Le génie d’Hergé au Grand Palais

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Hergé s’est posé sur le divan du Grand Palais pour une séance qui durera jusqu’en début 2017. Notre jeune reporter en a profité pour une auto-analyse expresse.

A quoi bon résister ! Vous n’échapperez pas à l’expo Hergé qui se tient au Grand Palais jusqu’au 15 janvier 2017. Les librairies se frottent déjà les mains, les éditeurs marchent sur la Lune et les auteurs exploiteront ce filon jusqu’à l’os. Ce n’est plus la peine d’aller jusqu’en Amérique pour effectuer un voyage au pays de Tintin, il suffit de traverser la Seine et de pénétrer dans les Galeries nationales par l’entrée Champs-Elysées. Plus lourde que Le Secret de la Licorne, plus troublante que Le Trésor de Rackham le Rouge, la vie de Hergé est passée à la moulinette médiatique. Tout le monde veut toucher le Saint-Suaire de Bruxelles, ne serait-ce qu’une planche, un crayonné, un signe pour affirmer que le Dieu de la BD existe et dire : « Je l’ai rencontré ! » Chacun se fait une idée de l’homme, fouille dans son passé, échafaude des théories, tous les psychologues en mal de sujet(s) s’en donnent à cœur joie. Même la presse quotidienne a délaissé un temps les candidats à la primaire pour aborder la ligne claire, tandis que les hors-séries ont poussé comme des champignons. A la Une, Milou a remplacé avantageusement Macron et les murmures de NKM sont couverts par la voix de la Castafiore…

ÉTRANGE PERSONNAGE

Quelle étoile mystérieuse peut bien briller sur l’œuvre de Georges Remi (1907-1983) ? Il concentre sur sa personne tous les emballements du XXème siècle. Du boy-scoutisme de l’abbé Wallez au tiers-mondisme des Picaros, notre histoire défile au rythme d’une dizaine de cases par page. Hergé, par l’entremise du reporter à la houpette, nous raconte une épopée universelle sans le filtre des adultes. De 7 à 77 ans, on est toujours saisi par la profondeur du parcours. Quel chemin entre l’adolescent mal dégrossi qui saute dans une Amilcar chez les Soviets et celui qui n’est pas dupe du milieu des galeristes dans l’album inachevé Tintin et l’Alph-Art. Etrange personnage que ce Hergé, figure impalpable, issu de la presse catholique bon teint qui n’hésitera pas à emprunter le pinceau chinois de Tchang pour faire évoluer son trait et sa technique jusqu’à se piquer, à la fin de sa vie, de peinture abstraite. Malgré la foule, il faut absolument se rendre au Grand Palais car seuls les génies sont capables de créer un monde, de le peupler et de l’animer. Les deux premières salles de l’exposition, « Grandeur de l’art mineur » et « Hergé, amateur d’art », remontent le temps, expliquent sa recherche picturale, toujours en alerte même lorsqu’il est une superstar. Warhol vient alors de le portraiturer. « Il avait pour critère primordial la clarté, une certaine évidence linéaire qui correspondait bien à sa propre vision », déclarait Fanny Rodwell, sa seconde épouse.

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Hergé et Andy Warhol discute de la coiffure hype de Tintin …

Plus l’expo avance, plus Tintin semble déroutant, comme si ses amis nous ouvraient des passerelles vers la métaphysique. Comme si l’épure du dessin dissimulait des portes multiples et complexes sur l’existence. Vous découvrirez également sa maîtrise du découpage, son œil cinématographique ou son travail méticuleux pour retenir le meilleur trait, le plus expressif, le plus sincère, dans la composition d’une planche. Pour la première fois à Paris, on peut également admirer l’élégance de son graphisme qu’il mettait, dans les années 30, au service de la réclame publicitaire. L’expo réserve encore beaucoup de surprises comme de vous retrouver nez-à-nez avec une splendide maquette du château de Moulinsart ou d’observer l’intérieur de la fusée à damiers rouge et blanc. Tintin, c’est toujours plus grand que la vie réelle.

Hergé, au Grand Palais (Galeries nationales) jusqu’au 15 janvier 2017. http://www.grandpalais.fr

⭐️⭐️⭐️

THOMAS MORALES

Technikart #207, novembre 2017

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