Félix Moati, le bogoss next door du ciné français ?

FMOATI

Le comédien préféré des féminins vaut-il mieux que sa filmo ? Contrôle sur pièces.

Beaucoup plus emballant que ses films, Felix Moati nous fait penser à ces joueurs de foot virtuoses qui évoluent dans des clubs de seconde zone et ignorent encore leur vrai poste de prédilection. Pour l’instant, son génie et son problème, c’est sa polyvalence, sa capacité de jouer (bien) à tous les postes. Très officiellement nouveau Bebel ET nouveau Louis Garrel, le Moati ressemble à du pain béni pour l’industrie frenchy et les pigistes des féminins : on peut le réinventer en un claquement de doigt et faire bifurquer son destin d’un film à l’autre. Si lui avoue un faible « pour la comédie bavarde », il sait aussi qu’il n’est pas encore assez identifié ni par le métier, ni par le grand public pour avoir à décréter quoi que ce soit (« Quand on m’arrête dans la rue, c’est pour me parler de LOL, mon premier film, qui remonte quand même à huit ans. Ou alors parce qu’on me prend pour un cousin croisé à une barmitzva. »).

« UN BON PRODUIT, C’EST TOUT »

Faut dire aussi qu’il aime prendre son temps, enquillant pour l’instant les deuxième ou troisième rôles, là où ses perfs assez dantesques dans Télé Gaucho, Libre et assoupi ou À trois on y va laissaient augurer d’une starification express : « Le seul truc que j’ai théorisé quant à ma carrière, c’est de la voir comme une course de fond. Le modèle de ce point de vue, c’est Amalric : il n’a jamais connu un immense succès, mais il est régulier, il essaie d’être dans tous les bons projets depuis vingt ans, et ça paie – impossible de se lasser de lui, tu peux que l’admirer. Après, je t’avoue que, ouais, ça m’a un peu angoissé qu’on me propose que des rôles secondaires, mais ça change pile en ce moment ! » « En ce moment », c’est donc le tournage du premier film de Sou Abadi, Cherchez la femme ; après, ce sera le nouveau Anthony Cordier, et surtout le prochain Gérald Hustache-Mathieu, auteur du très intrigant Poupoupidou. Pas mal comme programme, mais à nouveau des projets ni vraiment arty ni ouvertement popus, qui ne devraient pas forcément l’aider à dévoiler sa petite nature bien à lui. « De toute façon, je ne crois plus en l’idée de la star. Y’en a plus. On ne va pas voir comme avant le “nouveau Delon, Bebel, Lino, Signoret”, on va voir un produit. Disons qu’il n’y a que Dujardin, Frot et Luchini ici qui peuvent faire ça. Donc, le seul truc que je vise, c’est de participer à la fabrication d’un bon produit, c’est tout. » La plus grande qualité d’un jeune joueur surdoué, c’est surtout de savoir se fondre dans le collectif.

PAR FRANÇOIS GRELET
PHOTO CHARLÉLIE MARANGÉ


Paru dans Technikart #200

 




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