L’expo à ne pas louper : la Fondation Prada à Milan

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A Milan, la nouvelle Fondation Prada, une perle de l’architecture contemporain imaginée par Rem Koolhas, fait déjà fureur.

Si la France, dans la catégorie architecture privée exceptionnelle destinée à l’art, dispose de la Fondation Vuitton, la Suisse de la Fondation Beyeler, l’Italie peut désormais elle aussi se pavaner. Depuis mai, elle accueille une nouvelle venue de premier ordre : la toute neuve Fondation Prada de Milan, petite sœur du 21e siècle de son aîné baroque de Venise, à Santa Croce. Dans le quartier sud de la ville, Rem Koolhaas et son agence OMA ont transformé une suite de bâtiments des années 1910, occupées par une distillerie dans le passé, tout en y ajoutant trois nouveaux buildings : l’un dédié aux expositions, l’autre au cinéma, le dernier, encore en construction, abritera quant à lui un restaurant. Résultat ? Un superbe écrin, multiple et anti-monumental, formant un tout parfaitement cohérent malgré sa nature hautement hétérogène. En circulant en extérieur entre les nombreux espaces, de ce vaste hangar retravaillé à ce cube de verre rythmé par des poutres grises, ou de l’enfilade de salles des ailes au poumon central et ses façades dorées, la Fondation dirigée par Miuccia Prada prend même des allures de Cinecitta un peu irréel.

«C’est un ensemble de fragments qu’on ne peut pas réduire à une seule image et où aucune partie n’a la possibilité de dominer les autres », expliquait l’architecte néerlandais lors de l’ouverture. Jusque dans les moindres détails, dans le choix du marbre au sol, du design d’un ascenseur ou des flippers choisis par le réalisateur Wes Anderson pour meubler l’adorable bar qu’il a conçu en s’inspirant des cafés milanais d’époque, la mayonnaise prend. Véritable expérience en soi, l’esprit que Koolhaas a insufflé à son architecture se prolonge le plus naturellement du monde dans une suite d’expositions aux styles et époques variés.

Sur les deux superbes étages du nouveau building central, «Serial Antic» rassemble des copies de sculptures de l’antiquité gréco-romaine, certaines réalisées très récemment, d’autres datant d’avant notre ère. Entre deux items dérivés d’un même original, du Discobole à la Vénus accroupie, d’Hermine à une panoplie de satyres, le jeu des différences, troublant, rappelle combien la notion d’auteur et de signature, de vrai et de faux, reste encore aujourd’hui l’une des plus soulevées par l’art et la modernité.

Jamais gagnée par la platitude, l’aventure se poursuit en sous-sol avec le projet hors pair de Thomas Demand qui, comme a son habitude mais dans des proportions inégalées, a construit des maquettes – deux grottes truffées de stalactites et stalagmites aux échelles différentes – pour ensuite les photographier et mimer la réalité dans un genre trompe-l’oeil inédit. Dans les ailes de la fondation, une sélection de la collection de Miuccia Prada est accrochée, dont un superbe Barnett Newman, un étonnant Frank Stella jaune d’une vingtaine de centimètres, un face à face de choix entre un Picabia et un David Hockney et quelques autres perles, comme cette fausse McLaren F1 façon artisanale de Tobias Rehberger. Prada a donc un écrin milanais magnifique qui pourrait devenir l’un des lieux majeurs de l’art contemporain européen.

                                                                                                CHARLES BARACHON

Fondation Prada : Largo Isarco 2, 20139 Milan




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