Lambchop fait-il avancer le schmilblick folk ?

lambchop_photo

A l’heure du Nobel de Dylan, le groupe de Kurt Wagner fait emprunter à l’americana des voies moins institutionnelles.

A notre gauche, il y a les baby-boomers qui n’atterrissent plus depuis le Nobel de leur héros Dylan (ce sont souvent des gens qui ont dans leur bibliothèque des livres de Patti Smith). A notre droite, il y a les rabat-joies qui trouvent que Dylan n’a rien à voir avec la littérature. Moins ronchons, certains fans du barde admettent que l’option la plus classe aurait été qu’il refuse ce prix – quel pensum, à 75 ans, d’avoir à se rendre à Stockholm en queue-de-pie. Notre position ? Ni pour ni contre. On s’en fout un peu. Loin des ces querelles, on se dit surtout que la culture rock (au sens large) est maintenant une vieille dame aussi installée que Simone Veil ou Hélène Carrère d’Encausse. Dans le même temps, Leonard Cohen, 82 ans, sort un beau disque, You Want It Darker (Columbia), qualifié partout de chef-d’œuvre, qu’on écoute comme on lit un nouveau roman de Modiano, autre Nobel. L’affaire semble entendue : en 2016, il est temps que le folk soit étiqueté musique classique. A moins que des artistes plus fringants revitalisent les troupes ?

On ne pense pas ici à Devendra Banhart et autres pitres bien peignés aux guitares sans gluten. Mais à des gens comme Thos Henley (Blonde on Basically Ginger, Pan European) ou Battle Joyce (qui sort chez Yuk-Fü un EP très Nick Drake, Dragged by Summer Storm). Leurs disques redonnent un peu de fraîcheur à ce genre musical vieux comme Mathusalem (rappelons que Woody Guthrie est mort il y a près de cinquante ans). La vraie tête chercheuse qui essaie de faire bouger les choses cet automne n’est ni un débutant ni un vétéran, pas un perdreau mais pas encore un papy : Kurt Wagner. Ça fait une bonne trentaine d’années que le songwriter de Lambchop mêle folk, rock, country et ambient, en cousin de Wilco. Cette fois-ci, il a voulu voir plus loin que la banlieue de Nashville où il réside, booster sa musique de soul et de hip-hop. Il le raconte lui-même : nostalgique de sa jeunesse à Chicago au milieu des années 80 où il fréquentait quelques rappeurs, il a voulu se reconnecter à cette culture. Le cow-boy solitaire s’est mis à écouter Kendrick Lamar, Kanye West et Frank Ocean, a voulu innover dans les sons, les rythmiques, le traitement de sa voix. En lisant ces lignes, on serait en droit de se dire : au secours ! Ce mélange de folk et de vocoder, n’est-ce pas la marotte de Bon Iver, l’abominable homme des bois ? Les sceptiques peuvent dormir sur leurs deux oreilles : version moderne du Tusk de Fleetwood Mac, l’album de Lambchop, FLOTUS, flotte dans une autre dimension. Sur onze morceaux, on compte au moins trois sommets, « In Care Of 8675309 », « FLOTUS » et « NIV ». Ces titres un peu obscurs n’éclairent pas sur les intentions de Wagner – jouer aux esthètes hermétiques ? Comme premier single, il avait mis en ligne « The Hustle », une chanson de plus de dix-huit minutes pas vraiment calibrée pour damer le pion à Nicki Minaj en nombre de vues YouTube. Les fans de Brian Eno peuvent s’en frotter les mains, par contre (où leur crâne lisse) : voilà du folk pour eux.

FLOTUS, (City Slang).

LOUIS-HENRI DE LA ROCHEFOUCAULD




Il n'y a aucun commentaire

Ajoutez le vôtre