Trop gore Nicolas Winding Refn ?

NeonDemon

Les initiales du réalisateur qui se baladent façon sigle de haute-couture sur le somptueux générique d’ouverture tiennent autant du pur geste mégalo crispant que de la parodie pub amusante. C’est surtout une vraie note d’intention, qui annonce dans le même mouvement la dimension satirique du projet et son principe théorique, en l’occurrence garnir d’une dimension personnelle une imagerie vide par essence – celle de la publicité. Ne pas se gourer, donc, la vacuité ici c’est seulement le sujet et pas la teneur du propos. En poussant à leurs limites des motifs éculés depuis plus de vingt-cinq ans par les as de la réclame (stroboscopes agressifs, flares incessants, cadres ultra-symétriques…), Refn se met à ressembler à un chimiste trompe-la-mort qui s’injecte un poison pour mieux trouver son antidote. C’est une fable sur le culte idiot de la plastique, mais ça fonctionne surtout comme un portrait flashy-tristoune d’une nymphette dévorée par la mélancolie. Le barnum chromé et rutilant qui en découle brocarde autant qu’il subjugue, électrise autant qu’il mélodramatise : derrière l’ivresse des flashes et la folie des bpm ne subsiste que le goût de la solitude. Mine de rien, c’est la première fois que Refn filme ses personnages avec un tel souci d’incarnation, lie organiquement ses visions à son projet, trouve une substance poétique derrière ses dispositifs. Tiens, on dirait qu’un cinéaste est né.

Actuellement sur les écrans

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FRANCOIS GRELET 


Paru dans Technikart #202, juin 2016




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