La Sape a-t-elle acquis ses lettres de noblesse ?

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Ses fringues flashy sont portées par Ariel Wizman, Antoine de Caunes ou Alain Mabanckou, et il est une véritable star du quartier de Château Rouge : Jocelyn le Bachelor s’affirme comme l’empereur parisien de la Sape. Portrait d’un self-made-man venu du Congo.

Un créateur ne saurait, bien sûr, être résumé à une seule pièce, mais elle lui permet parfois d’avoir la reconnaissance, d’être identifié, remarqué, admiré. C’était le 17 mars dernier. Alain Mabanckou donnait face à une salle comble sa leçon inaugurale au Collège de France.

Titulaire de la Chaire annuelle de création artistique au sein de cette vénérable institution, l’écrivain franco-congolais dissertait avec brio sur le thème « Lettres noires : des ténèbres à la lumière ». Pourtant, les mots comptaient moins que la présence physique de l’auteur de Verre cassé. Et, plus exactement, son look : pantalon et chemise noirs, pochette blanche et, surtout, une sidérante veste bleu roi au revers noir qui a bluffé le public. Le responsable de ce chef d’œuvre – au sens strict – était d’ailleurs également présent, au milieu des politiques, des journalistes et des littéraires : Jocelyn le Bachelor, gourou des sapeurs de Paris depuis bien longtemps, auquel Alain Mabanckou a rendu hommage dans son roman Black Bazar et son récent essai Le Monde est mon langage (voir encadré). La SAPE – Société des ambianceurs et des personnes élégantes – tenait là, symboliquement, sa reconnaissance institutionnelle et intellectuelle qui, un jour ou l’autre, devait arriver. Tout comme l’adoubement de cette véritable star du quartier de Château Rouge (18ème), tenancier de la boutique Sape & Co et fondateur de l’enseigne Connivences.

PARIS DU TEMPS DES MINETS

« Tu veux un whisky ? Un coca ? » C’est ainsi que vous accueille la maître des lieux, dans son repaire du 12, rue de Panama, juste en face du salon de beauté afro Obama Fashion Hair. Le téléphone n’arrête pas de sonner, la jolie vendeuse vérifie les commandes, et on admire les chemises roses funky ou les cravates à pois. Ce jour-là – sans doute comme les autres jours –, il est difficile de rater « le bateau amiral de la sape » avec sa majestueuse veste rouge – avec chaussettes assorties –, son gilet blanc, son pantalon slim bleu et son chapeau. « J’ai toujours aimé les couleurs, et en particulier le rouge », reconnaît-il. Lorsque Jocelyn Armel (son vrai nom) est arrivé en France – « précisément le 4 septembre 1977 » –, ce garçon venu de République démocratique du Congo découvrait un Paris un peu terne en pleine période dite des « minets », tous en Renoma ou Benetton. Le bac en poche, il fait des études d’AES (licence d’Administration économique et sociale), puis multiplie les petits jobs – notamment acheteur de vêtements à Naples. Au milieu des années 80, il trouve un poste de vendeur occasionnel dans le magasin Daniel Hechter du 5ème. D’abord au rayon femmes. « J’ai boosté les ventes, et on m’a mis responsable adjoint du magasin. » Il décide alors de proposer davantage de fringues (masculines) colorées – à la surprise générale, cela fonctionne, notamment auprès du public africain, qui plébiscite ses choix et fait passer l’adresse au bouche-à-oreille. Lorsque son supérieur lui demande son secret, il répond : « Je suis Congolais, je suis issu de la Sape ! » C’est alors que l’idée de créer sa propre marque commence à lui trotter dans la tête…

PAR BAPTISTE LIGER PHOTOS JULIEN LIENARD

… Article à retrouver dans son intégralité dans le numéro 206, octobre 2016

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