On a testé pour vous : une soirée au Cinéma Paradiso

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Aux abords du Grand Palais, une longue file d’attente s’étendait jusqu’aux jardins des Champs Elysées. 19 heures ? Pas vraiment la file pour les derniers jours de l’expo Velasquez, plutôt celle pour le Cinéma Paradiso – expérience de gastronomie-cinéma-clubbing totalement inédite et attendue avec impatience par les cinéphiles amateurs de bon son. Lancé en 2013, la deuxième édition de Cinéma Paradiso accueillait cette année près de 80 000 visiteurs entre le 16 et le 26 juin : « un vrai succès » selon l’homme à l’origine du projet, Elisha Karmitz, directeur de MK2 Agency. L’occasion pour nous d’aller y jeter un œil.

A la fin du film Cinéma Paradiso, inspiration directe du concept ? Une salle de cinéma, à l’ancienne, transformée en place du village, cœur des relations entre les habitants – de tout âge et toute classe sociale – qui fument, s’embrassent, ou mangent, après avoir passé un bon moment autour d’un film. Telle était l’idée de Cinéma Paradiso, onze jours durant : recréer cette place fictive, dans laquelle chacun pourrait profiter de la gastronomie française, voir un film culte et danser sur des rythmes électro de haute qualité. Le tout ? Au Grand Palais : «c’est vrai qu’à Paris, on a la chance d’avoir une très belle place du village», nous raconte Elisha Karmitz, l’homme derrière Cinéma Paradiso.

« C’était le développement des idées qu’on a chez MK2 depuis 40 ans, réadaptées au contexte actuel, aux nouveaux usages, et à un nouveau public. On toujours pensé les salles de cinéma comme des lieux de vie » précise le jeune directeur de MK2 Agency. Un concept qu’ils ont beaucoup fait évolué en deux ans mais en gardant ce même principe : celui de rendre accessible à tous cinéma, musique et gastronomie dans un même lieu.

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En arrivant, on comprend assez vite cette idée d’«expérience humaine et bouillonante » : le public – plutôt la trentaine contrairement à ce qu’on aurait pensé – semble profiter du lieu, redécoré pour l’occasion avec des miroirs suspendus créant des effets d’optiques selon la lumière du jour. Chacun vient y boire un coup dans les fatboys installés à l’entrée ou y faire une partie de baby-foot géant en attendant le début de son film : The Big Lebowski, Le Cinquième Element, Titanic, Reservoir Dogs, Mommy ou encore l’avant-première de Amy font parti de la programmation. Alors après avoir déambulé au milieu de la foule, fait le tour des food-trucks bobo-écolo, testé les cours de danse et le bowling Chanel, on décide de s’installer dans la salle. Les chanceux (ou les plus riches) se retrouveront au premier rang dans des « lits doubles » – où on leur servira du champagne. Enfin, tout le monde se voit offrir son petit pop-corn, peu importe la catégorie de prix de sa place de ciné’.

Première surprise en s’asseyant : le casque. « Y’a une résonnance extrêmement importante, cette idée répond simplement à une contrainte. Et à partir du moment où on décide de créer deux salles de cinéma, c’est impossible de faire autrement », détaille Elisha. On avait cru le comprendre en se rendant compte que le son de notre film n’avait rien à voir avec l’image. Failed. Un technicien vient nous avertir aussitôt, « vous n’avez pas le son du film Mademoiselle, il faut que votre casque fasse une lumière bleue. » Forcément, la mienne était verte. N’empêche que ces petites lumières créent une belle étendue bleutée dans la salle, juste pour le plaisir des yeux. Peu à peu, le Grand Palais devient silencieux. Le film commence. La nuit tombe et les projecteurs rendent l’endroit magique. Du rose, du bleu, du violet : la verrière est un spectacle à elle seule. (Pratique si vous n’aimez pas le film.)

Après le générique de fin, certains filent mais les amateurs de bon son restent. Avec une line-up comme celle-ci, Cinéma Paradiso rejoint les festivals musicaux les plus à la pointe : près 8 DJ reconnus sur la scène internationale – Cassius, Yuksek, Breakbot, Kavinsky, Recondite ou Oscar Offerman. « On travaille avec des promoteurs, des organisateurs de soirées et on crée ensemble la programmation et la scénographie. Avec SuperBien notamment : chaque soir, c’est une spectacle différent ». Le résultat est impressionnant, il faut l’avouer : un triangle lumineux et un son de très bonne qualité malgré la verrière et la musique de Recondite – DJ d’électro minimal- ne jouant que des basses. Les fêtards dansent et boivent sans fin, mais on s’y sent bien. Jusqu’à 5h45 même, où la lumière du jour envahit le Grand Palais. Une toute autre ambiance, qui valait la peine ne serait-ce que pour Paris au réveil.

Un bilan plus que positif pour les organisateurs en somme. Pour la suite, Elisha voit les choses en grand. « On va essayer de faire des évènements itinérants, plus ponctuels et plus petits. Une version BoilerRoom du Cinéma Paradiso quoi ! L’exporter en Espagne aussi, à Ibiza, Madrid, et à Sao Paulo. » Pas d’inquiétude si vous l’avez loupé cette année donc. On vous y voit l’année prochaine ?

                                                                                                                       Alice Froussard


elisha karmitz par laurent attias- HD

  Portrait chinois par Elisha Karmitz
 « Et si Cinéma Paradiso était… »

Une couleur ?
Rouge, manifestement. La couleur du cinéma, du tapis rouge, de nos fauteuils !

Un lieu ? Bon… autre que le Grand Palais, sinon c’est trop facile !

Je dirais que c’est un concept inventé pour aller dans tous les lieux iconiques du monde. Mon rêve par exemple, c’est de pouvoir lancer une salle de cinéma géante au pied de la Grande Muraille de Chine ou du Colisée à Rome. Tout est possible, il faut avoir des ambitions démesurées !

Un film ?
(Rires) J’ai pas le droit de dire Cinéma Paradiso j’imagine ? Ah c’est pas facile… Parce que le principe, c’est justement cet hommage au film, lui même hommage au cinéma et à sa pratique. Tant pis, je garde Cinéma Paradiso !

Un artiste ?
Ici on a toutes les communautés : des soirées hip hop, reggae, électro, électro-minimale, techno. Il me faudrait un artiste qui ait touché à tous les genres… Hm, les Daft ? Ils ont vraiment essayé d’être dans leur temps et de mélanger les genres. Allez, Daft Punk !

Une personnalité ?
C’est pas une personnalité justement, c’est pour tout le monde. Cannes, c’est pour les personnalités : au Cinéma Paradiso, on a pas de photocall quand elles viennent. Tu vois, il y a deux ans, Guy-Man (ndlr : Guy-Manuel de Homem-Christo, Daft Punk) est venu dîner avec Johnny, personne ne le savait ! On fait pas du tout notre marketing sur les célébrités.

Un pays ?
La France, c’est le point de départ ! L’idée est aussi d’exporter ce concept français à l’international, en y amenant le meilleur de la restauration, de la musique et du cinéma.

Une qualité ?
La générosité ! (Mais il hésite un peu) Enfin, tout le monde va me défoncer si je dis ça en disant que les places sont trop chères… Mais bon, les critiques qu’on a eu, ce sont surtout celles des gens qui ne sont pas venus..

Un défaut ?
(Rires) La patience. Avec autant de monde, tu dois forcément attendre !




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