Pourquoi Romain Levy prend-il son temps ?

Romain Lévy

Depuis la sortie de l’excellent Radiostars, le très côté Romain Lévy avait un peu disparu des radars du ciné français. Bientôt en tournage de son second film, Gangsterdam, va-t-il se décider à rattraper le temps perdu ?

 

Si, depuis avril 2012, Olivier Barroux a eu le temps de sortir quatre films, Romain Levy, lui, planche toujours sur son deuxième. Aurait-il mis du temps à digérer un succès en trompe-l’œil, réclamé de toutes parts sans avoir accouché d’un vrai hit ? Son Radiostars n’a en effet pas touché le jackpot (moins de 600 000 entrées), mais il a tapé fort dans l’œil de la profession et de la presse : le garçon est devenu un cinéaste cool, en vogue, là où il aurait préféré être l’auteur d’un vrai film populaire. Et ça l’a un peu paumé, forcément. « J’ai trouvé le ton de Radiostars en faisant la liste de tout ce qui m’avait agacé dans les comédies françaises : les apparts trop grands pour des mecs qui gagnent trop peu, les décors “rigolos”, les pères qui ne ressemblaient pas à leurs fils, les trotteuses musicales pour masquer les scènes pas drôles, les dialogues qui sentaient le papier…  Et ça a plu à certaines personnes…  Sauf qu’après ça, je voulais mettre du sens partout. J’avais un nouveau statut, du crédit et ça m’a complètement étouffé. Je me suis isolé, je me suis méfié de tout le monde, ce qui m’a conduit exactement là où je ne voulais pas aller : dans la position du mec qui a le boulard. »

BAD GUYS, AFFECT ET INTRIGUES
Une bonne année et demie de prise de tête donc, pendant laquelle Levy trouve le temps de co-scénariser le très mimi Situation Amoureuse pour son copain Manu Payet, puis  l’effroyable Les Gorilles pour le compte de LGM – un job où sa quête de sens et son désir d’introspection se sont brusquement fait parasiter par le besoin de payer ses impôts. Le retour sur terre s’opère par une prise de conscience frappée du sceau de l’évidence : « être juste un mec qui fabrique des films qui font marrer les gens, rien d’autre. » Ça donne Gangsterdam, un projet bien plus long à écrire que le précédent, parce que situé « dans le registre du film d’aventures, avec des bad guys, des blagues, de l’affect et des intrigues qui s’entrecroisent ». Un film qui a mis pas mal de temps à trouver sa voie, aussi. « Les héros devaient être joués par des jeunes acteurs inconnus de 16, 17 ans, mais c’est compliqué de monter un film à quinze millions sans gueules connues. Et puis je voulais une tête d’affiche, qui tienne lieu de passerelle entre mes idées et le public. Ca m’a gonflé que les gens me disent : Radiostars, c’est super mais on l’a découvert à la télé. »  Cette « passerelle », vous la connaissez déjà si vous lisez attentivement ces pages, ça sera donc notre ami Kev Adams, pour lequel le film a été en partie réécrit, et qui permet enfin au projet de partir en tournage, là, tout de suite, au début du mois de juin. Il devrait atterrir sur nos écrans au début de l’année 2017, cinq longues années après Radiostars. Pas de pression ceci dit, juste l’envie de montrer « que si le précédent tenait un peu la route, ce n’était pas juste qu’un gros coup de bol ».. Le genre de précepte vaguement revanchard et assez modeste qui ne doit pas trop préoccuper Olivier Barroux…

DATES CLÉ

1977 Naissance à Paris
2012 Première réal, Radiostars
2016 Se prépare à tourner Gangsterdam

PAR FRANÇOIS GRELET
PHOTO CHARLÉLIE MARANGÉ


Paru dans Technikart #200, avril 2016
Technikart-200




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