Et si le nouveau cool était loin des réseaux sociaux ?

AV

Alors que les people mettent en avant leur côté bonhomme et authentoc et le quidam ses goûts lifestyle les plus chic, notre cover-star (26,6K d’abonnés sur Instagram) opte pour une troisième voie : l’anti-cool impérieux.

Ado skateuse arrivée au mannequinat sur le tard (23 ans !), Aymeline Valade reste une anomalie sur les catwalks : dix ans après ses débuts, très peu pour elle la minauderie, l’affect exagéré ou le partage immodéré de selfies sur les réseaux…
Nous la retrouvons à la terrasse du Corso (place Franz Liszt, Paris Xe) un lendemain de fête. Sa blondeur et son mètre soixante dix-huit ne passent pas inaperçu. Plus inattendu, la découverte d’une carrière menée en suivant des préceptes féministes et anti-bling bling…

Vous êtes adoubée par les stars de votre milieu (à commencer par Nicolas Ghesquière), vous faites la couve de Vogue et de Harper’s Bazaar , des campagnes internationales… Des millions de personnes connaissent votre visage, très peu, votre nom… Ça vous fait quoi ?
C’est une question d’époque. Dans les années 80 et 90, c’était tout le contraire : Claudia Schiffer et les autres, c’étaient des rock-stars. Puis il y a eu une volonté de la part du milieu de dévaloriser le statut de mannequin et de ne plus en faire des stars ; c’était trop ingérable pour eux. Le milieu ne souhaite plus donner cette place-là aux mannequins : ils n’ont pas envie d’avoir à se coltiner quelqu’un qui coûte une fortune et arrive sur le shooting avec dix heures de retard (rires) . Mais ça va peut-être changer aussi, on commence à avoir une re-starification des mannequins.

Vous aimeriez connaître un jour ce niveau de notoriété ?
Je n’envie aucunement Beyonce, Rihanna, les grandes actrices, même Kendall Jenner… C’est simple : elles n’ont plus de vie. Avoir ce genre d’existence, de ce que j’en connais, ça relève d’une sorte de schizophrénie : vouloir jouer des rôles 24 sur 24 et, en plus, avoir à communiquer constamment dessus sur les réseaux sociaux…

Vous-même y êtes peu présente, ce qui est rare pour un mannequin. Vous êtes entourée de gens qui vous conseillent d’y être ?
Je n’ai pas Twitter parce que je trouve que c’est un peu relou : entendre les petites phrases philosophiques de tout le monde, ça va cinq minutes ! J’ai quand même fini par ouvrir un compte Instagram : j’avais  une proposition pour faire la pub d’un parfum et comme je n’avais pas d’Insta, ils sont allés voir une fille avec 100 000 followers. Du coup, la deuxième fois qu’on m’a proposé ce genre de contrat, j’ai ouvert un compte… 

Et vous y publiez quoi ?
Mon travail. À la base, je ne voulais pas avoir de réseaux sociaux, car je trouvais que c’était une exhibition de sa vie privée. Cette surenchère d’images ostentatoires ayant pour but de signifier aux autres « my life is better than yours » est un peu déplacé. Rien à foutre d’être la plus cool ! Communiquer c’est important mais je voulais que cela reste dans mon « domaine d’action professionnel ». Au delà de ça, je trouve terrible, par exemple,  qu’un chanteur ne puisse pas simplement être reconnu pour sa qualité première qui est d’avoir une voix exceptionnelle ; aujourd’hui, il doit promouvoir un lifestyle, se montrer avec des gens encore plus connus que lui. Quelle tristesse !

Certes. Mais l’évoluti

on de la société de la communication rend cette présence sur les plateformes quasiment obligatoires.
C’est terrible d’avoir à nous intéresser à la vie privée de ceux que nous admirons, vous ne trouvez pas ? Ce que j’aime chez Roman Polanski ou Jean Genet, c’est leur création – pas leur vie privée ! Mais bon, je suis un mauvais exemple : je ne me suis jamais vraiment penchée sur les artistes que j’ai pu admirer. Même Debbie Harry, j’écoute ses chansons, mais je n’ai jamais tenter de porter les mêmes fringues qu’elle, etc.

Vous n’avez pas d’icônes pop ?
J’en ai jamais eu, désolée. Je ne comprends même pas pourquoi les gens en ont.

Parce qu’on apprend à travers elles sur toutes sortes de choses de la vie.
Si je lis un livre de Vian, je m’en fous de savoir qui étaient ses amis, s’il se saoulait la gueule avec eux, s’il leur devait de l’argent. 

ENTRETIEN LAURENCE RÉMILA & FRANÇOIS GRELET

Photo : Thomas Laisné
Maquillage : Yann Boussand Larcher II pour NARS Cosmetics
Coiffure : Rudy Marmet pour Bumble & Bumble

 

La scène de la danse dans Saint Laurent de Bertrand Bonnello


Paru dans Technikart #203, juillet-août 2016

Photo : Thomas Laisné Maquillage : Yann Boussand Larcher II pour NARS Cosmetics Coiffure : Rudy Marmet pour Bumble & Bumble

Photo : Thomas Laisné
Maquillage : Yann Boussand Larcher II pour NARS Cosmetics
Coiffure : Rudy Marmet pour Bumble & Bumble




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