Marc Dondey peut-il relancer la Gaîté Lyrique ?

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Fréquentation en baisse, programmation flottante et manque de soutien de la Mairie… La Gaîté lyrique, haut lieu de création digitale à Paris, connaît une annus horribilis. Son nouveau patron saura-t-il rectifier le tir ?

La nouvelle a pris le landerneau arty de court. Steven Hearn, l’« entrepreneur culturel » de 44 ans à la tête de la Gaîté lyrique, apprenait en début d’été qu’il ne serait pas reconduit à son poste, le Conseil de Paris lui préférant un certain Marc Dondey. Le reproche fait à l’ancienne équipe ?  « Nous souhaitons, tout en gardant une continuité dans l’identité culturelle construite par Steven Hearn et son équipe, une plus grande ouverture », minimise Bruno Julliard, le monsieur culture de la Mairie de Paris. La Gaîté, dernièrement hôte du festival Futur en Seine mais aussi de concerts de KRS One et de Chassol, trop élitiste ? « Dès la réouverture du lieu, l’ancienne direction a fait preuve de modernité en considérant l’art numérique comme un liant avec d’autres disciplines : la musique électronique, le graphisme, la publicité, le design, les jeux vidéos… », défend le journaliste Abdel Bounane (la revue Amusement, la plateforme Bright…), qui y a dirigé un « creative store » de 2010 à 2013. Il n’empêche, « le rapport au numérique n’est plus le même en 2016, il n’y a plus la même fascination » pointe le nouveau boss, Marc Dondey, dont l’essentiel de la carrière s’est déroulé dans le théâtre public (il a dirigé le théâtre des Amandiers à Nanterre pendant six ans, mis sur pied le Shadok, une fabrique d’innovation numérique et créative à Strasbourg, et assuré la direction des « Entreprises créatives » de l’Eurométropole strasbourgeoise à partir de 2007). À écouter ce diplômé de Yale et Sciences-Po, de nouveaux enjeux – « l’appropriation de technologies qui nous dépassent, la gestion de nos données, le vivre-ensemble dans l’espace public depuis les attentats » – sont désormais à prendre en compte. « Je veux prendre au pied de la lettre le nom de ce théâtre datant de 1862 : “Fabriquer de la gaîté, c’est un engagement politique, un projet citoyen de long terme”. »

À 61 ans, Marc Dondey peut-il vraiment donner un second souffle à ce théâtre rouvert en 2011 ? « Sa candidature nous a convaincus par sa très bonne connaissance des réseaux professionnels et le développement de partenariats, nationaux et internationaux, qu’il proposait », justifie Bruno Julliard. Malgré une baisse des subventions publiques (passées de 5,8 à 4,3 millions d’euros) pour le mandat 2017-2022, Dondey prévoit de sortir l’établissement de  ses murs parisiens. Une « Gaîté nomade », architecture itinérante en forme de dôme, montable et démontable en deux heures, sillonnera le Grand Paris pour multiplier les actions culturelles décentralisées. Et un « Living lab » accueillera des résidences de création travaillant sur de nouveaux formats artistiques aux derniers étages du lieu. « Aujourd’hui, il faut co-concevoir des projets avec les usagers, les habitants, les non-experts, attirer des énergies extérieures », souligne Marc Dondey. Ses équipes devraient donc s’éloigner de l’exposition classique pour privilégier des temps forts, du spectacle, des festivals, plus propices selon le nouveau directeur à recréer du lien intergénérationnel. « Tous ceux qui ne rentrent pas dans les cases ailleurs pourront s’y retrouver », promet-il. Vérification dès l’annonce de la nouvelle programmation en novembre.

Gaîté lyrique
3 rue Papin, 75003 Paris
http://www.gaite-lyrique.net

SARAH DIEP

ILLUSTRATION AUDREY BUSSI


Paru dans Technikart #204, septembre 2016

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