Les 6 astuces de Yann Moix pour bien planter son film

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Avec Cineman, sorti en octobre 2009, Yann Moix nous offrait l’une des plus belles leçons de cinéma qui soit. Comment bien planter votre film, et espérer recevoir le Gérard du cinéma ?

1. Prenez votre temps, tout votre temps. Histoire d’oublier des personnages.

Yann Moix met cinq ans à adapter un roman de 450 pages. Il est obsédé par le héros, Benoit Poelvoorde. Albert Dupontel, lui, doit jouer le méchant. Enfin, ça, c’est s’il n’avait pas été oublié dans le scénario. « Quand Dupontel l’a lu, il me fait «où est ce que je suis ?». Alors forcément, il disparait, me fuis, impossible de le joindre, plus aucune nouvelle de Dupontel. Je ne vais dauber sur personne, parce que le seul responsable c’est moi. »

2. Tirez des leçons du passé : ayez la grosse tête, n’écoutez personne.

Dupontel parti, Poelvoorde commence sa dépression. Il avait fait confiance à Moix, en signant le scénario, sans l’avoir lu. Pas de bol. Il a quand même une visibilité que Moix n’a pas et tente de l’orienter, en vain. « A l’époque, je me prenais pour un petit génie du cinéma parce que j’avais fait quatre millions d’entrées pour un premier long (avec Podium, ndlr). Je croyais avoir la recette du succès. D’ailleurs, à chaque fois que je me suis cru bon dans un domaine, je me suis ramassé la gueule tout de suite après. Du coup, on a signé un truc en disant : « tu arrêtes de dire du mal du projet publiquement, et on ne dit plus rien sur toi ». Sauf que personne n’a tenu le deal ! J’étais si furieux que je me suis abaissé à dire du mal de lui dans Voici et dans d’autres magazines. J’ai même été chez lui en Belgique, j’ai dû escalader la barrière pour rentrer dans sa baraque. Il me disait que mon film n’était ni fait, ni à faire. Je faisais semblant d’écouter en me disant « cause toujours ! » »


3. Dégotez des acteurs au dernier moment.

Poelvoorde a refusé. Dujardin n’est pas disponible. Bingo : il reste Franck Dubosc, qui rejoint Cineman trois semaines avant le tournage. « Je trouve le mec drôle dans ses spectacles, sauf que je ne vois pas ce que je vais bien pouvoir en faire dans le projet. Le problème avec Dubosc, c’est qu’il ressemble à tous les personnages, il ressemble à Clint Eastwood, à Errol Flynn. Enfin, je dois le prendre : c’est le seul qui me permette de monter le film, pour des questions financières. » Sauf que personne n’aime Dubosc. Plus personne ne veut jouer dans le film à cause de lui et l’équipe de production veut casser la gueule de Moix. Bonne ambiance en régie.

4. Oubliez que les imprévus peuvent retarder un tournage.

Au bout de deux jours de tournage, Frank Dubosc s’ouvre le crâne dans les escaliers. Moix le retrouve dans une énorme mare de sang. « Merde, il est mort. » Bilan : 25 points de suture. Même frayeur pour Lucie Gordon, l’actrice principale, qui a failli se noyer en fin de tournage en tombant d’une pirogue. Jamais deux sans trois, c’est le chef-op qui fait un infarctus ensuite.

 

5. Passez 18 mois sur le montage. Et ré-enregistrez à la fin.

« J’essayais pendant tout ce temps de trouver un film à l’intérieur de cette matière qui ne voulait pas décoller. Les gens de Pathé passaient régulièrement, pour quelques coups de pression. J’étais complètement déboussolé, chaque jour j’essayais de recommencer à zéro le montage. » Enfin, ça ne prend vraiment pas. Moix décide alors de changer les dialogues et réécrire une histoire qui n’a plus rien à voir. Bref, c’est inaudible et la post-synchronisation est foireuse. Difficile de faire pire.


6. Demandez de l’aide à Bernard-Henri Lévy.
BHL aide Moix à sa demande. Même si ça risque d’empirer la situation vu la critique dithyrambique qu’il écrit dans Le Point. « Ce Cineman est le spectacle le plus impressionnant qui nous soit donné de voir ces jours-ci. » Ouais, ça sonne à peine faux…

                                            Alice Froussard




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