L’expo du mois : Alex Israel & Bret Easton Ellis

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L’expo de Bret Easton Ellis et son pote Alex Israel nous apprend qu’on peut être « riche ET une bonne personne ». C’est bon à savoir.

Chaque année, au moment de la grande cérémonie des Oscars, Larry Gagosian, marchand et propriétaire du plus grand réseaux de galeries de la planète, organise une exposition toujours un peu spéciale, qui doit se faire l’écho de cet évènement hors du commun. Mélangeant ainsi le monde de l’art et celui du cinéma, c’est l’occasion de réunir les talents et les passionnés de chaque champs, et, le temps d’une soirée, la galerie accueille un parterre de stars, producteurs, actrices et autres visages dont les médias sont friands. Leonardo DiCaprio, James Franco, Keanu Reeves, Chloé Sevigny, Gwyneth Paltrow et consorts sont des habitués et, bien souvent, également collectionneurs des artistes de la galerie.

Cette année, c’est un duo inattendu qui fait l’objet de l’exposition : Alex Israel et Bret Easton Ellis.

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Alex Israel

Deux produits de leur environnement, Los Angeles, qui ont la particularité de chacun travailler autour de la question du cinéma et de l’importance de la cité des rêves. Ce qui crée ici une dimension de mise en abîme qui s’avère assez délicieuse. Alex Israel est un artiste arrivé sur la scène internationale il y a assez peu de temps, travaillant essentiellement sur la représentation mythique du cinéma californien, créant de grandes peintures fabriquées et mises en couleur par les
professionnels des studios de la Warner Brothers, questionnant l’imagerie kitsch et colorée de l’industrie du film. Questionnant aussi l’histoire du cinéma américain à travers l’utilisation récurrente d’objets ayant été utilisés sur les plateaux de films anciens, comme la statue du faucon provenant du film Le Faucon Maltais de John Huston avec Humphrey Bogart (1941). On a pu voir son travail ici à Paris à la galerie Almine Rech, ou en savoir plus dans le magazine Frog dont il a fait la couverture… De l’autre côté, Bret Easton Ellis, qui s’intéresse d’ailleurs depuis plusieurs années au cinéma avec plus ou moins de chance…

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Bret Easton Ellis

Le travail produit par Israel et Ellis est dans le prolongement de leurs univers respectifs et autour de l’univers qu’il partage : Los Angeles. Grandes toiles réalisées une fois de plus par les techniciens de studios, les images sont telles des cartes postales géantes de la Californie sur lesquelles viennent s’inscrire des phrases, citations ou créations littéraires signées par Bret Easton Ellis. Sur le carton d’invitation de l’exposition, une seule phrase donnant le ton : « You can be rich and still be a good person. » Sur une des grandes toiles, une plage californienne baignée dans une couleur orangée, celle du soleil. Et, comme une légende, ces mots : « Somewhere in the empty house Jen could hear the Eagles singing “Hotel California”. its deep and hidden meanings revealing themselves in waves »

On retrouve ainsi ce lyrisme et cette tristesse qui parcourent les romans de Ellis, ce sentiment de perte mais aussi une nostalgie pour une époque dorée aujourd’hui disparu, même si le ciel est toujours aussi bleu, et que les lieux, les plages, elles, sont toujours là. Les toiles font aussi bien penser aux grands billboards traversant la capitale du cinéma mondiale, renvoient aussi aux génériques des films produits ici. Transfigurant ce qu’a pu être le cinéma, questionnant aussi ses limites dans un monde devenu image, saturé par des écrans qui mettent en péril le grand écran originel, le travail de Israel et Ellis apparait presque comme un testament d’un monde voué à disparaître, comme si le mot « succès » avait pour synonyme « souvenir »…

GAGOSIAN LOS ANGELES
JUSQU’AU 23 AVRIL
456 NORTH CAMDEN DRIVE,
BEVERLY HILLS, 90210 CALIFORNIE
HTTP://WWW.GAGOSIAN.COM

YAN CÉH


Paru dans Technikart #199, mars 2016

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