Sharlto Copley, acteur maso-punk ou génial weirdo ?

hardcore-henry-2015-sharlto-copley

L’acteur sud-af’ Sharlto Copley (District 9) est l’un des principaux cobayes d’Hardcore Henry, barnum aussi épique que fauché tourné intégralement en POV et en Russie. Rencontre avec le plus weirdo des héros d’action next-gen.

Sharlto, comme Hardcore Henry est filmé entièrement en caméra subjective, ton job consiste en gros à faire le zouave face à la steadycam qui « incarne » le héros du film. On ne sent pas un peu seul dans ce cas-là ?
Sharlto Copley : Un zouave solitaire, purée, c’est exactement comme ça que je l’ai vécu ! Mais c’est rigolo : vous avez constamment des machinos autour de vous qui en bavent trois fois plus, c’est réconfortant. Et puis, expliquer des missions commando complexes à une caméra, ça vous donne l’impression d’être un clodo bourré et schizophrène qui parle tout seul en se croyant dans Call of Duty, ou dans un film de Michael Bay. Un sentiment unique ! Je crois que je suis prêt à faire du stand-up, maintenant.

Depuis District 9 de Neill Blomkamp, on dirait que les projets do it yourself aux côtés de jeunes réals débarqués de YouTube est devenu ton grand truc…
C’est très finement observé, ça. Je crois qu’en bossant avec Ilya (Naishuller, découvert avec le clip viral Bad Motherfucker, ndlr), j’essaie effectivement de reproduire l’aventure artistico-geek qu’on a vécue avec Neill. D’abord parce que je suis un partisan viscéral du DIY, je suis un nerd indécrottable. Ce que je préfère, en tant qu’acteur mais aussi en tant que co-prod’, c’est cette étape où vous tentez de convaincre les argentiers du business de vous financer en leur montrant vos conneries bricolées dans le garage.

Sauf qu’aujourd’hui, les petits jeunes fraîchement sortis de leur garage finissent par réaliser Jurassic World
Oui, et c’est un peu ce qui s’est passé avec Neill : District 9 a soufflé tout le monde, on a pu ensuite faire Elysium et Chappie. On a donc bourlingué à travers les couloirs de l’industrie hollywoodienne. Et il faut dire que la plupart des gens s’y emmerdent sec ! Enfin, c’est mon cas depuis que j’ai trempé un orteil dans l’industrie : à part dans les studios d’effets spéciaux comme AFX, remplis de jeunes binoclards qui inventent des trucs géniaux, je ne m’éclate jamais très longtemps à Hollywood.

Après le costume d’Elysium et la performance motion-cap’ de Chappie, tu joues encore le cobaye dans Hardcore Henry : c’est presque un film sur toi, l’acteur-prototype de la jeune SF sauvage…
Quand je m’agite dans Henry, il faut bien se dire que tout est fabriqué dans des conditions de crève-la-dalle : c’est le réal, le chef-op’ ou le machino qui jouent eux-mêmes le héros qu’on ne voit jamais, tandis que je me cogne aux murs ou me rétame par terre sans tricherie, rien que pour les besoins du script. Je suis cune sorte d’Andy Serkis du pauvre, on peut m’abimer, me filer des coups et puis me réutiliser.

C’est vrai ça,  tu as vraiment souffert ?
Tu plaisantes ? Ça a été un putain de triathlon ! On a tourné en Russie, seuls quatre techniciens parlaient anglais, les scènes de poursuite en bagnole ont été tournées sans qu’on puisse bloquer la circulation. Ça a donné des situations rocambolesques… J’ai même cru que j’avais tué un cascadeur russe. Te marre pas : j’ai vécu le plus grand effroi de ma vie. On devait percuter un type en voiture, le cascadeur s’éjecte de la caisse comme prévu, sauf qu’il reste inerte en plein milieu du bitume… On fait demi-tour, complètement flippés, on met trois minutes à revenir sur place à cause des sens interdits. Là, on voit le mec se relever, le visage tuméfié, et balancer avec la voix de Boris Eltsine : « C’était cool ! On a assez de fric pour la refaire en mieux ? » Si ça ce n’est pas du punk, je ne sais pas ce que c’est.

ENTRETIEN YAL SADAT

Hardcore Henry de Ilya Naishuller, actuellement en salles


Paru dans le Technikart #200, avril 2016

Technikart-200




Il n'y a aucun commentaire

Ajoutez le vôtre