Que va-t-on voir au cinéma cette semaine ?

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Nos chroniqueurs cinéma ont sélectionné leurs coup de coeur cinématographique parmi les sorties du 17 juin. On y retrouve le troisième film du britannique Peter Strickland, The Duke of Burgundy– un miracle qui réussit la jointure rêvée entre des obsessions déviantes et un cinéma fédérateur – ainsi que la toute dernière production des studios Pixar, Vice Versa – des larmes de joie et de tristesse pour les petits et les grands. Rendez-vous avec le 7ème Art.

THE DUKE OF BURGUNDY, PETER STRICKLAND

The-Duke-of-Burgundy3-xlargeCe qu’il y a de dommage dans le cinéma fétichiste, c’est qu’il rime trop souvent avec cinéma autiste. On a beau adoré L’Étrange couleur des larmes de ton corps de Forzani & Cattet, on n’irait pas forcément le conseiller à notre tata des Yvelines qui ne s’est toujours pas remis du nouveau Stéphane Brizé. Dans The Duke Of Burgundy, Peter Strickland, une sorte de Forzani & Cattet solo, chauve et briton, décloisonne ce territoire de cinéma-là en le trempant dans le mélo victorien. Ici le bondage s’acoquine avec les grands sentiments, Jess Franco dialogue avec Downtown Abbey, et les inserts déviants se font systématiquement rattraper au vol par la douceur de la romance. On pourrait presque s’imaginer que notre tata en ressorte émue, et se découvre soudainement un destin de domina. A quoi ça tient au fond ? Quand est-ce que les murs pètent pour de bon, et que ce cinéma d’initié vrille suffisamment sur lui même pour devenir simplement du cinéma ? Il faut, derrière l’imagerie post-giallo sompteuse, les lumières tamisées et les râles scandés par la bande son, se trouver un sujet forcément (The Duke… reprend le thème classique de la relation entre dominant et dominé sur son versant lesbos, et refait le coup classique de la dominée qui devient la dominante). Mais il faut aussi, surtout, que l’exercice de style ne tienne pas qu’à simple décorum méchamment sophistiqué, et traduise pile les tourments intimes de ses personnages. Jetlagué au dernier degré et enchaînant les verres de vin blanc pour tromper la fatigue, Peter Strickland nous explique qu’au fond tout ceci pourrait bien être un sacré coup de bol : «Je n’ai jamais pensé le film comme une main tendue vers le grand public – on parle quand même d’une oeuvre où des lesbiennes se pissent dessus et s’attachent avec des cordes pendant 1H45, non ? Mais c’est vrai que mes deux films précédents, Kathalin Varga et Berberian Sound Studio, tenaient plus de l’autoportrait, cherchaient avant tout à exprimer mon propre rapport vis à vis d’un certain type cinéma. C’était aussi le programme de celui là! Je me suis rendu compte au fil du tournage que The Duke… allait être un film un peu moins égotiste, plus axé sur l’empathie, mais ça m’a surpris moi même. Je vous le jure. On a tourné le film avec telle- ment peu d’argent que je m’étais juste dit: “Sur ce coup là, fais toi plaisir, filme tes obsessions persos, ne te pose pas de questions, les autres tu t’en tapes…”». Coup de bol ou miracle, The Duke Of Burgundy ne s’envisage donc pas le récit d’une métamorphose programmée, mais doit plutôt se vivre comme le moment charnière où un cinéaste plie inconsciemment ses lubies à son sujet, où ses théories s’effacent pour de bon devant son savoir faire et ses intuitions : « Tout le monde m’interroge sur la race de papillons qui donne son titre au film et hante l’inconscient de mes héroïnes. Je suis incapable de vous expliquer ce que ces papillons foutent là. Ce n’est pas une coquetterie, hein. C’est juste qu’à un moment j’ai senti que ces putains d’insectes donneraient à l’image la texture particulière pour incarner la romance, à la fois rêche et douce, que je voulais raconter. C’est dur à expliquer mais vous l’avez forcément ressenti, non ? ». À travers l’histoire d’amour tordue entre une riche intello et sa domestique, derrière la vio- lence des coups de triques et la douceurs des branlettes matinales, Strickland a élaboré un drôle de prototype ciné, nourrie par des dé- viances de gourmet et parcouru par un instinct de pur cinéaste. Un fétiche que l’on a pas fini d’agiter.

            François Grelet

VICE-VERSA, PETE DOCTER
Capture d’écran 2015-06-17 à 14.43.15La chute de la maison Pixar aura finalement été toute relative. On connaît plein de gens qui pensent que Toy Story 3 est le meilleur film du studio. Cars 2 a ses fans ici-même, tout le monde est d’accord pour ne pas prêter trop d’attention à Rebelle et Monstres University. La question, au fond, n’était pas celle de la qualité réelle des films, mais d’un ressenti global. Ce n’est pas que Pixar était devenu mauvais, juste que Pixar n’était plus vraiment important. Troisième Pete Docter (après Monstres et cie et Là-haut), Vice-Versa voudrait tout restaurer d’un coup : la légende des auteurs-maison, le concept qui tue (les émotions personnages), l’aisance comique, l’aventure roller-coaster, le trait cartoon. Tout tombe d’ailleurs à peu près juste, drôle quand ils veulent, émouvant quand il faut, rapide et inventif tout le temps. Malgré un problème de fond (les personnages uni-émotionnels/unidimensionnels), on goberait presque le storytelling du grand come back, du « à nouveau comme avant» et de Pixar redevenu Pixar. Mais presque seulement. La question, au fond, n’est pas celle de la qualité réelle du film, mais d’un ressenti global. Pixar est sans doute redevenu très bon, mais pas aussi important.

Léo Haddad

 




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