Har Mar Superstar du slip et de la zik

HarMarSuperstar

Peut-on être à la fois un pitre bidonnant et un chanteur plus que fréquentable ? L’Américain Har Mar Superstar relève le défi avec la manière.

 

Il y a quelques semaines, le nouvel album de Philippe Katerine nous avait été vendu comme celui de la résurrection. Il se murmurait qu’il s’était enfin remis à bosser plus de trente secondes par morceau, qu’il revenait à la musique, aux mélodies, à l’intime. On attendait ça avec curiosité. Et puis on l’a reçue sa galette, et on a vu… Une fois de plus, le gros bébé rigolo rendait tout son quatre heures dans son bavoir. Cela fait maintenant plus de dix ans que cette imposture dure : Katerine joue au gogol à dada sur son bidet et toute une crèche de neuneus l’applaudit des deux mains. A part la reconversion en clown pour goûters d’enfants, on ne voit pas trop quel avenir demeure possible pour Philippe dans le monde du spectacle. Dernier espoir : filer fissa aux Etats-Unis prendre quelques leçons ? On a beau être souvent sceptique sur le pays du burger, force est de reconnaître qu’il arrive, lui, à sortir des énergumènes qui réussissent sur deux tableaux pas toujours compatibles, ceux de la gaudriole potache et de la pop avant-gardiste et raffinée. Si Dan Deacon et Action Bronson s’autorisent farces et attrapes sur scène, ils s’avèrent également doués et inventifs sur disque. Un troisième larron complète cette famille ricaine désaxée : Har Mar Superstar.

Springsteen en Bee Gees

Agé de 38 ans, pas un perdreau donc, Har Mar Superstar n’est pas le dernier quand il s’agit de poser en caleçon ou de se produire en leggings. Avec sa bedaine et sa calvitie naissante, il est un quasi sosie du fatigant Vincent Macaigne – au secours ! Cousinage moins honteux : quand il se laisse pousser la moustache, il ressemble à Lester Bangs. De son vrai nom Sean Tillmann, né dans le Minnesota, passé dans des groupes garage à l’adolescence, Har Mar Superstar a longtemps traversé l’âge ingrat – combien de gens écoutaient ses premiers trucs au début des années 2000 ? Et puis le loser sympathique a rencontré Julian Casablancas, qui l’a pris en affection avant de le signer sur sa structure Cult Records, label underground et plutôt vénère où Tillmann le doux dingue fait figure d’anomalie entre Cerebral Ballzy et Rey Pila. Après Bye Bye 17 en 2013, Best Summer Ever est son deuxième album chez Cult. Qu’y remarque-ton d’abord ? Que sa voix est tout sauf une blague – quand il monte dans les graves, Har Mar Superstar ferait passer Bruce Springsteen pour un Bee Gees. A part ça, il a des goûts variés : rock, blues, électro-pop. C’est surtout dans cette dernière veine qu’il excelle, façon The Cars des meilleures années. Si une chanson comme « It Was Only Dancing (Sex) » oscille en loukoum kitsch entre la Jeanne Mas de « Toute première fois » et la Corinne Charby de « Boule de flipper », plein d’autres compos haussent le niveau : « I Hope », « Youth Without Love », « Anybody’s Game » et surtout « Confidence », où le rondouillard facétieux se métamorphose en crooner déchirant. Har Mar Superstar tournera en France fin mai pour six dates. Le show d’un comique amusant ? Non : les concerts d’un authentique chanteur.

Best Summer Event (Cult Records) ***

LOUIS-HENRI DE LA ROCHEFOUCAULD


Paru dans Technikart #201, mai 2016




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