait dans son coin alors que ses camarades s’affichaient fièrement à la une de ce magazine. Dix ans plus tard, on le retrouve avec son rond de serviette à i-Télé et bientôt chroniqueur auprès de Ruquier pour On n’est pas couché. Il publie même son dernier livre, Une simple lettre d’amour. A part ça, il est toujours aussi tête à claques et doté d’une mauvaise foi de compétition. Quatre jours avant la sortie de notre nouveau numéro, on vous balance en exclusivité des extraits de son interview. On vous prévient tout de suite : vous allez adorer le détester.

Tu commences à On n’est pas couché à la rentrée. On peut s’attendre à quoi ?
J’irai faire le strict inverse de ce qu’aurait fait un Nicolas Bedos ayant eu le poste. Je n’y serai pas pour parler ni de mes goûts, ni de moi. Je lirai les bouquins des essayistes et des politiques avec une acuité démentielle, et je ne les lâcherai pas. Il n’y aura pas de crise, pas d’insultes, mais s’il y a la moindre imprécision, je ne lâcherai pas. Ce que je reproche aux chroniqueurs en règle générale, c’est qu’ils parlent sans arrêt d’eux-mêmes. Ils ratissent toujours large sur leurs sujets, ce qui fait qu’on retombe toujours dans les mêmes affres. Le racisme, Le Pen… Finalement, c’est une façon de tourner le débat en discussion de bistrot : « J’ai pas bossé, alors je vais te demander ce que tu penses de Le Pen ». Et hop ! C’est parti. On perd le contenu au profit du conflit et des éclats de voix. Je vais me défouler sur les essais de manière très tenace et pointue – y’en a qui vont morfler ! -, et m’assouplir quand vont venir les créateurs – même s’ils ne sont pas bons.

Même un David Foenkinos ? En novembre dernier, tu as refusé de te rendre au traditionnel déjeuner du Renaudot, sachant que l’auteur de Charlotte te succédait au palmarès…
Ah là, je ne sais pas ! (Rires.) Je ne le connais pas mais je trouve qu’il y a un truc qui sonne faux chez lui. Tu sais, le mec qui écrit sur la fidélité et qui met son 06 en première page de son livre en séance de dédicaces. Ou qui pense être capable d’écrire sur la Shoah, sur la souffrance de ceux à l’intérieur des chambres à gaz… C’est grotesque. Mais bon, j’aurais toujours du mal à attaquer les écrivains. Les essayistes, c’est différent : ils vont sans doute passer quelques mauvais mo- ments avec moi.

Que ferais-tu face à un invité comme BHL ? On sait que tu as débuté grâce à lui, on t’a déjà épinglé dans Technikart pour vos renvois d’ascenseurs au moment de la sortie de vos films respectifs.
Je ferais comme avec n’importe quel invité. Il n’est ni mon parrain – ça veut dire qu’on est redevable envers quelqu’un -, ni mon mentor – ça voudrait dire qu’intellectuellement, on a tout pris d’une personne… Il a fait appel à moi pour Le Jour et la Nuit (pour que Moix écrive une critique de complaisance du film, ndlr.), et ne l’a plus jamais fait par la suite. BHL, ça reste celui qui m’a lancé, mais on n’est pas d’accord sur tout. Sur la Libye par exemple. Lui pense que tous les ennemis – tous les dictateurs – se valent. Moi, c’est Daesh qui me fait horreur, et s’il faut faire un choix entre l’État islamique et Bashar el-Asaad… Bernard est trop droits-de-l’Hommiste à mes yeux. Et, pour moi, les droits de l’Homme, c’est un égalitarisme intransigeant. Avec Serge Atlaoui en Indonésie par exemple, plutôt que de dire humblement à ce pays d’être clément avec ce citoyen français, on râle au nom des droits de l’homme. Alors que je ne vois pas pourquoi on viendrait avec des principes qui datent d’il y a 250 ans pour leur dire : « Non, c’est pas comme ça qu’il faut faire ».

Sur ce sujet-là, te sens-tu proche des positions de ton prédécesseur Éric Zemmour ?
Non, car il est, à mon sens, sur sur une ligne pathologiquement – névrotiquement – anti-arabes. Dans sa grille de lecture, il y a un problème avec les arabes : s’ils ne «rentrent pas chez eux» au plus vite, ils vont nous remplacer. Alors que « chez eux » est un endroit imaginaire, et la «France éternelle» – blanche avec des limites bien définies – n’a jamais existé.

                                                                                       Entretien Baptiste Liger et Laurence Remila




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