Steve Toltz : « J’ai écrit un roman avec une forte influence autobiographique »

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Votre meilleur ami est un boulet ? Pas grave. Faites-en un roman.

Il faut savoir prendre son temps. Six ans, c’est en effet le temps qu’il aura fallu à l’Australien Steve Toltz pour signer son grand retour. Aujourd’hui à Brooklyn, Afficher l'image d'originel’écrivain a choisi de prendre son temps. Avec minutie, comme l’horloger suisse, il retravaille les rouages de ses romans pour articuler le tout à la perfection. « J’écris beaucoup, je ne retiens pas ma plume, mais pour vingt pages écrites, j’en jette dix-neuf à la relecture ». Peu importe l’attente des éditeurs et l’impatience des lecteurs, ces bouquins ont besoin de maturation. Son premier roman, le génial Une Partie du tout, il avait déjà mis plus de cinq ans à le rédiger. Résultat, une tragicomédie sur la peur de la mort qui a séduit à la fois le public et la critique.
Malgré les attentes, Steevie (oui, appelons-le comme le roi de la nuit du Mans) a reproduit le même processus pour son deuxième livre : « Je me suis dit que j’allais écrire un roman avec une forte influence autobiographique » , précise-t-il. « La chose la plus difficile dans l’écriture d’un second roman, c’est de réaliser avec horreur que ce n’est pas plus facile que le premier. On recommence de zéro. » Dans Vivant, où est ta victoire ?, le lecteur suit ainsi les tribulations d’Aldo Benjamin, un entrepreneur loufoque au penchant suicidaire, qui survit tant bien que mal dans une société où il est un véritable aimant à problèmes.
Dans le rôle de l’Ange gardien, Liam, un écrivain raté, devenu policier, qui se prend d’affection pour le triste bougre. Faillite à répétitions, dettes de jeu, saccage du mariage de son ex-femme, accusation de viol et de meurtre, tentatives de suicide : chaque fois que le téléphone de Liam retentit, il part voler au secours de son ami. La vérité, c’est qu’il ne peut l’abandonner, il a trouvé en son ami le sujet romanesque qu’il attend depuis si longtemps.

 

FAUTEUIL ROULANT
Romancier énigmatique, Steve Toltz aime distiller des indices sur sa personnalité. « J’aime les personnages qui ont des idées et qui ne reculent devant rien, héros, anti-héros, c’est au lecteur de décider. Je compose juste des personnages à partir de mon propre ADN, je ne peux pas les changer de la même manière que je peux pas changer mon odeur. Je me suis amusé à glisser un peu de moi-même dans deux personnages au caractère opposé ».
Après une maladie rare, le malheureux se retrouve quelques mois dans un fauteuil roulant et décide de faire subir le même sort à son protagoniste. « L’impact psychologique de cet accident transpire dans chaque page de Vivant, où est ta victoire ? » Mélange rare de cynisme et de tendresse, ce roman emprunte autant à l’humour noir de Gombrowicz qu’aux contes philosophiques des Lumières. L’amitié entre ces deux bouffons tragiques sert de toile de fond à un roman satirique, à la fois franchement drôle et acide, sur les vices qui rongent notre société. Un peu à la manière des frères Coen ou de Woody Allen que Steve Toltz vénère, il a fait du rire jaune sa marque de fabrique. On en redemande, mais on commence à connaître le kangourou : comptez sur lui pour ne pas se presser !

VIVANT, OÙ EST TA VICTOIRE ?
(Belfond, 450 p., 22,50€ )

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LÉONARD DESBRIÈRES


Paru dans Technikart #199, mars 2016

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