Les Kassos peuvent-ils faire oublier le Club Dorothée ?

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La série qui « biffle ton enfance » est suivie par des millions de fans sur YouTube. Mais ses créateurs peuvent-ils vraiment imposer l’animation pour adultes en France ?

Le pitch est limpide : choisir un personnage de la pop culture, lui attribuer un vice, et le faire passer chez l’assistante sociale. Dans les Kassos, Astérix et Obélix sont deux alcoolos, l’Inspecteur Gadget un flic habitué des bavures et les Télétubbies, des junkies de tecknivals. Afin de clore en beauté leur saison 3, ils ont poussé le vice jusqu’à reproduire la scène de l’extincteur dans Irréversible – avec Bip Bip et Vil Coyote…

Derrière la chaîne YouTube de la série et ses 1 200 000 millions d’abonnés, une boîte de production : Bobby Prod. Dans leurs studios parisiens, une quinzaine de prodiges de l’animation, la plupart anciens de l’École des Gobelins, s’affairent derrière leurs macs à donner vie à des personnages et des histoires. L’équipe a été biberonnée aux jeux vidéo, au Club Dorothée, à l’animé dans toutes ses formes. Mais le créneau de Bobby Prod, c’est avant tout l’animation pour adulte, un genre qui peine à se faire une place dans le PAF. « Les programmateurs d’émissions dans les chaînes TV traditionnelles font parti des générations qui associent animation et enfance, ils ne captent pas que les dessins animés pour trentenaires, ça existe aussi, regrette David Alric, co-créateur de Bobby Prod. C‘est justement ce qui explique le succès des Kassos sur Internet : ce genre de programme n’a jamais été fait à la télé française auparavant. »

LAPIN SADO-MASO

Les productions du studio pourraient étrangement rappeler la saga Happy Tree Friends, série animée américaine trash des années 2006 sur internet. Sur le modèle de ces productions anglo-saxonnes osées, notamment celles de la chaîne Cartoon Network, l’animation à la sauce Bobby Prod jongle entre humour noir, sexe, drogue et baston saignante. « Il y a du second degré, les sujets abordés comme le cul ou la violence cartonnent, on a de bons retours dans les commentaires sur YouTube, relate David Alric. Les gosses de 10 piges viennent même nous voir dans les festivals, on a un retour direct des fans. » Produite par Canal Plus, les Kassos ont rapidement gagné en notoriété. « En fait on est devenu youtubeurs sans faire exprès », ajoute Alexis Beaumont, l’autre co-créateur de la série. De nombreux noms de YouTube ont d’ailleurs été invités à doubler les personnages des Kassos. Parmi eux, Matthieu Longatte aka Bonjour Tristesse, l’hyperactif du jeux-vidéo, Squeezie, ou encore Mr Poulpe. Sur le Web, les productions Bobby s’affranchissent de toutes limites. « On peut faire ce qu’on veut aux personnages, comme transformer le lapin de la RATP en sado-maso bien trash par exemple, les gens adorent ! »

À la rentrée, de nouvelles séries, avec des épisodes plus longs que les pastilles, telles que les Kassos ou le dernier-né du studio, Startup Heroes (parodies des vidéos d’entreprises cheaps) sont en préparation. Parmi les projets en chantier : Q, « une série qui parle de cul, avec un regard féminin », raconte Xavier Ramonède, réalisateur maison. Et une série, encore en discussion, qui risque de faire jaser : un « road-trip chez Daech » mettant en scène une histoire d’amour homo au sein de l’État islamique. Et c’est ainsi que les Kassos sont grands …

ALEXIS PAUMARD


Paru dans Technikart #203, juillet-août




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