RAMA YADE : « SARKOZY ? UN MEC DES CITÉS ! »

Rama Yade

Banlieues, CDI, écologie… L’ex-star de la droite fait son come-back dans l’indifférence générale à la tête d’un micro-parti improbable. Dommage. C’est peut-être l’une des seules qui mérite qu’on vote pour elle en 2017. Et si c’était justement celle qu’on attendait? On rigole, bien sûr.

Rama Yade, vous êtes candidate aux présidentielles avec un nouveau parti (La France qui ose). C’est quoi exactement comme mouvement ?
Rama Yade : C’est une coopérative politique qui réunit cinq formations (L’Alliance écologiste indépendante, le Cercle de la diversité, Démocratie 21, le Parti libéral démocrate et le Rassemblement éco-citoyen) et rassemble près de 50 000 sympathisants. Des militants écolo, des responsables associatifs, entrepreneuriaux, etc. Tous ceux qui, depuis la société civile, inventent des solutions sur le terrain pour pallier les incuries des pouvoirs publics. Nous sommes la mobilisation des sacrifiés de la démocratie, des invisibles de la République…

OK, mais vous êtes droite ou de gauche ? Parce que votre programme, c’est autant du José Bové (TVA environnementale, interdiction des pesticides) que du Besancenot (garantie locative universelle, gratuité des soins dentaires) ou du Fillon (assouplissement du CDI, baisse des charges) …
Je suis de « drauche », voyons (rires) ! Vous savez, quand on fait campagne en dehors des grands partis, on n’a pas beaucoup d’argent mais on peut être enfin soi-même. En ce qui me concerne, à la fois de gauche, de droite, écologiste et libérale, mais une vraie libérale politique au sens de la Révolution française. C’est-à-dire contre les monopoles et pour l’innovation à condition de prendre en compte une dimension sociale. Autrement dit, je ne pense pas qu’on puisse être libéral et contre le mariage gay, par exemple. Ni soutenir Poutine, l’Iran ou les multinationales.

C’est vrai que vous voulez supprimer le financement public des syndicats, privatiser Pôle Emploi, etc. ?
Absolument ! Les syndicats coûtent 4 milliards d’euros à la collectivité. Et qu’ils soient de gauche ou de droite, tous vivent à plus de 70 % de fonds publics. Et tout ça pour quoi ? Pour représenter seulement 7 % des salariés dont à peine la moitié dans le secteur privé. Mais quel scandale ! S’ils veulent devenir de vrais représentants de la société française, je crois qu’il faut changer tout ça, non ? Quand on prétend réformer la société française, il faut d’abord réformer ses syndicats, c’est la base. Quant à Pôle Emploi, j’aimerais déléguer son service à des modèles de start-up dont certaines à l’étranger réussissent à placer jusqu’à 30 000 chômeurs par an ! Et à réaliser au passage un million de chiffre d’affaires… C’est tout de même mieux que de payer 53 000 agents, soit 5 milliards d’euros, pour trouver du travail à seulement 4 % de chômeurs par an. Autant utiliser leurs compétences autrement. De toutes manières, c’est ça ou les virer. Parce que la vérité, c’est que si la droite revient au pouvoir, c’est ce qui va se passer.

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Rama Yade au restaurant La Belle Armée, 75116 Paris   Photo : Guillaume Landry

En 2007, vous étiez la chouchou du président Sarkozy. Aujourd’hui, vous ne mâchez pas vos mots sur lui. Qu’est-ce qu’il s’est passé ?
Il m’a nommée Secrétaire d’Etat aux Droits de l’homme et peu après, il vendait une centrale nucléaire à un terroriste qui a tué des Français. Le terroriste lui a dit qu’il avait changé, Sarkozy l’a cru, mais pas moi. Je parle de Kadhafi, bien sûr, mais il y a eu aussi Ben Ali (l’ancien dictateur tunisien), Denis Sassou-Nguesso (le président du Congo), etc. Et quand mon poste a commencé à devenir un peu encombrant, il a voulu me présenter comme tête de liste aux élections européennes. J’ai refusé, je ne souhaitais pas qu’on utilise l’Europe pour régler des problèmes politiques internes. Alors, on m’a dit : « On ne répond pas non au monarque ». Et là, ça a été le début de la fin.

Vous en parlez comme d’une rupture amoureuse …
Je l’admirais, c’est vrai. Et en même temps, notre première rencontre était d’une telle déception. A peine présentés, il me dit : « Vous avez fait Sciences Po et vous venez de banlieue, c’est ça ? » Quelle douche froide ! Mais j’adorais son profil international, sa contestation du système établi (le chiraquisme à l’époque, ndlr), cette manière d’être en rupture au sein même de la droite, etc. Quelque part, il ressemblait beaucoup aux mecs des cités. Il avait cette volonté de s’en sortir, même s’il venait de Neuilly (rires), de passer du bout de la table à la présidence de la table. Et puis vers 2008-2009, quand arrive la crise économique, il lâche cette phrase que tout président français dit à un moment : « Le pays est éruptif, on ne bouge plus ». Sachant qu’il ne maîtrisait plus ni l’économie, ni la croissance, il s’est mis à faire du Patrick Buisson, à raconter des conneries qu’il ne pensait pas du tout. Et c’était peut-être ça le plus choquant, parce que les gens, eux, y croyaient. Il a contribué à radicaliser les militants de l’UMP. A l’époque, ils me faisaient une ovation. Aujourd’hui, je serais bien incapable de leur dire ce qu’ils veulent entendre…

ENTRETIEN OLIVIER MALNUIT
PHOTOS GUILLAUME LANDRY 

… L’intégralité de l’entretien dans le Technikart #204, septembre 2016 

tehcnikart204 




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