Kamel Mennour règne sur l’art contemporain

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Devenu incontournable, il tisse ainsi sa toile même si le navire amiral reste au 47, rue Saint-André-des-Arts, au coeur du quartier de l’Odéon. C’est là, à l’étage, qu’il nous a donné rendez-vous, autour d’une grande table, quelques mini bouteilles de Perrier et de Coca-Cola zéro.

Pourquoi, au départ, avoir choisi le quartier de l’Odéon, qui n’est pas traditionnellement le quartier de l’art contemporain ?
Kamel Mennour : Par accident. J’ai ouvert ma galerie en 1999. À l’époque, cela aurait pu être à Belleville, le Marais, Aubervilliers ou la Butte Montmartre, n’importe quel quartier de la capitale. Je cherchais une boutique, un espace donnant sur la rue, et une personne m’a proposé l’espace qu’occupait alors feu François Mitaine. Beaucoup ont oublié ce personnage, qui avait créé le Cirque, une espèce de contre-FIAC à la fin des années 90, était aussi critique d’art et avait une émission sur Radio FG… On m’avait parlé d’un espace fermé depuis dix-huit mois, rue Mazarine (Paris VIe). Mitaine était locataire du bail de ce lieu, mais il n’avait pas pu le payer depuis près de quinze mois et il m’a proposé de le récupérer moyennant 70 000 francs. J’avais alors un espace mais je n’étais pas encore prêt et les premiers mois ont été un peu chaotiques… Et puis au bout d’un moment, au printemps 1999, j’ai été voir Jan Saudek, à Prague, et c’est à ce moment-là que j’ai développé la photographie en l’exposant. Ensuite j’ai exposé Pierre Molinier, en réalisant conjointement un livre sur son travail. Puis Nobuyoshi Araki, que l’on retrouve ironiquement aujourd’hui à la galerie, en écho à sa grande exposition au Musée Guimet. C’est quelqu’un de très libre, qui a su le rester. Là, pour cette exposition, les prix vont de 8 000 à 15 000 euros, ce qui reste très raisonnable.

Pourquoi avoir décidé d’ouvrir votre nouvel espace avenue Matignon ?
C’est parti d’une observation de ce qu’était Paris. La ville est coupée par la Seine et les gens de la rive gauche ne vont pas rive droite et vice-versa. Par exemple, je n’allais jamais avenue Matignon. Il y a en fait des collectionneurs qui sont plus liés aux zones géographiques et qui ont des habitudes bien ancrées. Ma gageure, c’est d’essayer de capter un public qui n’allait pas ailleurs…

Et vous n’avez pas de volonté d’aller vous installer à l’étranger ?
Récemment, on a vu Emmanuel Perrotin ouvrir des espaces à New York et en Asie, ou Almine Rech à Bruxelles et à Londres… J’ai eu plusieurs propositions mais c’est un vrai parti pris de ne pas aller en dehors de Paris. Par rapport à mes choix de vie aussi, puisque j’ai cinq jeunes enfants, une vie privée assez harmonieuse et ça demanderait beaucoup d’efforts pour moi. Avoir des galeries à l’étranger, c’est être constamment en voyage, dans les avions. Je laisse ça aux autres.

Dans le dialogue avec les artistes de la galerie, quelle est la place de la stratégie ? Une carrière d’artiste repose aussi là-dessus…
C’est quelque chose d’important. Mais concernant le dialogue avec l’artiste, je ne pense pas que ce soit tant de la stratégie que des choix, des arbitrages… Tous les grands artistes réfléchissent à deux fois avant de s’engager, d’accepter une invitation, de faire telle ou telle exposition. Ils réfléchissent aussi au contexte, au voisinage, à l’environnement, aux biennales… Ça, c’est le genre de discussion que j’ai régulièrement avec les artistes. Développer, réfléchir, accompagner et parfois refuser, aussi. il faut faire attention parfois à la surexposition. Être trop visible peut nuire à un artiste… … L’article dans son intégralité dans le numéro #203 de juillet-août 2016

YAN CEH


Paru dans Technikart #203 juillet/août 2016

Photo : Thomas Laisné Maquillage : Yann Boussand Larcher II pour NARS Cosmetics Coiffure : Rudy Marmet pour Bumble & Bumble

Photo : Thomas Laisné
Maquillage : Yann Boussand Larcher II pour NARS Cosmetics
Coiffure : Rudy Marmet pour Bumble & Bumble




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