La COP21 a-t-elle servi à quelque chose ?

Hollande

Charles-Henry Dubail, fondateur d’Environnement Magazine, plaide depuis toujours pour une écologie qui ferait la part belle à l’innovation technologique. Tout le brouhaha généré par la COP21 marquera-t-il un tournant ?

Je suis, pour ainsi dire, né à l’environnement dans la seconde moitié des années 80. Alors à la tête d’une petite revue, j’ai vécu – subi plutôt, journalistiquement – les grandes catastrophes qui ont réveillé la conscience écologique des populations: les fûts de dioxine de Seveso, l’explosion de l’usine Bopal en Inde, Tchernobyl, l’incendie de Sandoz à Bâle, le naufrage de l’Exxon Valdez..
Très vite il est apparu que la gestion de l’énergie par l’homme était au cœur de toutes les problématiques environnementales. Un peu comme un dénominateur commun au monde. Qu’il s’agisse de pollution des éco-systèmes, de catastrophes humaines, d’élimination des déchets et même de dérèglement climatique… le fluide vital pouvait aussi tuer. Et durablement! Ce qui avait amené l’homme sur la lune allait-il creuser sa tombe? Docteur Watt était-il devenu Mister Carbone ? Mais l’énergie était aussi la solution. Le sommet de Kyoto (1997), en imaginant des mécanismes économiques vertueux fondés sur le Co2, a consacré cette approche. Depuis, le monde – au rythme des « Conférences Of the Parties » (COP) – cherche à réduire ses émissions de gaz à effet de serre (GES). Et l’enjeu n’est plus seulement climatique, il est civilisationnel.
La COP21 se tenait donc à Paris, cœur de l’Europe. Jamais un sommet international consacré à l’environnement n’a été aussi suivi. L’accord qui en résulte peut paraître décevant, les discussions se poursuivront jusqu’à la COP 22 au Maroc. La conscience planétaire avance ainsi à petits pas qu’il faut mesurer à leur juste valeur. Et cette valeur se matérialise par la mise en place de mécanismes d’atténuation et d’adaptation. L’atténuation est le concept qui résume la lutte engagée pour éviter un changement climatique irréversible. Les objectifs politiques et chiffrés des Etats doivent, pour cela, s’aligner sur les projections scientifiques qui préconisent de diviser par quatre nos émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050, afin de contenir le réchauffement moyen à 2 degrés. Les plus grands producteurs de carbone doivent faire de gros efforts. En tête, les pays industrialisés qui ont vécu sur la bête depuis plus d’un siècle. Mais les pays émergents, qui ne partagent pas notre histoire, Inde en tête, freinent. À l’exception de la Chine, sous la pression d’une opinion publique pour qui la santé et le bien être devient un enjeu d’importance. D’autres, comme les États-Unis, sont prêts à se résoudre à des économies mais sans contrainte internationale.

L’ESPOIR ? LA SOCIÉTÉ DU PARTAGE

Le processus de transformation des sociétés est long. Comment peut-on accélérer sans mettre la « décarbonation » de nos modes de vie en tête de nos priorités? L’Europe est-elle prête à ce changement de paradigme? Mes décennies d’observation me rendent pessimiste. Il y a 20 ans déjà, nombre de scientifiques parlaient d’urgence sans que les priorités de nos Etats en aient été bouleversées. L’espoir ? Il vient de la société du partage qui se met en place. Beaucoup plus compatible, plus légère, plus pérenne. L’adaptation est la conséquence du changement climatique actuel. Il faut aider – notamment via des fonds financiers – les populations à faire face. Les accompagner dans leurs évolutions rendues nécessaires par le dérèglement climatique. Les millions de réfugiés climatiques fuyant des territoires en voie de désertification nous le rappellent en permanence. Moins tragiquement, la migration des écosystèmes, en France, fait peser de lourdes menaces. Economiques, d’abord: les vignobles sont en mutation, les Alpes ont perdu un mois d’enneigement en 50 ans. Ecologique, ensuite: le hêtre se déplace vers des terres plus froides, des espèces invasives s’étendent au détriment des endémiques. Savez vous que le barracuda est apparu sur nos côtes méditerranéennes? + 1 degré, c’est un déplacement de 180 km vers le nord.
Les efforts d’atténuation et d’adaptation doivent faire jeu égal. Gouverner, c’est prévoir. Mais sans société civile, un Etat est bien faible. C’est pour cela que la participation de tous est nécessaire. Déjà, les acteurs du «multi-latéralisme participatif » (non étatique) sont à l’œuvre: des associations faisant la promo- tion de nouveaux concepts de partenariats, des entreprises respectant des engagements qu’elles s’assignent elles-mêmes, des organisations internationales de villes mettant en place des agendas 21, etc. Les alliances locales multi-acteurs se nouent un peu partout dans le monde et revendiquent le droit de participer à l’écriture des solutions. Les gouvernements, eux, s’efforcent de définir le cadre des actions.
À qui veut privilégier une voie d’action, je dirai qu’il faut de toutes ses forces agir pour favoriser les énergies renouvelables. Elles nous entourent. Issues de l’innovation techniques, elles sont sources de progrès, favorisent le développement des sociétés sans émission de carbone, permettent l’autosuffisance des territoires, la légèreté des infrastructures, l’économie circulaire et le partage entre les peuples, fatalement interdépendants. Et Mister Carbone me direz-vous ? Les combustibles fossiles sont un trésor ! Indispensable pour les industries de transformation, l’habillement, le bâtiment, la pharmacie… Pourquoi donc les brûler ?

CHARLES-HENRY DUBAIL


Technikart #196

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